Vwl»
TROIS^IE’ME CINQ^UANTAINE
DES
AMUSEMENS
MICROSCOPiaUES
DE
MONSIEUR
MARTIN FROBE’NE LEDERMULLER
CONSEILLER DE JUSTICE ET INSPECTEUR DU CABINET DE
CURIOSîTE’S NATUPvELLES DE S. A. S. MONSEIGNEUR LE MARGGRAVE REGNANT DE BRANDEBOURG-COULMBAC; ASSOCIE’ DE L’ACADEMIE IMPE- RIALE DES NATURALISTES, ET DE LA SOCIETE* TEIITONIQUE
D’ALTORF.
CONTENANT
EN MEME TEMS UNE FIDELE METHODE DE FAIRE UN USAGE
ADROIT, AISE’ ET FIDELE DE TOUTES SORTES
MICROSCOPES;
EN FORME DE LETTRES
AVEC
UN SUPLEMENT
ET
UNE ADDITION
CHES
ADAM WOLFGANG WINTERSCHMIDT,
GRAVEUR ET MARCHAND EN TAILLES DOUCES A NUREMBERG,'
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PREFACE.
Le Public a honoré mes Ouvrages microfcopiques d'an Ac- cueil fi gracieux & d’une Approbation fi flateufe, que ce feroit me rendre coupable de la dernière Ingratitude, fi je venois à manquer de lui témoigner les Sentimens de la plus vive Recon- noilTance* Je ne délire rien tant, que de voir que tous Ceux qui ont non feulement examiné & éprouvé mes Amufemens; mais qui fongent encore à s’appliquer à faire des Experimsns & meil- leurs & plus conridé’'ables avec les Inftrumens microfeopiques, le puilTent faire dans les mêmes Difpofitions & par les memes Prin- cipes que j’ai eus en Vüe: Ceft a dire, de fonder les Oeuvres du Dieu tout fage, pout les admirer, 6c moins pour apprendre à con- noître la Nature, que la Toute puilfance du Créateur dans fes Créatures, autant que la FoiblelTe humaine y peut parvenir. Je fais, qu’il eft aulli impofîible de regarder Dieu en. Face dans ce Monde, qu’il le fut à Moïfe; Mais il ne lailfe pas de nous être per- mis de regarder l’Eternel comme par derrière, pour reconnoître & adorer là Sagefie & fa Toute-puiflance dans les Créatnresjpeti- tes & grandes. C’eft toujours une très grande Grâce pour la Créa- ture, que nous appelions Homme; aulli eft ce cette Grâce qui nous doit faire envifager les Avantages, que nous avons reçus du Seigneur par delTus tout le Rcfte des Créatures, & nous convain- cre, que nous avons au dedans de nous un Efprit doué de Raifon, un Etre qui penfe, une AmeaulTi différente de celle des Bêtes que la Lumière l’eft des Ténèbres. FafTe le Ciel que nous l’employions tüüjours à l’Honneur & à la Gloire fon Principe,
*
2
U
lîcft certain que Dieu, étant, comme il cft, infinimentau def- fus de tout nôtre Culte & de nos Louanges, n’a nullement befoin d’être glorifié par nous; Mais il n’eft pas moins de notre Devoir, de Lui rendre cette Efpèce de Culte, par lequel nous témoignons & profcflbns devant le Monde, que nous connoiflbns, aimons & adorons un Maître de TUnivers & nôtre Créateur, en faifànt tout ce qui tend à fa Gloire. Outre cela l’Ame eft, fans contredit, un Talent que Dieu nous a confié, &que nous ne devons pas enfouir; mais faire valoir. C’eftavec ce Talent que nous pouvons acqué- rir les Tréfors les plusfolides &que ni Vers, ni Rouille ne fauroient ronger ; que nous pouvons obtenir des Biens , que nulle Puiflan- cc humaine, quelque grande qu’elle foit, ne peutnous ravir. A la Mort nous laiflbns derrière nous tous les autres Biens & Richet fes,; mais ceux, que s’aquiert nôtre Ame, nous accompagnent dans le Tombeau oc même dans TEternité. •
Je m’expoferois àpafier pour vain & ambitieux & même pour fanatique , li je voulois me faire Auteur de l’Opinion , qu’un Na- turalifte fera après fa Mort bien plus hüreux qu’un autre , en ce qu’il emportera dans l’autre Monde les Connoiffances qu’il aura acquifes dans celui ci. Mais par bonheur, cette Penfée eft un peu ancienne. Je n’en citerai pu’un feul Témoin, 11 y a ibien Cent & plus d’Années, qu’un Théologien des plus célébrés & des plus fenfés de fon Siècle, Monfieur du Aloulin, Chapelain du Roi d’An- gleterre, dans fbn Traité de la Paix de F Ame ^ du Contentement de l Efprit^ Liv. 2. Chap. 17. défend cette Opinion comme une Vérité. Apres avoir refufé à l’Ame, pour la Vie avenir, plufieurs Connoiflances inutiles dans l’autre Monde; voici comment il s’ exprime.
„ Mais pour les Sciences plus élevées & purement intelle- ctuelles, il femble bien déraifonnable, qu’un efpntqui s’eft 5, poli & perfectionné par une longue étude & qui a amafle „ un grand trefibr de connoiffance, la perde tout d’un coup ,♦ en mourant, & que l’ame d’un grand naturalifts fe trouve 5, aiifli denue'e de favolr & de capacité, que celle d’un eu.
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^ reurdepuis* ♦ * . La faime Paroîc de Dieu nous îe corn# „ mandcroit-elle avec tant d'inftance: Acquier fapkme ^ as» 35 quier prudenct ; fî c'étoit un acquêt que Famé ne pût em- „ porter avec elle? Je ne fai fi les Natiiraliftes contempla* „ teurs des Oeuvres de Dieu perdront leur 4çavoir en mou* 33 rant; puifque c’eft îc devoir & la pcrfcftion de la créature 33 de connoître la fageffe & la puifTancc de fon Créateur dans 33 fes oeuvres admiral^les, . . , Je fuis perliiadé quils ap- 3, prendront cette grande (ciencc quand ils feront glorifies 33 d'une fa^on beaucoup plus fobiime & plus profonde^
Au refte les Ennemis des Recherches naturelles ont beau regarder ces petites Occupations avec un fier Mépris, & jetter des Yeux d’une orgueiîleufe Compaffion fur les Inftrumens micro- feopiques ; il nous (ufiît d'en favoir le vrai Mérite , & de reffentir au dedans de nous le Plaifir attirant, quun Travail îî agréable peut nous procurer & dans le Préfent & dans F Avenir* Mais ce n’eft pas cette Science feule, qui foit expofée au Mépris & à la Criti- que; car où s’en trouvera-t-il une, qui ne ibit fujette au meme Sort avec aufli peu de Juftice ?
Pour moi je ne connois Occupation deftinée às’amufer d’une Manière licite dans des Heures de Loifir , qui raffambîc tant de bonnes chofes , que la Phifique pratique & les Experimens mkm~ feopiques^ C’eft, pour ainfi dire, une Oraifon perpétuelle; les Choies qu’on voit à travers le Verre éiéyant fens celîe FElprit vers leur Créateur & leur Ouvrier infiniment fage. L’on eft iuûruitde Milliers d’autres Chefs d’Oeuvres du Toutpuiffant. Alors fe fiic- eédent les pieufes Penlees accompagnées d’Âdmiratiou dans le Si- lence, de profond Relpeâ: & de fâint Saififîèment* Vivement convaincus des Paroles de David: Grandes font les Oeunnes de r Eternel; recherchées de ceux qui y prennent plaifir ; nous ad- mirons k Toute-puiflance & la Sageffè du Créateur dans les peti- tes Créatures & invifibles» prèfqüe plus que dans les plus grandes, âinfi qu’en convient Mr. Lionnet dans fa Préface qui eft à la Tête de fon Obfer^ation fur la ChemUe de Saule. Que les Paroles de
* 3 S. Paul
S»’ Paul Rom. i lo. nous {àifîflent alors le Coeur* quenoijs les trouvons belles & claires! Puis retournant fur nous mêmes, nous nous demandons: Qjiifuisje? Comment fuis je fait? Pourquoi fuis je doué, préférablement a toutes les autres Créatures de nôtre Alon- de J de la grande Faculté de penfer , étf de me former des Idées des Oeuvres du Dieu tatitfage? Qu'eft ce qui penfcétf raifonne en moi, qui bazarde de prendre PEjfor depuis la Terre jufques au Trône de l'Eternel? N’y a t-il pas infiniment plus de Félicité', à s’occu- per ainfi dans la Solitude, qu’à courir les grandes Compagnies, où la plupart du Tems, Ton s’e'gaïe au Dépens de la Réputation du Prochain & où Ton s’embaraflè fort peu de la Gloire de Dieu &de TAvantage de nos femblables? Je veux donc fuivre l’Exhor- tation d’Elihu, lob. 36. v. 24. 25. Soumen toi de magnifier fon Oeuvre
Le merveilleux Moîeu que préfentc encore le Microfcope dans des heures d’infirmité & de Solitude, pour charmer lesDou. leurs, pour ranimer rEiprit & pour palfer agréablement les Jour- nées les plus triftes; c’eft ce que j'ai mieux éprouvé qu’une infini- té d’auties. L’on peut bien dire de cet Amufemenc inùrudif:
Nihil tam actrbum ejî, in quo non jcquus anirnus folaminis quiddam inueniat^ '
Cette Occupation nous introduit en même Tems dans la Com- pagnie des Morts & dans la Communication avec les Savans & Naturalises anciens & modernes. C’eft par elle que nous Tom- mes ménés, comme par la Main dans les plus belles Bibliothèques & dans les meilieiirs Cabinets de Curiofités naturelles. Nôtre Efprit en clt toujours plus éclairé, nos Expériences plus étendues & nôtre Ame enrichie de plus de Tréfors. Nos Verres nous met- tent a même dé reconnoître les Fautes & les Erreurs des Anciens &ces Infiruniens nous rendent capables d’entendre & d’expliquer plus diftinêlement le vrai Sens de quantité de Pafiages de FEcri- ture. Jufqu’où Ton peut aujourd’hui aller par le Moïen d’unlbon Microlcope qui a ‘toutes les Lentilles iufqu’au plus haut degré de
GiofiiT-
Grôfliiïement, ' & qu’elle Clarté il donne à la Vüe, pour pénétrer dans les Secrets de la Nature,* c’eft.ce que montrent le plus au- tentiquement les Découvertes ^ites-de nos Jours , & furtoiit cel- les des Animaux fpermatiques, Si le célébré Mr. Buffon eût pris un bon Nro. o. ou oo. dans un Microfcope manuel fimple, pour exa- miner ces Animalcules, cet illuftre Savent ne les auroit pas don- nés dans fon Hifloire naturelle uninjeyfdle pour des Molécules. Il au- roit reconnu ces mêmes Corplifcules avec leurs petites Qiienes, & leur Mouvement libre, arbitrair.e ôç-prc^mt d’un Endroit à l’autre; ainfi que l’ont dâCQUvert'dijfl:inden^nt/ & adruiré dans la Suite Iç célébré Mr. de Haller , feu Mr.de Profélfeur Potey de Weiffenfel?, Mr. Holmann de Gœttingue & plufieurs autres Savans de Répu- tation, encore pleins de Vie; & dont il a été dit tout ce qu’on en peut dire dans les Parergis Gœttingenf. Tom. 1. Lib. 2. OpC VI. comme auffi dans la Venus p;&(/?^«e'ded’imcomp arable Mr. de .Maupertuis, *
Les grandes Découvertes & Amplifications, qu’on a faites dans le Rngne Végétal , par le Moïen de ces Inftrumens & de la Diflédion, ont été déjà mifes dans tout leur Jour dans (Quantité d’excellens Ecrits & même dans des Ouvrages entiers.
Quelque perfuadé que je fois de tout ce que je viens de di- re, je fuis bien éloigné de prétendre, qu’il faille faire fon unique Affaire des Amufemens microfcopiques, abandonner des Occupa- tions plus preffantes , ou préférer cet innocent Paffe-tems a d’au- tres Vacations plus importantes. Toutes Chofes ont leur Tems, & par conféquent aufli les Obfervations â faire parles Indrumens microfcopiques. La feule Chofe donc que je fouhaiterois, ainfi que je Pai déjà infinué , c’eft que ceux qui les Méprifent euffent l’Equité de lailfer jouir ces Inftrumens de te Réputation, que l’Ex- perience leur a acquife.
Je
* C’eft dequoi l’on peut avoir plus d’Eclairciflemens dans la Défenfe que j’en ai faite, laquelle a e'té imprimée ici en 1758. & mife au Jour fous le Titre d’EjJài iune Lèfenfe folide des Animaux fpermatiques*
Je pourrois encore infe'rer ici une couple de Douzaines d’Elo- ges ou de Flatcries fur ce que j’ai mis jufqu ici au Jour, qui me font parvenues de la Part de Savans du premier Ordre qui m’honorent de leur Bienveillance; Ci les Critiques & les Ccnfures, qui en ont été faites dans les Feuilles littéraires , Journaux & autres bonnes Pièces pe'riodiques, n’e'toient les meilleurs Juges ou Témoins du Prix & du Me'rite de pareils Ouvrages*
Que fi d’autres Yeux plus clairvoïans en découvrent davan- tage, que les miens n’ont pû voir, je recevrai leurs Avis avec bien de la Keconnoiffance. U ell aifé de fe tromper; mais pourvu que ce ne foit pas un Efprit de Critique, qui nous faffe prendre des Bagatelles, qui n'aboutilTent à rien, pour des Fautes capitales.
Le Prix que Mr* l’Entrepreneur a mis à cette Edition cft outre cela fî modique, que tout Amateur impartial , qui voudra le comparer avec celui d’autres Ouvrages de cette Efpèce, enfen- tira lui même la Différence.
Enfin mon plus grand Déïïr cft de pouvoir continuer à plaire aux Lecteurs & aux Amateurs de mes Obfèrvations, qui ra* ont non feulement honoré de leur Approbation libre U impartia- le; mais qui ont encore eu la bonté de m’exhorter à diverfes fois, de pourfuivr e le Cours de mes Experimens. Je finis donc par me recommander très humblemcntà leur BieiweiUance. Nuremberg ce î. Novembre 1763*
Martin Frobènt Ledcrmiillcr*
AMUSE-
AMUSEMENS
MICROSCOPIQUES
Troisième Cinquantaine,
EN FORME DE LETFRER
LETTRE L
Manîmens 5c Obfervations Microfcopiqucs.
Alon cher Amil
Je fuis mortifié d’avoir été fi long-tems à Vous tenir Parok , Zc je ferois au Défespoit de Vous avoir fait languir. Je pourrois Vous alléguer bien des Raifons , pour juftifier mon Silence , mais je ne vois pas que c’en foit ici le Lieu; car puifque Vous voulés que je Vous ap- prenne à manier les Microfeopes les plus connus; il n’eft pas à propos d’y mêler des Affaires étrangères, qui peuvent être renvoïées à quel- que Tems, où l’on foit plus de Loifir»
, IIL Tom.^ A Efl-
% Manîmens U Obfervations Microfcopiques*
Efl ce tout de bon que Vous n’êtes, qu’un fimple Apprentif ? Ne m’en impofe's-Vous point ? Eh bien la Bonte' de Caraélère, que je Vous connois, me fait ajouter foi à Vos Paroles , & je m’en vai, Mon ch'er^ Vous inftruire fur ce Pié là. Il faut donc d’abord Vous mettre lA. B. C. en Main & puis Vous guider aux Obfervations pratiques , au Crayon, au Pinceau, aux Couleurs, à la Plume, & enfin aux Alicrofeopes.
Je Vous indiquerai ici tous les Microfeopes ^ que doit avoir un vrai Amateur de cet Art. Faites la Revue de Votre Cabinet, pour voir s’ il ne Vous en manque pas quelcun. Une longue Expérience me fait donner ici la prémière Place au Microfeope manuel de IVilfon'^ parce- que je puis m’en fervir prefqu’avec tous les autres Inftrumens; ainfique Vous le reconnoître's plus parfaitement par la Defeription que j’en vai donner. Le Microfeope folaire p. c. ne peut fans lui re'pre'fenter le moin- dre Objet, & quelque Cas que l’on fasfe du Microfeope composé de Mar~ fchal ou de Haertel^ je le trouve en ’mon particulier de beaucoup infe- rieur à Celui de IVilfon.
Je mets au fécond Lieu le Microfeope compojé de Marfchal ou deUaer- tel avec fon long Tuïm cylindrique et fes deux Miroirs,
En troifième lieu vient le Microfeope folaire^ trouve Celui de Cuff
de Londres le meilleur. Mr. Burucker en fait à Nuremberg.
En quatrième Lieu l’on peut faire très bon Ufage du Microfeope en Forme de Compas, aux Miroirs de Metal^ furtout pour les Corps opaques et- non tranfparens.
En cinquième Lieu le Ferre Oecommique efl bon à une Infinité de Chofes. ii-y en a qui le nomment Loupe, & ils n'ont pas Tort. Mais
com-
* Depuis que ceci a èîè écrit, l’on a fait en France, à Leipzig, à Augsbourg, à Dresde à Francfort Scc. quantité d’inventions nouvelles, dent les Journaux et autres Pa- piers publics ont fait fiiffifamment Mention,
ManînRens& Obfervations Microfcopiques. 3
comme j’ai la Loupe à.part, montée en Corne, & que mon Ferre Oeco- nomîque eft pofé fur un petit SoubafTement, femblable à une petite Ta- ble ronde; je ne fais point Difficulté de fixer à chaque Inflrument fon Nom, fuivant fa Valeur & fon Ufage» Vous ferés mieux convaincu de ceci, lorfque je Vous Les envoierai deffinés & décrits chacun en parti- culier.
En fixième Lieu je me fers de la Loupe, pour chercher les Animal- cules dans l’Eau p. e. pour découvrir les Artifons du Fromage, laPouf- fière des Fleurs, les Polypes & les autres Créatures aquatiques &c. Il faut par conféquent, qu’Elle groffiffê un peu plus que le Verre Oeco- tiomique, autrement on ne fauroit diflingwer dans l’Eau croupilfante les petits Animaux de Limon,
11 faut en feptiême Lieu des înftrumens particuliers, pour obfer- ver la Circulation du Sang des Créatures vivantes, p. e. des GrenouiL les, des Poifibns, des Lézards d’Eau &c. L’on prend pour cela le /Wt* crofeope Anatomique, de l’Invention & Defeription de^r. le D, Lieberkuh^ célébré Naturalifte de Berlin.
Ç'eft au refie une Régie générale en fait de Microfeope, que plus ils font fimples & moins corapofés, meilleurs, plus agréables, &plus avantageux ils font.
Jufqu’ïci je n’ai pas jugé à propos de m’en procurer d’avantage. Vous n’avés maintenant qu’à voir; mais en même Tems n'oubiiés pas de parcourir le Refie des Inftrumens et Outils, requis pour cet Effèt, dont je Vous envoierai une Lifte au premier Jour. Cette Lettre me paroif- fant pafTer les Bornes ordinaires, je renvoie le Refie à l’Ordinaire pro- chain.
Adieu, Mon Cher, tâchés de Vous bien porter,
A a
LET-
4
Manîiïiens & Obfervatioris Microfcopîques,
LETTRE IL
Je fuis ravi d’apprendre par Vôtre agré.able Reponfe, que les pré- miéres Lettres de mon /Alphabet ne Vous ont pas dèplû. Vous vbulés donc que je continue. Eh bienî pour Vous tenir ce que Vous ai pro- mis; voici une légère Lifle de mes autres Outils Microfcopiques , à laquelle j’ai Joint quelques Régies, qui ne peuvent que Vous être utiles pour rUfage du Microfcope»
Four bien reüfîir dans l’Exercice du Microfcope, il faut I, avoir la yûc bonne et faine y
^2, la Main dégagée, délicate et ferme, laquelle foit capable d’en:- ehafTer les Objets ^ les Verres. Une Main tremblante ne vaut rien pour le Microfeope,
Une Addrefjè aifée, & pour ainfi dire, une Incïmation ^ un Panchant naturel aux Récherebes microfcopiques.
H.y'a certaines Gens qui regardentla Microfeope, comme une très pitoïable Badinérie d’Enfant. J’en ai même ouï foupirer de ce qued^s Perfonnes, autrement de bon Sens & même d’Erudition, pouvoient fi mal emploïer leurs Heures de Loifir, Leurs Doigts les décèlent, dés que les Egards ou la PolitelTe les obligent à porter aux Yeux feule- ment gsn Microfeope fimple de TVilfon. Il-y en a pour rire de voir l’Air gauche dont ils s’y prennent; & au bout du Compte , ils conviennent ©rdinairement, qu’il n’efi: pas aulfi aifé & facile de faire des EiTais Mi- erofeopiquesj qu’ils fe l’étoient figuré. Mais ceux-là ne font pas des Nôtres-.
Je connois une antre forte de vrais Amateurs, au Pouvoir des- quels il n’eft pas de tenir un Oeil fermb & l’autre ouvert, lorfqii’il veu- lent obferver quelque Ghofe. Ceux-ci nepeuventpas voir les Objets auifi fixement, que Ceux qui font les Maîtres de tenir fermé ou ouvert
rOeil
Manîmens & ObrerVations MicTofcopiques. f
FOeil qii’ils veulent. Ca^r, qu’ils enferment l’un avec une Main, il leur faut l’autre pour porter le Mkrofcope à l’autre Oeil, & il en faudroit une troisième pour diriger la Fis & le Porte-Objet. Cependant comm» Fon peut.ft faire à tout, il n,efl pas impolEble, en faifant quelque petit ElFort, quand on eft feul dans fon Cabinet, de s’exercer & de parve- nir à tenir tantôt l’Oeil droit, tantôt le gauche ouvert ou fe|me. Ba- gatelle, qui ne lailTera pas de procurer de l’Avantage à une Perfanne, qui voudra mettre la Main à l’Oeuvre.
Le Porte-Objets font, fans Contredit, apres les Mkrofeopes, les Outils les plus nécelTaires. L’on n’en fauroit trop avoir. Il en faut à-Q fîmples & de doubles I c’efl à dire les uns à un feul Ferre et d’autres à deux Ferres en Forme de Plat. Les doubles pour les Créatures vivantes, et les fimples pour les Sels &les autres Matières fluides.
Ces petits Ferrer en Forme de Plat y qu’il faut pour le Porte- Objet, n« fe peuvent pas toujours avoir, quand même l’on vou droit les parer bien chèr. IIV’ous fera donc très avantageux. Mon Chèr, d’appreiv dre l’Art d’en faire Vous- même. Je Vous en donnerai le Secret an premier Jour.^
Je fais moi-même les petits Anneaux^ dont on fe fert pour affermir les Verres du Porte-Objet, au Moïend’un très vil Inftrument, Je les fai» de Fil d’Archal jaune, celui de Fer étant trop fujèt à la Rouille. Je Vous dirai aufîî dans la fuite comment cela fe fait-
il faut de petites Pincettes bien fines^ pour prendre les LentUles micro- feopiques, les petits Infeôles ^mtresy des Pinceaux de PoÜ pointus Se auiû des lüiaux de diurne bien appointés, pour mettre fur le Porte Objet les pe- tites Créatures aquatiques, les Anguiles de Colle, et furtout les Sçis.
Il faut referver à chaque Sel & à chaque Fluide fon Pinceau particulier- Je Vous dirai avec le Tems i’Ufage de tout ceci.
6 Manîmens & Obfervations Microfcopiques.
L’oii peut faire mourir tout un plein Verre d’Anguiles de Colle avec un feul Pinceau, dont on fe fera fervi pour de l’Eau de Sel traitée par la Chimie. Comment voudriés Vous, p. e. tirer des Criftaux purs du Sel à cuire, s’il tenoit encore au Pinceau quelque DiâTolution de Cor- ne de Cerf ou de Salmiac ?
Pour ôter la Poulîiére & la CralTe des A^icrofcopesh Lentille & desser- res en Forme de Plat du Porte Objets il Vous faut un Bout de Peau velue, celle de Chamois efl: la meilleure. Si l’Eau fraîche ne fufïitpas pour les décraf- fer, on les lave avec de l’Elprit de Vin.
Une Couple de petites Lancettes, un Couteau bien aîguifé ^ des Fpîngles^ et des Cifeaux bien fins, pour en de'couper les Anguiles de Colle, 'pour ouvrir les Grenouilles & autres petits Infeéles, ne Vous feront pas fu» perflus.
11 Vous faut enfin divers Utenfi'es de Serre, comme de petites A(fiet- fer ronie; & des Glaces a Montre, pour pouvoir mettre deffus ou dedans une Quantité d’AuimalcuJes de Limon ou même d'individus qu’on veut examiner fous les Tuïaux réunis du Microfeopede Marfehaiou deHar* tel. Il faut encore des pour y faire monter les dif-
ferens fucs, qu'on veut préfenter devant le Microfeope. Vous aurès âuffi Befoin de Tuïaux cylindriques plus gros & plus larges, pour y con- ferver de petits PoifTons ou de l’Eau limonneufe , afin de les pou- voir mettre entre le Microfeope de Wilfbn, en guife de Porte-Objets, Que fl Vous voulés encore y ajouter quelques Bouts de Verre unis de la Torme du Porte-Objet pour la Longueur & pour la Largeur, afin de pouvoir enfermer entre deux de ces quelques Créatures Micro-
fcopiques, cela dépendra de Vous. A moi ils ont été inutiles, ii’aïant ja- mais pu m’en fervir pour faire aucun Experiment certain.
S’il
Manîm'ens & Obfervations Microfcopicjoes, 7
S’il me tombe encore entre les Mains quelqu’Inflrument, qui ne me^ revienne pas pour le Coup; j’y fuppléerai dans la Suite. Aies- la bonté de Vous toujours bien porter.
LETTRE III.
ï^atience. Pas tout à la .Fois, Vous voulés déjà fortir de l’Ordre de l’Ecole, Nous fommcs encore à i’A, B, C, & Vous voulés lire.
Cependant je ne veux point abbattre la Joie que Vous donneVd- trc nouveau Microfcope folaire. Vous allés tout de Suite favoir com- ment il s’y faut prendre, pour en tirer des Experimcns agréables. Vous allés trouver ici ce que Vous defîrés Sspeutêtre au delà.
Le Microfcope folaire & la Chambre obfcure, vont bien Vous don- ner des Occupations plus intérelTantes, que ne le font de (impies Grof- ^(Temens.
Jettes les Yeux fur les Defïeins ci-joints & Vous trouverés fans
peine ce que je veux d^e,
*>
Je m’cn vai cependant procéder dans l’Ordre & pour éviter les Ré- pétitions, Vous expliquer chaque DeiTein en particulier. Vous trou- verés donc deux Répréfentations dans cette
^ TABLE I,
Le Microfcope folaire de Cujf^ avec la Chambre obfcure.
La Figure r. Vous montre le Microfcope fo' aire de Cuff'j a) en efl le Devant, comme il eft affermi à/’/îi; b) parksT’f; c). "Les Trous d) qui font à cet Ais, fervent à pouvoir l’attacher à un P'oîet de Pénètre; ainli que Vous indique a) dans la Fig. 2, de cette prémière Table. Avant que d’entrer dans la Defcription des Parties de ce Microfcope, je Vous dirai, que le Mien eH; de Mr, J, Cuff de Londres. Toute la Grandeur de la Plaque dorée a) effde 5. Pouces de haut & de 5, de large; et
i’Epaif.
§ TAB. I4 LeMicrofcope àeCuff, avec U Chambre
J’EpaifTeur a à peine de Pouce, Le Miroir a 7^, de Poace de long et 8. de large, le Ttiïatî, avec le Morceau qu’on met au Bout, en a 6^. i|. de Diame'tre, de forte qu’on le peut commodément porter fur Soû Cet ïnflrument a au Millieu une^»e Roue dentée, e) cachée, laquel- le dirige le Miroir f) de droite à gauche et de gauche à droite^ par le Moïen dune petite Vis k Dens g). Aies en Récomandation cette Vis; car Vous en aurés fans celTe la Clef h) à manier de la Main droite* Cette Clef h) paiTe dans un Trou en Eoiïe i^ &par leMoïen àet Ecrou k) & du Tenant 1) eft attachée par derrière au Miroir du Côté lî) , & fert à hauffer et hailTerle Miroir, fuivant que la Difpofitipn du Soleü l’exige. Au Centre de la Cibe e) eft attaché un autre Verre optique, qui grofîit un peu, ,ce que Vous montrera la Tab. !!. J’en ai marqué IXndroit d’une petite Etoile. Celui-ci jette les Raïpns du Soleil, qu’ïl reçoit du Miroir f) à travers m) & n) & en même Teras l’Objet groffi, qui fe trouve dans le Porte-Qbjet, jusqu’à la Paroi blanche , quand le Microfeope manuel y a été prémièrement affermi.
Voilà le fmemenïhil, lorsqu’on veut groffir quelque Chofe; & pour pouvoir.alongex le Foier, il-y-a au Haut du Tuïam Cylindrique un autre Bout de Tuïau o) lequel Vous verrés mieux dans la Tab II, où je l’at deiîiné feul, avec l’Endroit p) , où il doit être fourré. Ce Bout de Tuïau efl par devant garni d’une Vis q) Tab. IL laquelle entre dans l'Ecrou qui fe trouve dans la Partie de derrière du Microfeope de Wilfonr) &par où il efl joint au Cylindre m) & rend ainfi le Microfeope folaire com- plet. Alois l’on paTe le Porte-Objet s') avec ce qu’on y a mis, entre les Lames d':ï’voire t) & d’une Main u) l’on tourne le Mic-rofeope manuel en avant ou en arrière, & de l’autre x) l’on dirige le Porte-Objet, jus- qu’à ce que Vous aies attrapé le Pourpris le plus exact de l’Objet contre la Paroi blanche^
DelH-
9
TAB. II. LeMrcrofcope,foUire par derrière,’ &c.
Deffinés le tout de fuite ,* pour plus de Commodité je me fuis fait faire une Machine très fimple, dans laquelle je puis tendrexine Feuil- le de Papier. Vous la itrouverés Fig. 2. de la première Table, Elle confifte tnnnBUon creux d) pofé fur un Pié en Croix, Le Quadre c) fe plante dans ce Bâton au Moïen d’un autre plus mince f) & fe haulfe ou fe bailfe par la Cbeviüe e). Au relie je n’ai voulu par cette fécondé Figure Vous donner xju’une légère Esquilfe de ma o^/care d’àprefent,
dans laquelle a) Vous met devant les Yeux l’£«droir où le Microfeope ell affermi vers le Couchant, avec la petite Table b), où fon peut met- tre les ©utils dont on a Befoin, & g) la Paroi blanche contre laquelle les Objets fe préfentent. Vous placerés les Sièges de Vos Speélateurs à Vôtre Fantaifie; pour moi jeîesaiarrangés ^omme^Vousyoïés pour ma Commodité. Vous allés voir
TABLE IL
Le Microfeope folaire par derrière, 8c 2. Chambres Qbfcures avec des Répréfentations Optiques,
La Figure a) Vous répréfente le Microfeope folaire par la partie de derrière fans Ais ; c’ell à dire, la Plaque de Laiton doré b) dans la quelle font marqués les Trous des Fis c), la Cibe dentée je), le Ferre optique indiqué par une Etoile, ^comme je Vous ai déjà marqué. Vous y yoïés encore le Miroir f), le Bout de- derrière de laHf 4 Dens g) qui dirige à droite et à gauche la Cibe e) & le Miroir f). Dans h) rfe voit l*Anfe ou la Clef, qui fait hauffer:& baiffer ce Miroir par le Moïen du rewanH) & de l’Ecrou k). La Manière dont les Raïons du Soleil opèrent à traverts f) *) m) n) p) , fe trouve marquée par 1); & o) & q) défignent le Bo«f avec fa Fis où il faut mettre-îe -Microfeope manuel de Wilfon, quand il s’agit d alonger le Edier»
IIJ. Tom,
B
Mais
10
TAB. IL Le Microfcope par derrière &c.
Mais avant qU€ de finir, il faut que je Vous explique ce que veu- lent dire les deux Figures fupérieures B) C) des Chambres obfcures avec ces Couleurs d'Arc-en-CieU
Je Vous ai dit ci-devant, que Vous pouviés faire Ufage de Vos Chambres obfcures, pour d’autres Répréfentations optiques , & Vous allés voir que je ne Vous ai rien annoncé de désagréable. Lors donc que Vous aurés achevé Vos Répréfentations microfcopiques j Vous n’ avés quà ôter le Bout o), zv ec\t Microfcope manuel, & à lailTertout leRe- fle avec Ics Tuiaux cylindriques m) n) attachés au Volet p). Fuis met- tes la petite Jable a) de la Fig. B) C) ou quelqu’autre chofe de^embla- ble, qui foit juftement de la Hauteur du Cylindre m), à peu près à deux Fiés de Difiance , devant le Microfcope folaire ou devant le Volet b) où il eft affermi; prenés enfuite Vôtre Brifme c), tenés le de Maniè- re que les Raïons du Soleil donnent fur un des trois Angles aigus; & Vous verres aux deux Côtés de la Paroi une Colomne de Figure ovale y Couleur d’Arc-en Ciel, d) d) Fig. C.) telle que je l’ai repréfentée e) avec toutes fes Couleurs. Que fi Vous mettés encore un Ferre cylindrique d), plein d’Ëau derrière le Prifme (voies Fig. B.) il fe fomera tout de fuite dans Vôtre Chambre deux magnifiques Arc - en- Ciels e) e), l’im au Haut de la Paroi, et l’autre en bas fur le Plancher, Quelque fois il fe pré- fente encore la Figure ovale f) contre la Paroi de côté. Je n’aurois pas placé ici cette Dîgrelfion, fi je n’avois fû, qu’elle Vous feroit Plaifir, Vous pourrés faire outre cela une Infinité d’autre beaux Experimens, comme par la Difperlion et la Répréfentation de chaque Couleur en Par- ticulier, dès que Vous entendrés bien le Prifme & que Vous aurés vû les Occupations du grand Neuton et de Mr. Algarotti.
je pourrois finir ici; mais pour Vous punir d’avoir déjà voulu fai- re des Ob érvations pratiques, j’ai refolu de Vous ennuier par une . lon- gue Lettre, et pour y trouver Matière, j’ai defliné deux Obferva-
tions
TAB.III. UnpetitRond &c. TAB. IV.UnMorCeajil'c. ii
vatioQS microfcopiques, que je Vous envoie. Examines l’urne & J’au- tre pour voir fi je les ai bien deflinées & re'préCbnte'es,
Vous verre's donc
TABLE HL
Un petit Rond d*un Brin de Paille.
Il a été coupé orifontalement du Noeud ^ & il contient des Hexago* nés réguliers et irréguliers. Les irréguliers viennent du defiTêchement; <ar fi l’on pouvoit pofer bien jufte ce petit Rond^ fans qu’il perdit rien de fon Arrangement! ni en le tendant, ni même en le coupant, l’onver- roit toujours des Hexagones xégulitt^ En certains Endroits îl font très diftinéls; mais ils le font le plus dans le Microfeope, ainfi que j’en ai delliné quelques uns b). Lepetit Rond non groffieftmarqué d’une}»*
^ TABLE IV.
Un Morceau coupé en travers d’une Goufle de Semence de Mauve Sauvage
Le quel fait aufli un très bel Effet. La Coujfe coupée par le Mi- lieu en travèrs confifle en une large Etoile a) compofée de 14. Raïons ou Cellules àOraîne, Quand elle eft fraîche, elle donne beaucoup plus dans la Vue fur le Verd de Perroquet; Mais comme j’ai delîlné ceci d’après une Gouffe déjà fêche_, fa couleur donne dans le P'ert-Brun, Alors les Particules externes b) tiennent auffi bien .enfemble, qu’aux Bouts des Rui- ons de l’Etoile, Mais ici, les uns femblent étreTeparés des autres ; jen’ ^i cependant rien voulu changer a ce que j’ai vu à l’Aide du Microfeo- pÆ, Les Trous vuides défignent l’Endroit où etoient le Grains de Se-
B % mence
* ’Voïès mon Tr.ité Phifico-Microfeopique de la DiJfeSiion do. Seigle, avec l’Obfcrva- tion de Ton Crû &c. Grand Folie.
J 2 TAB. V. LeMicrofcope dit manuel de Wilfon
mence. La véritable Groffeur de ce Morceau eft marquée d’un c)* N’êtes-Vous pas encore fatisfait? Je penic qu’oui. Vous en avésafTés pour aujourd’hui. Une autre Fois davantage. Mais dans mes Lettres fuivantes, il faudra revenir aux Manîmensî ce dont je fuis bien aife de Vous prévenir ; afin que nous ne fortions' pas de l’Ordre que nous nous fommes propofé» J’ai de l’Impatience d’avoir Votre Réponfe &plus encore d’apprendre que Vous êtes content»
Je fuis &e»
LETTRE IV.
Vous ne perdrés pas Patience et ne Vous facherês pas de voir en- core ici des Manîmens. Je me le fuis expreiféraent réfervé dans ma dernière ; jeme perfiiade^ que Vous Vous rendrés Juflice, que Vous ne fauriés faire des progrès à moins que de s’y prendre aînfi.
Le Microfcope, que j’ai l’honneur de Vous prélcnter eft fans con- tredit le meilleur de tous, étant le plus fimple dans fon Elpéce, de T Ufage le plus facile, & très necelTaire à plufîeurs autres» Voici donc
TABLE V.
Le Microfcope dit manuel de Wilfon ou de Poche
de Kulpeper,
d’après lequel Jean Michel Horologcr & Opticien de Zurich a fait fon Microfcope univerfel.
Cet Inflrument confîfle en un Tuiau cylindrique Creux a) dans le- quel on affermit au Bout, où efl marquée l’Etoile, la Lentille grojfijfantt.
Vous voies b) une telle Lentille dans fon Encbajfiere t dont il peut y en avoir 5. à 6, c’efl à dire depuis Numéro 5. jusqu’à 00.
D’abord au dcffous de la Lentille efl un Rejjort fpiral de Fil d’archal entortillé c), lequel fert à retenir le Porte - Objet avec l’Objet, de
peur
ou de Poche de Kuîpeper. r?
peur que la grolfe- Vis ne le poulTe trop vite contre le Verre fiffant.
Le liejforf porte fur deux Plaques d’ivùirt d), qui ont au Millieu ufî Trou rond de la Grandeur d’une Pièce de px Blancs, C’eft au deffous de ce Trou qu’on met le Verre du Porte-O&jetj en prenant bien gardé que rGbjetqui eft dedans, vienne bien jufte entre ces dcüx petites Pla* quesr La- Figure D) E.) Vous montrera diftinélement ces petites pl^- quesr Elles portent fur un Morceau de Corne échancré et pareillement creux e), lequel peut avoir un ^art de Pouffe d’épais, afin qu’èllck ne branlent pas, lorsqu’elles font remuées par la Vis qui eïl: immédia- tement deffous. Cette Vis f) eft deftinée à mefurc qü’ôn l’ouvre od la ferme, a approcher ou reculer de la Lentille, l’Objet qui doit être ex- aminé, de Façon qu’il fe montre clairement a POcil, aînff que le Fôïer du Verre le demandé. Enfin aü bas Bout du Microfeope efl encore le Ferre opfiqae g), qui eff affermi par un Anneau qui y tien par une Vis, Mais pour donner à l’Objet tout lejour et toute îaCIarté qu’il lui faüt, J’ai fait faire plufieurs de ces Anneaux d’une Lame très mince de Laitou & même de Parchemin, dont je me fers fort utilëmenr.
En voici quelques uns h) i) k) 1) & je rt’ai pas bcfoln de Vous avertir, que les plus grands Trous font pour les moindres Groffiffeméns, e’^cfl à dire pour ^,4. et 3. & les plus petirs ou les plus étroits pour les Verres les plus forts, comme i, o, et 00. parceqiie Nro, ï. o, et 00, n’ont pas befoin qu’il y entre tant de Lumière, lorsqu’on veut voîÊ PObjet fixement & dans fon plus beau Pourprh,
L’on met ces Fournitures ou Anneaux entre le Verre optique & la Vis, & une Expérience réitérée fait voir qu’ils n’y font pas de trop.
Or fi Vous voulés tenir devant î’Oeif cet ïnffrument Fig. i) pre- nds le de la Main-gauche, par le Manche m) & de'da droite tournés la- Vis n) comme Vous verrés qu’il en fera befoin. L’Etoile ne marque
B J, que
î4 TAB.V. Le Microfcope dit manuel de Wilfon
que la Polîtion de l’Oeil, & les petites Boules o) la véritable Groffeu-r de mes Lentilles ou remj en Forme de Grain de Millet , Nro. 5. 4, 3, a, !♦ O. et 00.
Mais comment s’y prendre pour diriger le Porte-Objet ? N’y a-t-il point de Secret en cela? Je m’en vai Vous donner dans la. Figure 2« en- core une petite Ebauche, tîint pour m’acquitcr de mon Devoir^ que pour fatisfaire Vôtre Defir.
Vous trouvés dans p) encore une Fois ce Microfcope deWilfon, J’ai marquéla Portion de l’Oeil par q) & la Partie de derrière ou d’enbas par r), ou l’on place le Verre optique ayec fes Fournitures marquées ci deifus h) i) k) 1). '
Mais pour bien diriger le Porte-Objet, prenés le Microfcope de la Main gauche & mettés le devant l’Oeil ; & après l’avoir parfaitement arrangé fuivantïa Fig.Ji. regardés avec foin, iî Vous voïés l’Objet ailes £xement. Si Vous trouvés, qu’il foit encore befoin de faire jouer la Vis; commencés d’abord par l’ouvrir un peu & approchés enfuite avec la Main droite l’Objet fi jufte devant la Lentille, que, fi Vous ne lepou- vés voir très fixement. Vous puilïiés du moins l’apercevoir d’une ma- nière diftincte ; alors ouvrés & fermés tout doucement la groife ViSj Jusqu’à ce que Vous aïés Votre Objet au point le plus fix€& au Centra du Foïer, pour pouvoir l’obferver à Souhait.
Le Jeu de la Vis de même que celui du Porte-Objet doivent fe fai- re avec Précaution, doucement et lentement par une Mainfûre; autre- ment les Verres en Forane de Plat du Porte-Objet où les Lentillcts microfcopiques fe caifent ou du moins prennent de Raies. Dans s) j’ai placé un Porte-Objet, & t) marque l’Endroit où font les deux petites Plaques, entre lesquelles le Porte-Objet doit palTetJ ce quej’ai défigné plus clairement par D) E) dans la Figure
u) eïl
/
Manîmens & Obférvations microfcopiques; if
aj eft un de ces petits Chapeaux de Laiton, où j’énchaiTe mes Len- tilles* Dans celui-ci eftun Nro* oo. & les Lignes pontuèes , qui font au deflbus marquent la diverfeDiftance qu’il y a du Foïer des Verres mfcro- ftopiques aux Objets, à Proportion des Nro;
Avant que de finir, j’aià Vous donner un petit Avis qui pourra Vous être utile dans rOccafion. L’on calïè, fouvent même l’on perd le Ferre optique. Si cela vient à Vous arriver, ne laifTés pas de continuer rObfervation eommence'e. Prenés feulement une'de Fournitures, qui' conviennent avec la Lentille, que Vous avés dans le Microfcope, & mette's la à la Place du Verre optique, & Vous viendras à bout de Vô- tre Obfervation» fans remarquer une Diminution confide'rable de Clarté.
Je fuis &c;
LETTRÉ V.
Manîmens & Obférvations microlcopiquesi
C^ioi? Vous Vous plaignes du Goût & du Jugement que le Monde porte des Vos Amufemens rnicrofcopiques ? Philofophe pratique, pou- vés-Vous bien faire Attention à cela ? Les Jugemens du Gros des Hom- mes ne portent ordinairement fur aucun Fondement folide.
Il ,y en a qui font fous de certaines Chofes, que ni Vous' ni moi n’honorerions d’un Regard. Que ne peut pas la Force de l’Education & de combien de Préjugés n’accable- t-clle pas l’Elprît, furtout loriqu’ il n’eft pas épuré pas les Sciences? Encore celles-ci n’ont- elles bien fou- vent pas afies de Vertu pour extirper les Préventions enracinées. A- joutons à cela les Temperamens , les Pallions, les Vues, les Ufages & Mille autre Chofes de cette Nature, defquelles comme d’autant de Sources impures, naiifent des Jugemens entièrement incompatibles
avec
iS Manîmens & Obfervations tnicrofcopiques*
avec la faine Raifon. L’Inclination et rimagination font des Dons de 1^. Nature propice. Je m’en vai prouver par un feul Exemple ce que j’avance.
Il y a quelques Années que je fus obligé d’aller , pour affaires, dans une certaine Majfon, coù, après avoir fini maCommiffion, le Maî- tre et la Maîtreffe me prièrent de refier pour prendre un “^erre de Vin. Tandifque nous étions à boire, l’Hôte appelia fes trois Enfans, Jefquels parurent .d’abord J mais bien que le plus jeune eût fix.Ans, ils entrèrent dans la Chambre où nousdtions, plûtôt en rampant comme de Tortues, ou en. canotant .comme des Canards, qu’en marchant d’un Pas, ordinai- re, tant ils étoient Cagneux et chargés d’autres infirmités corporelles. Cependant le Père nelaifibitîpas de les baifer SrlaMèrede lesappeller fes beaux petits Anges, d^elle Félicité pour ces pauvres Enfans, que leurs Parens les trouvent beaux! .Comment auroient-ils été autrement élevés avec tant de Soin?
Autant de Têtes, autant.de Sentimens. Que Mr. X. aime les Ma- rionettes, Mr« Y. fes Chiens de Chalfe & Mr. Z, fa Partied’Hombre où de Quadrille; nous perfifterons à nous faire un Amufement utile de nos admirables Microfeopes. Toutes Chofes ont leur Tems. Il-y a des Heures, où nous trouvons autant de Goût à lire les Mosheim , les Baumgarten, les Leifer, les Struv, les Boerhave & les Haller, qu’à li- *^eNollet, Mufchenbroeck, Reaumur, .Bonnet, Lieberkuhn, .Needam& Hillel
Revenons au Fait, Pour fatisfaireie Defir que .Vous avés defavoir, comment Von peut avec.ee Microfeope manuel, defliner commodément des Objets hors.de la Chambre obfcure fans Raïons,dQ Soleil; je Vous a dclTiné id l^Iif^rument de la Façon que je m’en fers.
TA-
TABLE VI. Le Microfcope manuel de Wiifoa. »7
TABLE VL
a) eft le Microfcope manuel de Wilfon,
lequel eft pofté, par le Moïen d’un Tenant, ’au deiTus d’un Coffre à Ti- roirs de Noïer ou peint' en noir. Ce Microfcope a au Dos un Écrou Cou. dé b), dans lequel entre la f^s mince c) laquelle traverfe le Tenant d) a- vant d’etre affermi dans b). Le Tenant d) avec le Microfcope, eft pofé fur ce Coffre & y eft affermi par la Cbeviîle ou parla Vis e) qui eft au Pié du Tenant,
Sur ce Coffre à Tiroirs f) eft encore ménagé un Miroir, que doit ve- nir diamétralement au deffous du Microfcope a), pour éclairer de bas en haut l’Objet qui eft dans le Porte-Objet.
Le Coffre f) lui même peut commodément fervir à enfermer Je Mi., roir ql, le Picot d'Tvoire 1) au bouc duquel on a coutume d’arrondir le Fjl de Laiton pour les Anneaux, de même que la Loupe m), quand elle eft démontée & quantité d’autres Outils, Le Miroir y) peut être un peu concave. On le dirige vers la Lumière de façon que les Raïons qui y donnent, fe réflecbiffent à travers le Verre optique & mettent de bas en haut l’Objet, qui eft dans le Porte-Objet, dans le Jour le plus clair, fupofé qu’il foit tranrparent.. Car cet Inftrument n’eft point fait pour les Corps opaques; à quoi il en faut un tout autre, que je Vous expl-i. querai à la première Occafion.
Les Chofes transparentes, p. c. les Sels y les Objets aqueux y les Puces^ les Punaïjesy les PouXy les PuceronSy plufieurs Efpëces à' Animaux de LimoUy les Anguiles de Colle, les Animalcules d'Infufiony le Sérum du Sang y le Lait, 1’ Urine &c. peuvent de Jour comme de Nuit s’obfervér par le Moïen de cet Inftrument et fe defîiner à l’Aife. ■
Vous fentes bien, Mon Cher, que touit dépend ici de la Patience & de l’Addreffe del’Obfervatcur, Ilfaut, comme dans le Microfcope folai- Ili Tom, C re.
Ig: TABLE VI. Le Microfcope manuel de Wilfon.
re, que Vous aies fans Ceffe l’Oeii collé fur le Tum, que Vous dirigiés de la Main droite tantôt le Porte-Objet, tantôt la grande Vis, et de la gauche le Miroir, jufqu’à ce que Vous voies l’Objet parfaitement fixe& dans fon pliis haut Points de Lumière.
Alors Vous Vous alfeiés tranquillement à Côté de Vôtre Inftrument & Vous deffinés, à la Faveur d’une bonne Mémoire de Peintre, fur le Papier que Vous avés devant Vous, ce que Vous voies conftamment dans Vôtre Microfcope. Peut-on fe tromper, tandis que, quoique ce foit ne peut échaper au Deffinateur? L’Objet demeure tel qu’il e/l des Semaines & des Mois entiers & même davantage. L’on peut le regar- der Mille fois & lui confronter fon Deffein 5 bien plus hùreux en cela, que le .ortraitier, de qui l’on exige, quil rencontre ; bien qu’il lui écha- pe maint Trait,, maint yîir de l’Objet quieft affis devant lui. Qu’il faille que Vous aies quelque Connoidanec du Dejjèin, cela s’en va fans dire.
Enfin Vous allés voir fur cette tflampe un Microfcope très ancien, mais qui a donné lieu à bien des modernes et furtoutà celuien Forme de Compas^.
La Figure n) répréfente cet înflrument. il a] un FejJhrt d’Jaer o), une Fis pour le diriger p), un Anneau ou une EnchaJjVere q) pour yaffer mir b Lentille mkrofcopiqus avec Coa petit Chapeau,, telle qu’on voit r) cet- te Lentille fcparcment avec fon AÜroir concave de Métal,
s) cfc une Machine à une pointe pour porter l’Objet devant la Len- tille. Dans t) eil fourré un Poinçon, qui a en haut une Aiguille v) & en bas il peut y avoir encore des Pinces à. Fis x) pour y attacher les Ob- jets ^ & 2,) en eil le Manche,
Je Vous parlerai plus au long de cet In/lrument, lorfque je Vous communiquerai l’Ufage que l’on fait du Microfcope en Forme de Com- pas, Pour le Coup permettés moi- de finir en Vous a/Turant de la plus tendre Confidération avec laquelle je fuis,.
LET-
TABLE VIL Puces d’Eau noires, ij>
LETTRE VI.
A
X aujourd’hui je ne fuis point en Train d’écrire; inais pour ne Voiis pas trop faire attendre des Nouveautés microfcopiques, je Vous envoie en attendant une Couple, d’Obfervations, que j’ai deflinées'd’après Nro. f. de mon Verre de Cuff.
Peut-être qu’au prémier Abord Vous ne connoitrés pas cette Créa- ture, bien que je fois perfuadé que Vous «ii avés vu une Infinité de fois. Ce que Vous verr.és
TABLE VIL
font les Puces d’Eau noires,
que Ton trouve ordinairement au Printems (furtout quand il a plû) fur la Surface des Eaux dormantes, .Les .Foffés en font quelquefois tout couverts.
Elles fautent et s’élancent aufii légèrement que la véritable Puce* feulement que ce Mouvement fe fait par le Moïen d’autres Organes, dont je m’en vai Vous faire le Détail.
Dans a) et b) Vous verres ces Créatures de Grofieur naturelle, Fig. r. en préfente une grolTie par Nro. couchée fur le Ventre &pré- fentantle Dos. Sa Couleur eft bleu- noir, et toute la Peau efi; comme une fine Péliceoonverte d’un Poil menu, qui ne prend ni Eau ni hu- midité. Car cet Infeéle.eft fec même au Milieu de l’Eau.
C) C) font fes Anünes^ dont chacune a f. Jointures et qui font gar- nies de Poil,
d) la Machaire en Forme de Pinces, fi courte qu’àpeine lapeut on diftinguer,
e) e) les Yeux qui donnent dans l’Or, le Verd et le bleu,
f) les fix Piés^ dont chacun a 4. Jointures, g) efi: le Corpi. divilé par li. Cercles ou Anneaux., par lesquels l’Infeéle peut s’alonger & s’ac- courcir extraordinairement,
C a
h) font
ao TAB. V1IÏ« Le Bout d’une Langue de Bouf bouillie, &c.
h) font enfin les Organes qui les font fauter & s’élancer. Ce ne font "pas des Piés ; mais plùtôt de petits Tuïaux creux, desquels fort une Efpèce de Liqueur huikufe blanc jaunâtre toutes les Fois que b Infedle veut fauter.
Je préfume que cette Liqueur, qui forme dans FEau une petite Boule i), forme leSôlfur lequel. la Puce appuie fes Organes à fauter, & qu’en fuite elle s’élance où elle veuf, pareeque l’Huile refifie à l’Eau.
La Figure 2, préfente cette Puce du Coté du Ventre, pour mieux faire diftinguer l’Affiètte de ces Organes à fauter. Depuis a) jufqu’à h) Vous trouverés ici toutes les Parties ci-deffus décrites; il n’y - a que les Organei à fauter, qui fc préfentent ici rétirés vers le Corps. Mais la Puce peut aufii les pofer des deux Côtés à droite & à gauche, les hauiîer, les baiifer, les alonger & raccourcir, ainfi que les deux peti- tes Figures k) & IJ Vous le font voir-
TABLE VÏII.
Contient le Bout d’une Langue de Bœuf bouillie ,
, tel que je l’ai obfervé par defibus par mon Numéro 5-.
a) eft la Partie la plus baffe du Bout de la Langue, groffie, après en avoir leve premièrement la Peau vUqueuje b); puis la PeUkuk très min- ce qui eft au delTous de celle-ci c), laquelle eft toute entrelacée de Vei- nes très déliées. La première Cbofe, qui fe préfenta ici à ma Vue, fut an large Ruban d) compofé de Qiiantité de petits Nerfs qui defeendoit perpendiculairement tout le long de la Langue; aux deux Côtés du- quel fe voïok le Tijjùle plus admirable en Forme de Refeau compofé d’u- ne Infinité de Filets, de Fibres^ de. Nerfs, & d’autres l^aiffeaux , auxquels je n’oferois donner de Nom. Ces Répréfentations font plus propres à être vues, qu’à êtres décrites, & j’abandonne de bon Coeur ce pénible Ouvage aux Savans qui font plus experts que moi dans l’Art de la DiiTediom Mais je Vous renvoie à un Traité qui ne pourra manquer de
Vous
!
Hiftoire de l’Arbre qui porte îe CafFe'e, jrr
Vous faire plaifir. Il a été publié par Monfieur le Confeilîer Trevv, nôtre excellent Anatomifte de Nuremberg; il raifonne fur les f^aijjèaux falivaux à San^ de la Langue, & il ell accompagné de 4. Eflampes très finement gravées, *
Adieiu
LETTRE VIL
Hiftoire de l’Arbre qui porte le Cnffee.
^ons favés. Mon Chèr^ que j’aime à rapprocher tout ce qui peut con?- fribuer à la Perfeélion de ÏHiftoire d’un Infeéle, d’une Plante, ou de tou- te autre Créature,
Aïant eu, depuis que j’ai répréfenté le Germe du Gaffée dans les Tabi. XCVII. & XCVIII. de mes Amu^emem microfcopiques, Occafion de voir & même d’avoir entre les Mains plufîeurs Pièces, qui peuvent fervir de Mémoires pour VHiftotre de cet Arbre ; je n’ai pas voulu manquer de Vous en faire Part.
L’Eté pafTé étant occupé au Cabinet des Curiofités naturelles du Prince, & à cette Occafion aïant ouvert l’Armoire aux Livres qui y ê- - toit, j’apperçus entre autres un très beau Manuferit de feu Mr, le Syndic Klein de Danzig, où je trouvai, à la Suite de plufîeurs autres Obfer- vations botaniques, la Défeription circonftanciée dw trd /irbre qui por- te le Cdffee, lequel il avoit élevé lui même, accompagnée d’une peintiir* très fine, laquelle Vous trouverés gravée à dixième tfiampe.
Monfieur Klein s’exprime ainfi à la Fin de fon Obfcrvation :
„ îl-y-a encore ceci de réiiiarquable au fujèt de l’Arbre qui porte te „ Calfé, c’efl qu’on ne trouve jamais ni fur lui ni autour de lui aucun
C J Pou
* Ad Virum Nobiliffimum atque Exccllentinimum Dominum Doflorem AlbertumHal- lerum 8£c. de Vafis Salivalibus atque Sanguiferis Epiflola Chriftoph. lac. Trevv Med. Doâ. accedunl Tab. aen. IV. Norimb, t_ypis loh, Ern. Adclbulneri.
2î Hiftoire de l’Arbre, qui porte le CafFée»
Fou ni aucune autre Sorte de Vermine , à quoi cependant les au- ,, très Plantes étrangères font expofées, quand même il fe trouveroit ,, au Milieu de ces Sortes de Plantes, & qui plus eft, on n’y voit ja- ,, mais ni Araignée ni de fa Joi/e; déplus, ni Mouche, ni Guêpe ni Pu. „ naife de Jardin, ni petit Hanneton , n’attaquent jamais fon Fruit - „ & même lorfqu’une Mouche fe pofepar Hazard fur une de fes Feuil- „ les, elle ne s’y arrête jamais; mais elle prend auiîîtôt la Fui- „ te« De Sorte ^ue le Portt-Caff.ée^eft un Arbre pur ^ chafte.
Qui efl: ce qui difconviendra que ce ne foit trop flater cet Arbre ? Il feroità fouhaiter que de fi bellesParoles fulfent conftatées par uneExpe- rience quotidienne. Mais qui a vifité de grandes Pépinières â’ Arbrijfeaux à Caffée DU d’amples Serres, où l’on en conferve des 50.60, des Cent & davantage , eft obligé, en les examinant de près , .d’en porter un tout autre Jugement que Mr.Je Syndic JK.leln,
C’eft untrifte Syeèlacle, juonchés Ami, que de voir, en vifitant de pareilles Serres, VingtàTrente de ces Arbres, qui paroiflTent périr tous à la foiSj & qui ne préfentent que le Trône tout nud, avec quelques FeuiL les mortes. Cherche-t-on la Caufe de ceDéfaftre; c’eft un cre's petit Infeéle, des Pous qui par Milliers obfèdent l’Arbre, en rongent le Bois, en fuccent les Fleurs & le Fruit, & qu on peut Jiommer les Ennemis capitaux de cette .illuftre Plante, Ceft à la Cime de l^Arbiifeau ou de l’Arbre à CafFée que ces Créatures aiment le mieux fe loger, pareeque c’eft là que les Feuilles font Jes plus molles et les plus tendres.
Monfieur Klein a pû airément préferver de ^ette Infeéle ce Couple de tendres Arbriffeaux, qu’il a eu le Bonheur .d’éléver lui-même.
11 en va tout autrement, là où il-y-a de Vieux Arbres à CafFée & en Quantité, dont j’ai vû de mes propres Yeux le plus trifte Etat. J’ai même emporté chés moi plufieurs de ces nufibles Infcéles, quej’ai pris dans les Jardins du Princepour les examiner, à Loifir, Je Vous envoie donc fur cette
TA-
TAB. IX. Fidèle DefiTein du Pou de l’Arbre qui porte le Caffee.
TABLE IX
Le fîdele Deflein du Pou de l’Arbre qui porte le CafFee.
Vousverrès dansa) une vieille de la plus gro/Te E/pèce; mais; cependant de GrolTeiir naturelle; dans b), qui efl un Bout de Bois gâte du Tronc de cet Arbre, Vous en trouverés de plus petites marquées c) .qui font fort aflidues auprès de leurs Oeufs & de leurs Petits, Elles creu- fentmême en rongeant un Caaa/ dans le Bois b) où elles confervent leurs Oeufs, qu’elles couvrent d’une Laine blanche comme Ne'ge. Cette haine fait paroître cet Infeéle de deux Couleurs, tantôt blanc, tantôt brun.
La Figure i, répréfente ce Tou couvert de fa Laine. lia, fans com- pter la Tête , quinze Anneaux où Divifions y le Bout de chacun de ces Anneaux eft termine' par une Pointe fufelée de Laine blanche, qui fort ap- paremment des Trachées. Delà vient que cette Cre'ature re/femble à une petite Etoile ou à un Flocon de Vège d). LTnfeéïe peut allonger & raccourcir ces Pointes de Laine & en faire une Couverture pour couvrir fes Oeufs; ainfi que j’en ai de'peint un Nid un peu grofîi, avec un Filet qui y pend encore, 11 a deux Antènes à 4. jointures, deux 7eux bruns, un court Piquant au Mufeau pour percer , fix Pies dont chacun a 4. jointures & t. Ongles, & le Tuiau f) par où il pond fes Oeuf. N’a îanî pas trouve' ce dernier dans tous, je me crois fonde' à croire, que ^elui-ci eft la Femelle. Mais toutes mes recherches ne m ont pas en- core fait trouver le Membre dilfindif du /v:Me,
Dépouillé de fa Laine, il eft de Couleur brun jaune; & alors on lui voit auffi bien fur le Dos, que fous le Ventre une Li^wenfonee'e qui defeend perpendiculairement depuis la Tête jusqu’à l’Extremite' du Corps.
Le paroît extrêmement gonfle, large & gras, furtout vers la Poitrine e) Fig. a. Mais la Caufe n’en elt pas difficile à trouver»
dés
^4 T AB. IX. Fidèle DefTein du Pou deTArlDre qui porte leCafFèe.
dés que l’on confidèrc la Quantité d’Oeuf que porte une Créature fi îïléprifable à nos Yeux.
Aïant par Hazard écrafé un de ces Pous entre les deux Verres du Porte-Objet, j’ai compté pafle Cent Oeufs dans ce Corps écrafé & fort transparent h), au Milieu duquel j’ai découvert i) uncfac^e ronge-pon- ceau, que j’ai prife pour le Coeur ou. pour VEftomac^ parcequ’elle a été long-tems à fe retirer , s’alonger & à fe mouvoir d’un Mouvement con^ vulfif* Dans une Partie de ces Oeufs , j’ai vu diftinélément-l’Embrion & les autres étoient clairs» Quand il pond fes Oeufs, c’eft toujours 50. à 60, à la Fois, lesquels font dès les Lendemain éclos &fQurmillent au Tour delà Mère. Jugés, Mon cher ^ par cette prodigieufe Multipli- cation , combien il faut peu de terns à cet Infeéle, pour couvrir & abimer un Arbre entier.
Je ne faurois me difp enfer de remarquer encore, que j’ai vû fur )es Pi/7ides Créatures de là Figure de ce Pou. J’ai même tout Lieu de préfumer, que ce font les Jardiniers eux-méraes qui engrainent les Ar- bres qui portent leCalfée, de cette mauvaife Engeance^ en mêlant la Ter- re avec de V Ecorce £ Arbre moulue, pareeque cette Ecorce & fes Pores chent des Millions d’Oeufs prêfqu’imperceptibles de ces Jnfeéles.
En un Mot, cette Ecorce moulue, étant ainfi pleine d’Oeufs, il eft très nuifibk de la mêler avec de la Terre; .car c’efi: par là qu’on fait le plus de Mal aux Arbres làins. En abandonnant cette Rémarque aux meilleures Récherches des Jardiniers les plus experts & les moins pré- venus; je me perfuade qu’ils conviendront que j’ai Raifon.
lUy-a Apparence que cet Infeéle eR une Elpëce des vers du Cher- mts~Pinus. Il fe tient aux Branches des Pins* Le Ventre en eR uni, & le Dos tout couvert de fine Laine blanche , fa Démarche n’eRpas des plus vîtes»
TAB X. Réprèfentation duCrûduCafféeparMr. Klein &c. if Je m’en vai Vous donner encore dans cette
TABLE X
La Peinture de Mr. le Syndic Klein, par laquelle il re'preTente le
le Crû du CafFe'e.
Je me fuis fidèlement tenu à l’Original, fans changer la moindre Chofe ni aux Couleurs ni au Defifein. Comme il a tiré deux Sortes d’ Experimens du Ffuit du Calfée & qu’il en a eu des Plantes (impies & des doubles; il montre a) un AViaa de Ca^èe entier^ qui n’a produit qu’un leui Germe^ & per conféquent, qu’une feule Tige. Il avertit enraêmcTems, qu’il a mis en Terre le double Noïau entier ou le Fruit enveloppé dans fa Pellicule, Quelque Tems après il déterra un autre Noïau, & il en vit fortir deux Germes, Fig. b). Celui ci poufla dans la Suite, comme c) le répréfente, & continua à prendre comme d). Un autre, qui por- toit aufii des Jumeaux, mais qui fortirent inégalement, fe dévélopp-a fuivant la Fig, e) e) les tendres Feuilles étoient au haut, comme un Monchoir de Nés qu’on a chifonné dans la Main. Enfin il enfortit deTer- re encore un, dont les Germes poufsèrent en même Tems en haut, com- me l’on verra f), lesquels fe dév-clopërent de la Coquille félon g) &pro- duifirent, comme les Plantes h) leurs tendres Feuilles, ou l’on peut voir encore une Feuille du Noïaa ou du Germe i). Il s’enfuit de là que pour la Génération, il ne faut pas prendre un demi Voïaa tels que les Marchands nous le vendent & qu’on le brûle ; mais un Noïau entier cônfifiant en fes deux Moitiés & encore enfermé dans fa tendre Enveloppe, lequel ne foit ni trop vieux ni depuis tropjlong-tems forti de fa Cérife. Nous en concluons encore, qu’un tel Noïau porte d’ordinaire aufiî-tôt des Plan- tes Amples, que des doubles.
Enfin Vous verrés dans k) la Pouffiere de la Fleur de Caffée, qui efl gris cendré ou d’Argent & qui reifemble au Grain de Froment. Mais ///.; Tom. D dés
Manîmens & Obfervations Microfcopiques.
dés qu’elle efl humeélée avec de l’Eau ou de TEfprit de Vin elle prend une Figure ronde, & |^end infenüblement l2t Subfiance buiteufcy -qu’elle ren- ferme, par uneEfpèce de Fumée ou de Vapeur, Vous n’avés qu’à voir dans i’Eftampe XCVII. des mes Amufemens microfcopiques & Vous y trouverés la Fleur même avec les Anthères , ou tient cette Poujfière fig. e) f) g) Cf. 5.
Si j’ai fait quelque Chofe de fuperflu, en deffinant & décrivant le Pou, les Plantes & la Poujfii'ere de l’Arbre qui porte leCalfèe, comme pou- vant fervir de Mémoire pour THifloire de cet Arbriÿeau ; c’cft ce que je laiffe à Vôtre Difcernement. Je ne cefTerai jamais d’être avec un véri- table Attachement &c.
• LETTRE VIII.
Manîmens & Obfervations microfcopiques.’
Son Excellence Monfieur le Baron de Cleîchen dit àe Ruff^ urm, Con- feiller intime & Grand -Ecuïer de Voiage du Sérénilîime Marggrave de Bayreuth, m’a enfin mis en Etat de remplir lesEfperances, que je Vous avois données il- y- a quelque Tems, en m’envoïant génèreufement de Bonnland un Microfcope univerfel àç. Son Invention, avec une llépréfenta- tion du Ch aranÇon blanc, & celle d’une Elpcce de produit par la Niel- le; \l m’a même permis d’en faire part par des Gravures fidèles aux A- mateurs du Microfcopc.
Je Vous envoie ici la propre Lettre de ce Seigneur,
„ Je fuis d’autant plus fenfible à Vôtre Indifpofition, que je m’at- „ tendois moins à cette défagréabie Nouvelle. Qii’une Situation auf- ,, fi trifce & doüloureufe ne tombe t-elle, fur des Gens qui ne pa* „ roiffent être au Monde, que pour fe livrer à la Vanité & à la Fa- „ refife; pendant qo’ils portent une Haine niortelle à laPhilofophie &
a
TAB, IX. Defcripfion des Pièces d’un Microfcope univerfel &c, 27
„ à toutes les autres ConnoifTances utiles & agréables! C’efl: ce que „ je (buhaite aulîi lîncérement , qu’on puilTe jamais rien fouhaiter, J, de même que de Vous favoir aéluellement parfaitement remis. Vous J, recevrés ici le Dejfein enluminé de mon Microfcope univerfel zvtc laDe- „ feription, qui l’explique. J’y joins une Répréfentation & uneDe- 5, feription d'un Charanfon blanc, comme un ElTai de l’Ufage qu’on peut 5, faire de cette Machine. Vous me ferés plaifir, fi Vous voulés bien ,, la mettre en Oeuvre, Je Vous prie înflamment de m’envoïer un J, ou deux Exemplaires de la troi/ièwîe Cinquantaine des Fos Jmujemensmi- „ crofeopiquesy désqu’eile fera parachevée j car le languis fort de voir „ cet Ouvrage. Depuis mon Retour de Bayreuth, je n’ai pas été à ,, rien faire, &j’ai plus Lieu d’êtrcfatisfait de monTravaild’aujourd’- ,, hui, que de celuique Vous avésvû de maFaçonàErlang ; Vos foins „ obligeans m’aïant largement fourni de tout ce qui me manquoit&c.
Je fuis avec &c.
à Bonniand le 5, Dec, 1761,,
de Cîeicben dit Ruffmrm,
TABLE XI.
Defcripfion des Pièces d’un Microfcope univerfel de nou- velle Invention.
Le Compas ûç, Laiton Fig. 2. confifte en une Branche longnt & une courte. Au Bout de la première efl une Vis A). Mais à B) eft atta- chée une autre Vis tortue très mince, laquelle traverfe la Branche courte dans C); & entre les deux Branches eR un Rejfort à’dcîerD) attaché par un Rivets. E) lequel écarte les deux Branches l'une de îautre, quand on relâche VEcrou F).
Mais comme ce Reffbrt feroit trop faible pour tenir les Branches écartées , quand il eft Queflion de faire des Obfervations d’Anatomie,
D 2^ &
2g T AB. iXÎ^Defcripfion des Pièces d’un Microfcope univerfel
& que celapourroit caufer du Dérangement, pour obvier à cela l’on a ménagé à la f^is B) une petite Cibe G) laquelle, lorfque le Microfcope efi: dûement affermi par l’Ecrou F), ]oint la Branche courte à. C)^ pourque celle ci foit bien affermie entre la dite Cibe & l’Ecrou.
La Branche courte a un Trou H) percé en Vis & une Enfonçure quar- réeï) comme dans les Compas, où l’on enchaffeiw Branches iT Acier. La Tête du Compas entre très juffe dans le Tenant ’k'), lequel eft traversépar la Vis d’ Acier L), qui tient le Compas û ferme qu’il ne peut branler, quand il çil; dreffé, pour faire des Obfervations d’Anatomie.
La Partie inférieure de ce Tenant eft une groffe Vis M) par laquel- le le Compas eft affermi à travers la Plaque de Laiton & le Bois au Cou- vercle, fait en pointe, du petit Coffre.
La iVoix N) fe met dans le Trou H), Idrfqu’on fe fert de la Plume O) ou du Poinçon P) ainfj qu’on verra Tab XII. Fig« 3, Let.
Maislorfqu’on a en Main des Objets liquides ou tranfparens & qu’il faut fe fervir du Porte-Objet R). L’on fourre V'njirument S) par la Che- ville T) dans le Trou quarré I) & on l’affermit dans B) par la Vis\').
Utrifirument S) confifte entrois P/flgwa percées au Milieu, dont la plus baffe eft recourbée dans W) pour y pouvoir paffer des Tuïaux de Verre.
Le Porte-Objet R) fe paffe entre les deux Plaques droites. Il paffe au Travèrs de ces trois Plaques aux quatre Coins, des Chevilles àl Acier X) entourées de Refforts Ipiraux de Fil d’Archal, qui ferrent ces Plaques enfemble, pour tenir feime ce qui a été fourré entre deux.
La petite Table Y) confifte en un petit Rond d’Yvoire, blanc d’un Côté & noir de l’autre, tenant par deux petites Vis à deux Bras de Laiton; de Sorte qu’il eft facile à tourner & à mettre à faFantafîe en haut la Partie de deffous.
Il
de nouvelle invention.
^9
Il-y-â au bas une Goupille â' Acier Z) affermie laquelle, lorfqu’on veut s’en fervir peut être attachée par la Vis qu’elle a au Bout, z\x Poin- çon P. P.
Lorfqu’on veut obferver de plus grands Objets, l’on fe fert de la petite Table a) qui efl plus grande que la précédente, & qui fc tourne de la même Façon pour mettre en haut le Côté blanc ou le noir.
Il faut que la GoâpiUe b) de cette Table foit tortue, afin que quand on s’en fert, elle foit toûjours en Equilibre, ce qui ne pourroit fe faire, fi la Goupille étoit droite.
Q^and on veut à la Hâte examiner dans le Porte-Objet quelque Matière fluide, avec peu de Grofiffement & fans le Miroir d’ôrgent, ou de Nuit à la Clarté de la Lampe derrière un Globe de Verre rempli d’ Eau; l’on ajufte l’Anneau c) à la Vis de la Branche longue A) du Com- pas. Cette Anneau étant tourné en Ecrou par dedans, l’on y affermit au jufle la Vis du petit Chapeau de \Corne d), dont il faut avoir pour un Microfeope complet Cinq à Six, c’efl à dire depuis Numéro 5. juf- qu’à 00.
Pour les Corps opaques, il faut deux A;îroîrs, c’efl à dire le com- mun de Ferre e) de la Tab. XII, dont on peut auffi faire fort bon Ufa- ge pour les Corps fluides, & celui d’Argent ^ tel qu’il efl répréfenté par dehors f). Ce Miroir d’Argent efl furmonté par un Anneau d’Etain, dont le dedans efl tourné en Ecrou g) pour y affermir le petit Chapeau de Corne d). Au Côté" de cet Anneau vers le Milieu paffe encore un Tro'i en Vis g. g) au X-loïen duquel le Miroir d’Argent avec le petit Chapeau de Corne, où efl la Lentille, peut être ajuflé à la Vis A) de la Branche longue du Compas; ainfi que la Figure 2. de la Tab, XII. le fera voir plus clairement.
Au Milieu du Miroir efl une Ouverture, à peu près de la Capaci- té de la Lentille Nro, f,
D 3
Le
30 TAB. XI. Defcripfion des Pièces d’un Microfcope univerfel
Le Diamètre du Miroir h) au deffous duquel efl pofée la Lentille dans fon petit Chapeau d) fera mieux comprendre tout cela.
Il faut que la Partie ifen bas * de ce CbapeaUyXau Couvercle de la Len- tille microfcopîque , foit un peu longue ÿ afinque le Foïcr puilfe d’ autant mieux fejeuer fur l’Objet; ce qui feroit impraticable, fans a- voir un autre plus petit Miroir concave d’Argent, fi cette Partie du Chapeau étoit trop courte.
La Vis creufe de l’Anneau de Laiton, qui furmonte le Miroir[con- cave d’Argent, doit s’ajufter fi exaélement avec la Vis de Corne du pe- tit Chapeau, <jue le Bout de celle-ci atteignele Miroir.
Or comme pour faire Ufage du Miroir d’Argent , l’on n’en peut pas aifés approcher l’Objet, furtout avec la Plume O/, il faut affermir, comme l’Inflrument S), à la Branche courte du Compas, le Bras courbe i) lequel a une Fis creufe ou en Ecrou k) & p^uis emboiter , dans k) la Noix N) pour pouvoir fourrer enfuite dans VEtuiT) là Iltime O) ou le Manche P) ; comme on peut voir dans 1) de la Figure 3. de la Tab. XIL
Mais ce Bras courbe ri’eft pas nécelTaire pour les moindres Grofîif- femens, où l’on fe contente d’affermir la Noix î^) dans le Trou H).
11 en eft de même avec la petite Table Y') dont on ne fe fert d’ordi- naire qu’avec le Miroir d’Argent^
Pour obferver des Corps opaques, il faut procéder de la Manière fuivante. i, La Yotx N) s’affermit à la Branche courte du Compas, foit avec oiî fans le Bras courbe 1) & au prémier Cas l’on prend l’Objet avec la Plume O) & au fécond on le pofe fur la Table X). 2. le Miroir de Ver-
re fe pofe au deffous du Miroir d’Argent f), affermi dans A. Tab. XII, Puis l’on dirige de la Main gauche la Flume O) ou la Table Y) de Façon qu’elles rencontrent bien juflement fous l’Ouverture du Miroir d’Argent, & enfuite l’on arrange le Piè du Miroir de V erre, jusqu’à ce que foit parfaitement éclairé par en bas & par en haut.
En-
de nouvelle Invention.
Enfin 3. l’on affermit la Lentille avec fon petit Chapeau, l’on por- te, lorfqu’on obferve de l’Oeil gauche, ainfi qu’il efl neceffaire de faire pour pouvoir deffiner, la Main au Coffret, l’on ouvre & ferme l’Ecrou F) jiisq ï’à ce que l’Objet excefiiveinent illuminé, fe preTente clairement & dans tout fon Jour, ce qui ne manque jamais d’arriver dans le moin- dre Groflîffement, comme dans le plus fort.
11 ne faut pour cela qu’un Ciel clair, & de Nuit qu’une feule Lu»- mière*
Dans toutes ces Oblêrvations le Compas porte en long fur le Sou- tien m) qui eff affermi à la Plaque de Laiton , dont le Coffret eff fur* monté.
Lorfqu’il s’agit de faire quelque Obfervation anatomique p. e. du Aiéfentère d’une Grenouille, de la Circulation des Humeurs danslaQi^eue d’un petit Poiffon &c. L’on dreffe le Compas, ainfi qu’il a été ditplus haut, & que le montre la Table XIII. l’on attache enfuite la Grenouille au petit Aïs mince n) qu’on tire de deffous le Couvercle du Coffret Tab. XII. auquel Ais on a ménagé 4. Trous, pour y pouvoir clouer les Jam- bes de la Grenouille. Qmnt au Méfentëre on i’étendpar deffus le grand Trou marqué d’une Etoile, & on l’y‘ attache tout au tour par de groffes Epingles.
Après cela l’on fourre le petit Ais dans le Tenant o), lequel on y af- fermit par la Vis d Acier p) \ c’eft aufli pour cela qu’il faut faire quelques Trous dans l’Ais, afin de le pouvoir hauffer & baiffer, & tourner adroi- te & à gauche, & enfin l’on paffe la Queue Fig. A du Tenant o) dans lé Trou I) de la Branche courtje du Compas, & on l’affermit dans H) avec une s is Vj.
A la Branche longue du Compas l’on affermit encore l’Anneau c) avec fa Lentille, & à l’Aide de l Ecrou F) l’on cherche le Foïer ; maii afiiique rien ne fe dérange, & qu’on puiffe tranfporter tout le Micro.
feo-
32 TAB.XU, Defcripfion du Coffret du Microfcopenniverfel.
fcope là où l’on veut , l’on ferre bien la Branche courte du Compas à i’£croa F) par le Mojen de la Cibe. G)
L’on peut outre celà avoir dans le Coffret une Méfure, p. e. comme j’ai indique' ici le Pouce de Paris , grave' fur une Plaque de Laiton pour pouvoir méfurer les Objets & leur Groffiffement. Vous allés voir
TABLE XIL le Coffret.
Il eff corapofé de cinq Parties principales. D’abord il fe préfente un Couvercle q) en Forme de Pyramide, le quel peut etie échancré par les Côtés. Puis l’on trouve le petit Âix atmtomique r), quifert en même Tems de Fond à la Cavité du Couvercle, quand il y cff fourré dedans ; afinque les Outils qui font dans le Coffret nepuiffent paffer dans le Cou- vercle, fl par hazard on vient à le renverfer fans deffus deffous. En- fuite vient le Coffret quarrê même, fur lequel eft collé un Ais de Tilleul f) qui peut être couvert de Velours, ou de Cuir rouge, après y avoir mé- nagé les Cellules pour le Compas & les autres Outils, afin qu’ils y tien- nent ferme.
Au deffous de ceLiï eff le fecondTirozrff muni pareillement deCellu- les, pour y garder lesLentilles avec leurs petitsChapeaux, le Miroir d’ Ar- gent, lesTenans, les Porte-Objets &c. Enfin fuit le troifièmefiroirt).
C’eft là dedans qu’on peut garder le Miroir de Pierre e) en ôtant la Goupille & le Pic'., de même que les autres cbofes néceffaires, telles que des Pinceaux, un Verre, plein H’Efprit de Vin , pour nétoïer les Verres, des Pincettes à Mire, de petits Couteaux , Lancettes, Ci- feaux, une Méfure, un Craïon &c.
Or comme tout le Haut ou le Couvercle q) fepeut ôter, comme il fe voit Fig. 2. l’on peut prendre à la Fois toutes les Pièces du Micro- fcope de leur Place, & y remettre avec la même facilité les Pièces qu’on
en
Manîmens & Obfervatîons fnîcrofcopîques, 5?
en ôte; ce qui eft d’une très grande Commodité pour les Obfcrva' tiuns,
L’Amateur peut fe faire faire ce Coffret de la Grandeur qu’il juge- ra à propos; mais les Pièces contenues dans laTab. Xï, font répréfen- tées de Grandeur naturelle. Je crois cependant, qui n’y a point de Microfcope qui piiifie l’emporter fur celui-ci, pour la^Force de l’Illu- mination ; ce qui eft très tiécelTaire pour faire des Obfervations utiles & exaéles, C’eft par la Pratique qu’on en fera le mieux conv^aincu,
LETTRE IX.
Manîmens & Obfervations microfcopîqucs.
P
our Vous donner enfin une Idée complette du Microfcope univer* fel, je Vous envoie encore trois Gravûres, qui y appartiennent Par- mi lefquelles la Tab. XIIÎ. Vous met devant les Yeux tout le Micro- fcope anatomique compofé en Forme de Compas; Tab. XIV. le Micro- fcope dit de Marfchall ou compofé avec fes Pièces, & Tab. XV. une Lampe qui a été inventée pour faire de Nuit des Obfervations. Il n* auroit pas été fort néceflaire de joindre les Tuïaux Cylindriques au Mi- crofcope univerfel, pareeque le Microfcope en Forme de Compas y rend les mêmes Services, qu’on attend du Compofé; mais comme il y aplu- fieurs Amateurs, qui y font accoutumés, on n’a pas voulu manquer de les fatisfaire en ce Point, afin que rien ne manque à la Perfeélion de cet Infiniment.
Voici les propres Termes de Son Excellence:
Vous rccevrés un fécond DelTein. C’efl l’Ebauche de mes pré- ,, mières Idées d’Amelioration de mon Microfcope. Ouoique tracée ,, à la Légère, elle ne lailTera pas de Vous faire mieux entendre ce „ que je veux dire, que ne le feroit la Defcripfîon la plus détaillée, J//. Tow, E que
•4 TAB. XIII. Le Compas dreffe»
J, que je pourroîs Vous en donner. J’en ai envoie un Deflein plus „ accompli à Francfort au Mechanique Alilcbmeyer\ fuivant lequel J, il doit faire le compofé.
11 y a plufîeurs Amateurs, qui aiment i badiner, il y en a aulfiqui
font accoutumés aces longs Tuïaux> C’eft pour ceux-ci & pour ,, leur plus grande Commodité que j’ai fait cette Amelioration. Je „ penfe que c’^eil ce que Mr, Bulfon a recommandé, & avec quoi Mr^ „ Î4eedham & lui ont II mal vû. Je fuis &c. Bonnland le if. Janv- „ 17^2.
Quelque perfuadé que je fois, que Vous faurés bien deVousmême faire üfage de ces Inftrumcns; je m’en vai cependant finir cette Lettre par Vous donner brièvement Th-xpiication de ces trois Gravures. Voici
TABLE X III.
Le Compas drefie
aj lequel efl affermi aude/Tus du Ccffrtt b). A la Branche courte du Compas,. le 'Tenant o) cil affermi dans i) & enfuite le petit Ab anato- mique n) qui elt, ainfi que nous ffavons décrit plus haut, fourré fous le Couvercle du Coffret, fe voit emboîté dans o)
II faut Vous figurer la Grenouille, le Poiffbn ou tel autre Animal, dont Vous voudrés examiner la Circulation des Humeurs, comme cloué de l’autre Côté. Je n’^ai fait que marquer ici par c) une particule de Méfentère qui fe préfente à travers le Trou, & par d) les quatres Che- villes, qui travèrfent f \is, par le Moïen defquclks la Grenouille peut être tendue fur le Côté de derrière.
Le Mîcrofcope e) fe place avec TAnneau f) defliné à cçt Ufage^ au Bout de la Branche longue du Compas ; au Moïen dequoi ks Obfer- vation« fe peuvent faire & les Objets fe voir d’une Maniéré commode, fûre h tranquille La
TA-
TAB, XIV. LesPièces qui appartiennent auMicr^fcope coinpofé.
TABLE XIV.
«*
Répréfente par contre les Pièces qui appartiennent an Microfcope compofé*
Ce font celles qui fuîvent. Il y a donc
a) le Tuïau cylindrique à deux Verres qui s’aifermît par le bas dans un double Anneau de Ldton b) & enfuite par le Moïen de la Pièce c) à une de Branches du Compas. Ce Bras eft partagea d); & fa partie fupe'rieure eft fondée À T Anneau d’enbaut h), comme îinferieure i’ell àl* Anneau d’en bas é).
C’eft ce que la Figure f) mettra dans iun plus grand Jour en mon- trant comment les deux Anneaux font placés l’un au deffus de l’autre, & ce qu’ils relTemblent par dedans,, quand le Tuïau en eft féparé.
ff) efl l’Ecrou dans lequel on affermît le tuïau a), g) ^Marque le Trou Enfoncé deûiné pour la Lentille ou le Verre microfcopique, que l’onpla- ce à.2iïisV Ameau S en bas e) dans TEnfonçure li). i) Montre TEncodeée l’An- neau d’en 'bas e) dans laquelle il faut fourrer le Miroir d’ Argent le) pour l’Illumination , "et auquel on attache une Plaque de Laiton , pour pou- voir plus aifément fourrer le Miroir*
m) & n) font les deux Anneaux ouverts avec les Parties que nous venons de décrire f) g) h)4)* Il faut que ces Anneau xpuiffent s’ouvrîr, afin d’y pouvoir placer la Lentifle.
L’Anneau d’en bas eft plutôt une Cibe, munie de i’Enfonqure h) & du Trou de la Lentille g). <^and la Lentille efl à fa Place, l’on met cette Qbe n) au deffous de V Anneau m) après avoir préallablemait four.» ré le Miroir k) dans i) par le moïen de la Plaque Ij.
La Figure o) marque la Forme de la Doublure ât la Lentille, dans laquelle il faut la mettre, avant que de la placer dans l’Enfonçure h). C’eft une Chofe très avantageufe & commode, pour changer avec
E % prom-
3^ TAB, XV. La Lampe pour les Obfeivations no8:urnes.
promtitude de Verres microfcopiqucs; parce qu'on n’ell: pas arreté dans fês Obfervations par l’Embarras, qu’il-y-a d’ordinaire aies affermir par des Vis. Vous concevés de Vous même, Mon cher, qu’il faut dcha- que Lentille fon petit Chapeau ou fa Doublure, afin de pouvoir avec d’autant plus de Promtitude palTer cette Doublure avec fa Lentilledans ÏEnfonçure h). J’ai encore jugé à propos de mettre le Diamètre p) de îa Cibe d’enbas n),
ïi Vous fera aifé de comprendre, qu’il faut travailler toutes ces Pièces auili minces, qu’il eft polîible, pour ne pas trop, charger la Bran- che du Compas. Le mieux que Vous puifTiés faire, c’efl de faire fai- re de Carton \z Tuïau cylindrique d’en haut , & de le faire couvrir de i^eau ou de Parchemin verdj Ouvrage de Faifeiir d’Etui ou de Relieur de Livres, quand on ne le fait pas faire foi-même. Vous pouvés encore faire Ufage du fécond Miroir, fi Vous voulés illuminer davantage par en bas TObjet à obfcrver.
U me relie a Vous montrer
TABLE XV-
La Lampe pour les Obferyations noêfurneSr
Le DefTein en efi fi clair , que je trouv'e inutile de Vous en faire une longue Defcripfion, Vous voies que la Machine qui lafoutient efl compofée de deux Bras de Laiton a) b) portés par un Fié croifé c), fur V un defquels a) on pofe la Lampe d), fur l’autre b} un Globe de L'erre e) rempli d’Eau claire, foutenu par deux Lames d’Acier ou de Laiton f)f) pliées en demi-rond. Vous en trotiverés de Vous-même beaucoup mieux l’Ufage, que je ne faurois Vous l’indiquer par écrit. Je finis cet- te longue Lettre & fuis &c
LET-
37
’ Manîmen^ & Obfervations Miçrofcopiques,
LETTRE X.
Manimens & Obfervations microfcopiques.
C^ioi encore des Microfcopes? Q^e cela efi: dégoûtant! Non, Mon Cher, je n’en mettrai point ici, pour ne pas abufer de Vôtre Patience, Vous aurés ici des Obfervations, que Vousi[ferés à même d’imiter, d’ex- aminer & de rechercher. Mais ne foies pas fâché, que dans l’Explica- tion de la Table XVI. je ne V^ous entretienne pas de tout ce que l’on peut dire touchant le Crû des Joncs d’Efpagne & que dans la Defcri- pfion de la Table XVll, je ne Vous falTe pas uneHiftoire complette des Lions, des Ours, des Chenilles & des Taupes,
Ne riés pas, Mon cher, de cette Exeufe ! Je n’en ai pas befoyi à Vo- tre Egard j mais bien à l’Egard de ceux, qui m’ont déjà demandé des Détails d’une Longueur dont je ferois comptable.
Mes Amufemens microfcopiques trouvent des LeéJeurs de différens Genies. 11 y en a qui ont prétendu de moi tant de Chofes, que pour îes.fatisfaire, il m’auroit fallu faire imprimer pour le moins fix Feuilles d’Expiications, à chaque Rèpréfentation, que je leur donne.
Je fais Vôtre façon de penfer^ Si elle Vous empêche de me rien de- mander que de jufte. Que tous les Leéleurs ne font-ils dans les mêmes fentimens ! Alors tout le Monde conviendroit , que je ne fuis obligé d’annoncer, que ce que l’Objet obfervé à préfenté à la Vûe; quels Verres & quels Manïmens j’y ai emploiés, & que ce qu’il y a de plus curieux dans les Créatures, que j’ai dépeintes en tous ou en Partie,
Au refte je ne répondrai à çes Reproches & à tous les autres non mérités, que par le Jugem.ent du digne & recommandable Auteur des Contes familiers*, en priant inflamment ceux qui en voudront favoir davan-
E 3 tagCj
• Gefeirfchaftliche ErZaelungcn part. pag 43^ , '
Nota C’eft Mr, le Prof, Titius de Wittemberg, qui eh a la Direflion.
3S TAB. XVi. UnpetîtRond, coupé d’un Jonc d’Efpagne.
tagc, ou 4c m’excuFerà cauFe des étroites èornes,-oii je Fuis obligé de me renfermer, tMi defe procurer un Livre ils trouveront à ki Fois tout ce qu’ils peuvent défirer &: au delà; ce font les g. Parties du Spe- Bade de ia Nature par Mr. l’Abbé Hüfohe, C’eô là que des Amateurs» qui ne font que commencer, trouveront ce qu’ils auroient beau cher- cher chés moi, ;& j’efpère qu’ils prendront en bonne Part, que je les renvoie à cet Ouvrage.
Maisjcrenviensàîncs Obfcr.vatlons du Jour, que Vous trouverés ici,
TABLE XV h
Un petit Rond, coupé d’un Jonc d’Efpagne.
J’ai trouvé cette ObFervatlon très agréable. Ce Bois de Jonc a divers Canaux à Sève & à Air, dont les uns font fort larges & les au- tres extrêmement reiFerrés. a) Fait voir ce /Joadde Graadeur naturelle; mais b) le montre dans fon Grojfiffement !Nro. é, du Verre anglois, ■où c) marqueles plus grands Pores^ dont quélques uns font traverfés de petites fibres de Boisà)y d’autres moindres & encore d’autres fî petits qu’on d’en fauroit voir rOuvcrtur.e, .à moins d’emploïer un plus haut point de QroiTiirement. Il y a encorebicn plus d’ Agrément à voir cet- te Répréfentation, fur la Paroi blanche à travers Ic MLcrofcope folairc, qui découvre plus clairement 8c en plus grand, les plus petits Tuïaux à fève & à Air, Les plus grands Trous ou Ouvertures fe trouvent dans un Enfoncement e) compofè d’une Infinité d’autres plus petits leFquels,ainfi que j’ai dit, me Fe peuvent voir diftinélemcnt à la Paroi» blanche que par Nro, -o. Pour avoir un pareil Rond, Vous n’avés qu* à couper un Bout de Vôtre Canne de l’EpailTeur d'un Dos de Lame de Couteau, & quà mettre ce Bout détremper dans l’Eau pendant environ a4r Heures, Puis V^us en couperés avec un bon RaFoir un petit Rond
aufiî
TAB. XVIL Poil d’ Animaux k d’InfeOiet»
aulîî mince qu’une Feuille de Pavot, & Vous le mettrés^ comme à TOr- ëinaire entre les Verres du Porte-Objet avant qu’il fe defleche, autre» ment il fe dejette comme le Parchemin à la Chaleur, ce qui le rendaul^ fi incertain, qu’incommode à obferver, & qu’il ne peut que produire de Defleins infidèles. Vous allés enfin trouver
TABLE XVIL
du Poil d’Animaox & dlefcâet* ^
Peut être avés Vous crû jufqu^îci que les Lions & les Ours avoient ' quelque Chofe de fîngulier dans leur Poî7; mais Vous verres par leur Peinture fidèle, qu’il diffère bien peu du Nôtre,
Bienque dans le magnifique Cabinet des Curiofîtés naturelles de S,
A. S, il fe trouve des Lions & des Ours, dont 3*^11 obfervé le Poil, que j'ai trouvé conforme à celui;, que Je préfente Ici , je n'al pas laiffé de prendre celui-ci d'un Ours & d’un Lion en Vie, qu’on faifolt voir ici l’année paffée.
, Le Poil du Lion, furtout de la Crinière, fê diflinguc de Fautre par la Force du Tui'au àMoiie, qui ie parcourt, & qui paroit une Fois plus épais que celui du Poil de FOurs. Et ce gros Tuïau à Moile d’un rouge brunâtre fe voit auflt dans le poil plus fin du Rcfte du Corps
du Lion. •
Les autres Peaux treffées eu Forme de Réfèaux, lesquelles tntou- rent cette Moile, font auffi claires & auïE tranfparentes que dans le
Poil des Hommes.
Mais ce que cette Obfervation a préfenté de plus merveilleux à ma Vue, c’efl la force Tranfpiration, s’il m’eil permis demefèrvir de ce Terme, que rendit ce Poil de puis le Haut jufqu'auBas & des deux Côtés, quand je Feus mis dans ie Porte- Objet entre les deux Ymes en
Forme de Plat,
Je
40
TAB. XVÎÏ. Poil d’Ammaux
je ne fais, fi cela venoit de la Prefiion du Verre, ou de quelque autre Caufe. Suffit , qu’il fe préfenta à mes Yeux Quantité de Gout- tes blanches formées en Perles, mais qui ne pouvoient s’appercevoir, que par les Mro. o & oo. Dans le Microfcop.e folaire, on les voioit par Nro. & encore plus grofles contre la Paroi blanche. L’on obfer- ve bien dans le Poil des Hommes une Egrefiionde Sucs, mais ellen’eft pas fi abondante, ni par de fi grofles gouttes.
Le Poil d’un Ours brun-noirâtre de Pologne ne m’a pas fait voir de femblables Tranfpirations, Le Tuïaii au Suc de même que^la Peau en Forme de Réfeau, étoit bien plus obfcure, mais moins large; bien que je les aïe obfervés à travers le même Verre, c’eft à dire î^ro. i.
c) eft un Poil de Cbenillis urfwes, InfcQie, qui a atout Moment des Perfécutions continuelles & même la Mort à attendre de la Part des Guê- pes tripiîes; car cette Efpèce de Guêpe pondfes Oeufs dans la Peau êpaif- fe de cette Chenille.
Lors donc que les Petits èclofent, il faut que la Chaîr de la pauvre Chenille leur ferve de Nourriture, jufqu’a ce qu’ils foïent afles forts, pour aller chercher leur Vie ailleurs.
Lorfque Vous avés pris cette terrible Chenille entre les Doîgtsi je crois que Vous y avés reflenti une Douleur cuifante, de même qu’il m’efl; fi fouvent arrivé, laquelle j’ai toùjours comparé à la Piquûre d’ Orties.
Or pour me mettre à même de Vous en dire la Caufè, j’ai defliné un Poil de cette Chenille, lequel j’ai examiné par le Verre de Streicher Nro. oo. afin d’en pouvoir joindre le Deflein aux autres Poils de cette dix feptième Table. Vous verrés donc fans Peine, parla Quantité de Pointes en Forme d’Epines, ce qui Vous a fi fenfibiement piqué.
11 s’en faut bien qu’un Rameau de Roficr n’ait autant de Piquans, qu’un tel Poil, & il efl aufli dur que de la Corne. Sa Couleur cft
jau-
fur une Feuille de Poirier,
4Î
„ le Soleil avec d’autres Vapeurs, & enfuite elle cft retombée avec 5, la Nièle, q,ui eft peut-être la feule Caufê capable Scneceffaire pour J, lui donner la Faculté de Croître. Mais ce n^efl: qu’une Conjuture^ „ fur laquelle chacun croira ce qu’il voudra & dont je ferois bien ,, aife de favoir Vôtre Avis. &c, &c.
ie Cltkhen dit Rojfwurm.
Quelque grand que fût le Defir de Son Excellence de favoir la Solu* tion de cette Queftion, le mien n’etoit pas moindre, il y a quelques Se- maines, de favoir la Réponfe a une Demande de la même Efpèce. Pen- dant ma dernière Fièvre il me vint plufieurs Remèdes del’Apotiquerie, parmi îefquèls étoient différentes^ Mixtures, où il entroit diverfes Eaux, du Régné des Végétaux.
Avec quelque Soin que mes Verres fufïent fermés avec du Liège, & coiffés de Vefïie, il nelaiffa pas de fe trouverau Bout de 6, Jours fur la furfacc de deux Verres bien formés, une Peau de ByJJuSy d’abord blanche, laq.uelle produifit au Bout de trois Jours des Coujjè de Semences deMoifi parfaitement mûres & même des Crainsde Pouffihe antherique, quj de Verds, qu’ils étoient au Commencement, devinrent enfuite bruns.
Or la Qiieflion eft*. comment eft ce que la. Semence du Moifî ou du Byfus a pu entrer dans un Verre bien bouché, qui n’a pas été mis en plein Air; mais qui cfl demeuré dans une Chambre?
Peut-être que cette Semence efl entrée dans ces Verres pendant la Compolition des Drogues dans l’Apoticairie, où l’on tient C^ntité de Chofes fujettes à porter du Moifi, ou il faut que cette Semence ait voltigé dans ma Chambre, ou qu’elle ait été déjà cachée dans les Dro- gues mêmes dont le Remède êtoit compofé. ^ Jugés, Mon Cher, de tout cela. Lires en même Tems encore une Fois l’Explication de ma jeconde Eftampe de a première Soijfantainej de même que le bel Experiment de Mr. Gleditfch fur la Génération des Champignons ^ que Vous trouverés dans
F 3 la
TAB. 5CÏX. Le Charenfoiî Liane-
la Part. 8^ du Magazin de Hambourg pag, 405» & Vous Vous écriérés à la Fin aulfi bien que moi :
O les furprenantes PetitefTes î eh quelle Multitude admirable de Cor- pufcule parfaitement organifés , dont Cent Mille font à peine le Qiiart d’un Grain de Sable ? (^i cependant font parfaitement dilférens les uns des autres! Ces petites Plantes vivent dans les Airs, elles font im- perceptibles à nôtre Vue, & elles s’attachent partout aux Animaux & aux Plantes, tant vives que mortes. Nous les humons avec l'Air par la Bouche & par le Nés, fans nous enapperçevoir, tous nos Alimens Ac nos Brûvages en fourmillent, & nous les avalons avec le Boire & le Manger*
Pour ne pas Vous diftraire de l’Obfejvadon qu’a fait Sos Exceüençe fur le Charenfon blanc* Voici fes propres termes avec la
TABLE XIX.
Le Charenfon blanc*
„ Autant qu’efl connu ce petit Voleur domeflique, auffi peu 5, Peft il fiiivant iâ véritable Figure. J’ai moi-même depuis quatre „ Ans cet Hôte affamé dans mon Grenier, fans avoir pû acquérir fa s, parfaite Connoiffance, que le Microfeope vient de me procurer.
„ Mr. le ChanibellaM deCeer a donné à la Vérité une Deferip lion 9, & une Empreinte de ce Ver dans les Aéles de l’Academie roïale des „ Sciences de Suède; je ne crois pas cependant quela mienne foit 5, de trop pour la comparer avec l’autre,
„ !1 fembîe plutôt, que l’Inllruraent microfcopîque de Mr, de J, n’eft pas fait pour attraper dans ent Objet, qui eft un peu
5, grand, cette lufteffc qui lui eff propre dans les plus petits.
Il
* Tom. VIII, p. 49.
TAB. XIX. Le Charanfon bîanc.
fl
»5
„ H a bkn décrit le Nombre de toutes les Parties de ce Ver, mais „ fa Gravure & la Defcripfion de leur véritable Figure n'eft pas bien If rencontrée.
,, Dans l’Eftampe Fig» i. la Grandeur naturelle du Ver eft de beaucoup exagérée, & fes douze Divifions font répréfentées Fig. „ », comme fi chacune commençoit par un Anneau; la Tête même ,, nkll pas afles couverte delà Peaude laprémièreDivifion duÇorps; ,, laquelle Peau ne tient pas de la Corne, ainfi qu’il prétend; mais ,, elle eft aufii molle que tout le Relie du Corps. Enfin les deux Ta- ,j ches brunes de derrière la Tête ne font pas fur la Peau de la pré- ,, mière Divifion, comme Mr. de Geer veut avoir vu. Scies deux „ Parties de la Mâchoire en Forme de Pinces, font faites de toute „ une autre Façon, qu’il ne les a répréfentées Fig. 3,
J, Je m’en vai donc donner de ce Ver une Defcripfion fuccinte, „ telle que je l’ai tirée des Obfervations que j"en ai faites moi-même; „ Sc puis j’ajoûterai deux Mots des Moïens de Deftruélion, qui ont „ été propofés de ça 8c de là pour s’en défaire, tels que je les ai „ trouvés en en faifant l’Expérience.
,, La Forme naturelle, la Couleur Sc fa GrolTeur de cet Infeéle „ fe montre Fig. i. Sc e’efl ainfi qu’on le voit l’Oeil nud.
„ Groffi par le Verre de Streicher Nro. 4, je l’ai dépeint à l’Aide J, de mon Microlcope univerfel Fig. 2. Sc 3.
„ Dans Fig, 3. la Tête confifle en deux Ecailles rouge-brunâtres „ a) donnant dans la Nature de la Corne.
„ Aux deux Côtés de laquelle l’on voit huit Yeux noirs b), quatre en deux Files Sc au defibus de chaque Antène tout autant en de- „ mi Cercle. Les deux /ïwkwei c) jaunes tranfparentes, font de deux „ Pièces, en Forme de Cône & garnies au Bout de Poil très fin. Tan- j, tôt elles paroilTent plus, tantôt moins longues^ Sc tantôt, quand cl- 5, les font bien retirées, elles ne paroiffênt point du- tout,
M A
48
TAB, XIX. Le Charenfon blanc.
„ A Côté de celles-ci font les deux grojfes Dens*d) dures, cifelécs & donnant dans celles de la Tortue, dont le Ver fe fert pour ron- „ ger le Grain & même le Bois. D’abord au delTous eft la Bouche „ e) & plus bas l’inflrument à filer, dont les deux Bras f) tels qu’ils 3, fefont voir quelque Fois, font répréfentés ici (v,fur tj ^ f)
„ avec deux Dens tranlparentes, dont apparemment il fe fert enpla- ,, ce de Doigts.
„ La Peau du Corps eft une Elpèce de Pelîce, pu de Plûche de g, Laine jaune-clair plus foncée fur le Dos que fous le Ventre.
„ Il a douce Divifions. La première & la plus haute couvre le „ Cou & un Tiers de la Tête. Cette Peau étant fort traniparente, ,, l’on voit à travers les deux taches jaunes du Cou, qui ont le me-. 3, me Mouvement que la Tête.
4, Les deux Filets blancs, qui s’élèvent par deffus les deux Ecail- ,, les de la Tête , jufques aux Antènes, fe rejoignent au defibus avec ,, le Corps, & forment comme deux Ligamens, par lesquels les Ecail- „ les de la Tête font affermies.
,, Pour m’en mieux affûrei, jeles ai découpés. Le Ver mis fur 3, le Dos Fig. 3. l’on peut voir dans la Cavité des Groffes Dens, qui 3, donnent dans celles de la Tortue.
„ Les Antènes font tout auprès dansleiir Enfonçure & au deffous »3 de chacune les quatre Yeux. Mais ce qu il y a de plus curieux^ c’eft rinftruraent à filer, qu’on volt entre les deux Ecailles de la
3, Tête,
La partie du Milieu reffemble à une Bourfe de Cuir retirée q), le 3, haut de laquelle a trois Pointes jaunes, au Bout de chacune delL quelle eft un Poil très fin.
„ Ces Pointes ne font en quelque Façon, que les Bouts des Tê- ,3,"_tines du Bétail à traire»
Quand
& d’InfeÊles.
4*
jaune doré, en certains Endroits jaune- rougeâtre & en d’autres brun- clair. Je n’y ai pas pû voir de Tuïau à Suc non plus qu’au Poil de la petite Cbenllïe a Fergette d) , lequel pour fes Ornemens finguliers mérite d’être deflîné préférablement à tous les autres Objets. Il cft des qua« très Côtés garni tout à l’Entour de petits Piquans dans une jufte Symé- trie, de forte que chaque Divifîon reffemble à une Couronne à quatre Pointes. Vous auriés dit, que c’etoient Quantité de petites Fleurs jau- nes de Lilas, palfées les unes dans les autres? comme l’on voit fouvent les Enfans faire de ces fortes de Guirlandes de Fleur de Lilas & de furôt. CeToil même eft beaucoup plus fin, plus mince, plus menu, & plus pointu, que celui delà Chenille urfine; mais il fe fait moins fentir à la Main; pareeque les Piquans n’en font ni fi grands, ni fi durs, ni fi longs, ni fi gros. Sa Couleur eft jaune, & les Piquans en font un peu plus foncés.
Enfin, Vous verrés dans e) un Poil de Taupe, qui a aulîi quelque Chofe de remarquable. Sa Conflruélion efl: fort différente de celle de tout autre Poil; car il femble corapofé d’une infinité d’ Anneaux de Fil d’Archal dévuidé.
De même que dans c) & d) l’on ne remarque point de Tuïau à Mode, il n’en paroit ici non plus aucune Trace. La Couleur en efl plûtôt blûe, que Couleur de Cendre. La Grofleur naturelle de ces cinq fortes de Peiife voit dans f).
Savés Vous bien, Mon cher, que l’on fait tort aux Taupes, de di- re qu’elles font aveugles? Fy de cette Superflition phifique! Elle np convient plus que dans les Contes de Vieilles. Elles ont plûtôt meil- Jeure Vue, que les autres Animaux plus gros. Elles ont une Vue mi- crofeopiques. Leurs Yeux font de vrais Nro. oo. Ils ne fpnt pas plus gros que le moindre Grain de Sable.
IIL îom.
F
Leur
4*
TAB. XVÎL Poil d’:Ânimaûx & dlnfeaes.
Leur Poil empêche de les bien voir. Mais quand on les a écor- ehe'es, alors on voit avec Etonnement ces petits Yeux, & les Connoif- feiir du Microfeope en concluent qu’il faut qu’elles en voient très clair dans les Ténèbres' au Centre de la Terre, Un Nro. oo, de Streicher fera peu d’effet dans, une large Enveloppe; mais fi Vous en mettés de- vant le Verre microfeopique , une autre dont l’Ouverture foit moins grande, Vous en verres un plus grand Effèt & un Pourpris exaél. Car moins les Verres microfeopiques prennent de Jour & mieux fe préfen- îent les Objets, Soit dit en paffant.
Avant que de finir cette Lettre, il faut que Je Vous faffe remar- quer encore une Erreur touchant le Poil en général^
Qiuntité des Gens ont crû jufqu’ici, que le Poil & principalement edui de l’Homme avoir de Rameaux, entre lefquels les Pous avoient coutume de pondre leurs Oeufs [^Lenàes).
D’autres coniredifoient cette Opinion. D’abord je ne pus fouferi- re à cette Contradiélion, qui n’en étoit pas moins fondée; mais je te- nois toujours les Obfervations des Frémiers pour plus jufle; pareeque j’ai moi-méme füuvent vû des Rameaux au Poil,
Mais aujourd’^hui je penfe autrement, après avoir confide'ré laCho- fe de plus près. Je paffai donc le Poil par un Papier propre & le net- toïai bien de ia Sueur, de la Graiffe & de la Graffe qui y tenoit; ce qui lui ht perdre tous fes Rameaux,
Si donc le Poil avoit eu des Rameaux, qui enfuffent effeélivement crûs. Von ne les auroit pas fait tomber en les paffant par du Papier, Vous en trouverés tout de Suite la Preuve, fi Vous vouiés bien obfer- ver un Poil de i’Ortilie ou un de deffous l’Aiffèie. Vous ferés d’ abord effraie de ne voir ni trouver aucunTuïati eapiîaire ;• tant leTuiau Si la Racine du Poil font chargés de Peaux & de Morceaux de Graiffe. Mais torches les bien de ia Manière ci-deffus indiquée; & Vous ne re-
con
Manîmens & Obfervations &c. TAB, XVHÏ Ni'èle, ouMoüfle &e. 4.^
connoîtrés plus Vôtre premier Poil, n’y appercevant plus ni Ramcàiix^ * ni Bofles, ni Excreicences, mais feulement un beau Tuïau uni & Trans- parent avec ces Racines. Une autre fois davantage. Je fuis &ç.
LETTRE XI.
Manîmens 8c Obfervations microfcopiques.
Je Vous ai marqué il y a quelque TemS que Monfieur le Confeiller de Cleicben m’avoit fait la Grâce d’accompagner les Gravures de fon Mi- crofcopeUniverfel, qu’il m’avoit envolées, de quelques autres DelTeins., «n me permettant d’en faire part à mes Patrons & à mes Amis. Com- me Son Excellence a bien voulu y joindre une Defcripfion détaillée, je me fais un Plaiûr de Vous i’envoïer avec un Deifem fidèle & de fabandon. ner à Vôtre Examen.
' TABLE XVÎII.
Nièle, ou Mouiïe fur une Feuille de Poirier,
„ Pendant l’Eté sec' & fterile de 1761. Les Pluies pernicieufes qui tombèrent fréquemment & qu’on appelle Niéie, gâtèrent tel- lement ,1c Feuillage de toutes Sortes-d’Arbres,|qiie l’on vit en Août „ & Septembre la plus part des Feuilles mortes, flétries ou pleines 5, deTaches rouges. 11 n’y eut pas mêmes jufques aux Chênes dans J, les Forêts, qu’on n’en trouvât des Contrées entières, qui reflem*
„ bloient comme au Printems, Jorfque les Feuilles nailTantcs fe gèlent,
,, Au Milieu d’Août, j’apperçus, parmi Quantité d’autres Feuil- „ les fort tâchées d’un Poirier, une Feuille qui avoit au Milieu une ,, Bofle rouge -brunâtre. En examinant cette Feuille avec la Lou.
J, pe, que j’avois juflement fur moi, j’y vis encore quelques autres Excrefeences, qui rélcvoicnt encore davantage. Aïant donc exa-
F 1 „ miné
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TAB. XVIÏÎ. mêle ou Mouffe
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miné dans mon Cabinet tout cela par un plus haut Degré de Grof- lilTement, je ne tardai pas à m’appercevoir, que ces Boffes étoient non feulement de rEfpéce de la MoulTe; mais quelles avoient en- core répandu beaucoup de Semence fur toute la Feuille. J’en tirai tout de fuite une fidèle Empreinte, que je me fais un Plaifir de Vous envoier, Vous lailTant le Maître d’en faire ,Ufage dans Vos Amufc- mens microfcopiques, fi Vous les trouvés bon.
„ La prémière Figure montre ce Bout de Feuille de Grandeur natu- relle; Fig, 2. la même un peu groflie. Au Travers de fa Peau ré- levée & creufe, font crues ces Plantes de Moiijjè de Figure revenant à celle de la Cloche, dont il s’en préfente en haut vers la Queue de la Feuille, deux entières & qui n’ont point crevé,
„ La Fig, 3* qui efi; la plus grande, feft déjà détâchée d'un Côté & même les autres font tombées, & ontlaiflélà cù elles étoient & où elles ont fleuri, des Creux ou des Entonçures pleines de Semence,
,, Chaque Plante de Moujje, ainfi que Vous verrés Fig. 3, efi: com- pofée de Quantité de petits Tuiaux entrelacés, dont j’en ai defliné un Séparément Fig. 4. bien grolfi. Ils fe réuûniiTenttous parleur haut Bout, & forment aparemment leur Ovaire dans l’Enveloppe du deffus de la Cloche; car c’efl; là qu’on trouve le plus de Semen- ce. La Semence avec fes Grains de Pouflière efi: Couleur de Noïer, avec quelques Points plus foncés, dont Vous en verrés quelques unes très grofiis Fig. 5.
,, L’on demande donc: d’où efi venue la prémière Semence de cette Plante fur cette Feuille, puifque le Commencement delà Vé- gétation , qui s’y efi faite, ne peut s’attribuer qu’à la Nièle qui efi tombée delTus, Si dans de femblables Obfervations , Von pou- voit conclure des Effèts à la Caufe, je repondrois: Cette Semen- ce dure, mais fi légère & fi menue, qu’elle ne fauroit être apperçue l’Oeil nud, a palTé i’Hivër dans la Terre; elle en a été enlevée par
TAB. XIX. Le Charenfon blanc.
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» Q^and le Ver avance au delà des deux GrolTes Dens cette Bour- „ fe, qui eft ici dans fon Alîiette retirée , les deux Bras , qui tien- ,, nentpar en bas à cette Bourfe, fortent en même Tems , lefquels „ confiftent en trois Jointures & en deux Chofes, que je ne faurois „ nommer que des Doigts tranfparens, lefquels fontentre deux Poils ünSa
„ Ces deux Bras preiTent alors cette Bourfe conique, & fontfor- „ tir de l’une des Pointes jaunes & même quelquefois de toutes les „ trois, une Lijwear blanche transparente, laquelle fe réunit au Bout ,, de Poil comme une Goutte d'Eau \i).
Voilà donc la Quenouille, ou le Ver file fa Soie par le Moïen des „ deux Membres traniparens, que j’appelle Doigts*
„ Les trois premiers Anneaux, ou Divifionsdu Corps, ont fix ,, Pién) à trois Jointures, tranfparens jaune-pâles & mois. LaFig, ,, 4. en préfente un grolïi. La Jointure du Milieu efi; garnie de Poils „ qui paroilTent fortir d’un fond particulier, garni de Veflies,
,, A la troifième Jointure, qui efl celle du Bout, efi: une Griffe „ de la Nature de la Corne, qui peut fc replier à l’Endroit où elle „ tient.
„ La quatrième & la cinquième Dîvifions font fans Piés; mais les „ fix, fept, huit & neuvième ont chacune deux Piés ou Appuis k) „ rond-plats, épais, blanc-jaunâtres & mois. Les Plantes de ces ,, Piés, font Vefiiqueufes, & armées chacune de dix-fept Griffes brun- „ rougeâtres, récourbées par dehors, dont j’en ai répréfentê une „ grofiàe Fig. Le Ver peut tellement rétirer ces Piés , que les ,, Griffes peuvent fe joindre à leurs Courbûres, ou là où elles font „ brifées tout comme fi elles étoient lacées enfemble, par où fe fou- 3, tient le'Relièf mol de la Plante du Fié, quand le Ver en veut faî- „ re Ufage.
111. Tom. G
G
31
Au
TAB. XiX« Le Charenfon blanc.
fO'
3, Au dernier Anneau font encore deux autres Fiés Y) qui reffera- „ blent à la Plante de Pié d’Homrae, mais qui ont dix Griffes à l’Ex- 5, tremité.
„ Des Plis des deux Côtés des Anneaux fortent quelques Bouts ,, d’un Poil fin, qui font, félon les Apparences, aux Ouvertures des „ Trachées,^ Icfquelles ne fauroient être apperçues vûlaMultîplici- 3, té des Plis,
„ Je crois avoir fi bien dépeint cet Ennemi domefiique, qu’il „ fera auffi connoiffable, que le Voleur le peut être par un Signale- „ ment public.
„ Aufli eft-ce la feule Vengeance, que j’en puis prendre pour „ le préfent de tous les Dégâts qu’il a faits à mon Grenier. Car ,, tous les autres Moïens, dont je me fuis jufqu’ici fervi pour m’en g,, défaire, ont été inalhûreufement infruéiueux»
de Ckichen dit RoJJkurm,
Note.
je n’ai pas jugé à propos de mettre ici les Remarques touchant les Moïens de fe défaire de ce Vers, comme d’un Côté n’étant pas de mon Sujet & que de l’autre, riUufire Auteur a reconnu ci-déffus leur infüffifancc,
Ledermuller^
Apoftille,
Lorsque je Vous envoïai il y a quelque Tems la huitième Table, ou la Répréfentation du Bout d’une Langue de Boeuf bouillie; j’ou- bliai par Mégarde d’y joindre une autre Pièce, qui y affortit, c’eft à di- re, dans cette
TAB XX.UnePjpilleàCrochetjOUuneVerrue de langue deBceuf &:c. f r
TABLE XX.
Une Papille à Crochet bien groffie, ou une Verrue de Langue de de Bœuf, auffi bien dedans xjue dehors la Gaine.
Ces Verrues fe tiennent pour la plupart courbes ou en Faucille, Sr font rangées à la File aux deux Côtés de la Langue depuis le Bout, jusques vers^le Milieu, ainfique je l’ai répréfenté dans lesTablés XCIV» XCV. & XCVI. de mes Amufemens raicrofcopiques, Fig. D. E«F» G. H, K.
En voici une Fig. i. répréfenîée dans fa Gaine, & Fig. 2. la même hors de la dite Gaîne.
Dans la Gaine elle reffemble à la Corne d’un Bouveau, lorfqu’elle efl: répréfentée contre la Paroi blanche.
L’Enveloppe extérieure, qu’on peut encore comparer à l’Ecaille de la Corne, a tout le Corps criblé d’une Infinité de Fores pour laTranfpi- ration.
Quand la Langue efl bouillie, l’on ne peut plus difcerner les Suc- colrs, ou Tuïaux à SuCy qui font à la Pointe de la Papille à Crochet, les- quels fe préfentent comnne des Taches Couleur de Sang, qui font fé- lon les Apparences les Organes du Sentiment & du Goût, & que j’ai répréfentês Table XCIV. de mes AmufemensFig. B. Parceque dans cet Etat, ils font dclTéchés, & qu’ils ne fe préfentent, que comme des Li- gnes enfoncées., qui vont de haut en bas.
Mais efl- elle hors de la Gaine, ce qui fe fait aifémenî en faifant bouillir la Langue &: en en tirant enfuite la première Peau; elle a fan* douce toute une autre Façon,
Alors elle n’effc plus en Faucille ; mais elle fè tient toute roide ; ainfi qu’il fe voit Fig. 2. & l’on en peut fans Difficulté voir la Verrue, qui en efl la Tête, ouïe Bout d’en haut avec fon Infinité de petits Trous,
G Z &
f 2 TAB.XX, UnePapille àCrochet ouuneVerrue de langue deEœuf &c.
& ie Tuïau qui paroît compofé de Tuïaux capilaires les plus déliés. J’ai trouvé cette Obfervation fort relTemblante au Eiflile de plufieurs Fleurs ^ lurtout de celles d’Orange & de Citron, dont la Verrue, ou le Poin- çon efi: aulîi compofé d’une Infinité d’Ouvertures. &la Queue de Qu^an- tité de Tuïaux capilaires très fins.
Jai tiré ces deux Figures* par le Moi'en du Microfcope folaireNro. ç. & je n’ai éloigné ma Table à deffiner, qu’environ d’un Pié du Verre microfcopique , pour en attraper fur le Papier la Répréfentation de la Grandeur que je m’étois propofé de la deffiner.
Dans un plus grand Eloignement, p. e. de ig. à 20. Pies, il s’en préfentera contre la Paroi blanche un Groffiflement infiniment pluscon- fidérable, & de la Hauteur & Epaifficur du plus gros Homme, fans toutefois rien perdre de fa Clarté & de la Juftefie de fon Pourpris.
Loués donc avec moi, j .1/0/2 l’Architëéletoutfage & toutincom-
prehenfible de tant de Chefs d’oeuvres grands & magnifiques dans les Objets qui tombent à peine fous les Sens, & qui fouvent même font im- perceptibles à la fimple Vue. Rendons lui les plus pures Aélions de Grâces, de ce qu’il a mis en l’Homme la Faculté d’inventer des înflruraens, parlefquels il découvre ce qui étoit caché àfesYeux & par lefquelslaTou- tepuiffiance de notre Créateur éternel fe manifefte tous les Jours de p’us en plus. Ü me femblc que ce font là les Obligations d’un vrai Amateur de la Phifique & du Microfcope, qui en examinant les Ob- jets, s’attache auffi à penfer & à joindre l’utile à l’agréable,
Je fuis &c.
Bayreuth ce 3. Mai 1762,
Ledermuller.
LET-
TAB, XXI. &: XXII. Un Coffret exprès pour le Microfcope folaire.
LETTRE XII.
Manîmens & Obfervations microfcopiques.
Je me crois obligé de Vous communiquer comme quelque Choie de nouveau dans les
TABLES XXL & XXII.
Un Coffret exprès, pour le Microfcope Ibîaire
lequel Monfieur le Confeiller intime de Gleichen s’eft fait faire, & que je tiens pour un Inflrument très commode pour defîîner les Objets. La première Figure de l’Eflampe XXI. Vous apprendra comment il faut le dreffer pour en faire Ufage, Vous le verres donc dreffé dans une Chambre dont les Fe'nêtres font obfcurcies en Partie par une Couverture de loile cirée noire par derrière le Folet de Bois a); en partie par des Tapis épais b). Pour les Parties du Coffret Vous les ver- re's dans la Fig. i. de l’Effatripe XXlï, , où a) en rëpréfente le Corps, confiflant en 4. Côtés égaux le Fond, le Couvercle, le Miroir, & l’A- vance, avec fon Tuïau, Le deffus doit avoir ou un Miroir foiblement poli, ou un Papier rendu transparent en Cimbibant i'buile b) lequel s’ajuffe à un Quadre quarré & fe paffe dedans; Mais au dedans du Coffret il faut ménager un autre Miroir bien uni, lequel aille tellement en efqui- vant qu’il faffe un Angle demi droit i). Sur le devant du Coffret l’on fait une Coupure ronde c) dans laquelle on affermit l’Avance d;. L’on met à cette Avance un Tuïau e'; qui doit être affés large, pour que le Micro- fcope manuel avec les Objets fourrés dans le Porte-Obj£t, y aient de la Place & s’y puiffent tourner fans que le Porte-Objet touche/ nulle part le dit Tuïau. De cette Manière l’Objet tombera fur le Miroir i); & delà il fe réfléchira en haut fur le Miroir foiblcmént poli, ou fur le Papier imbibé d’Huile, fur lequel on le peut voir clairement & le copier.
G 3 . En
54
TABLE XXL & XXïî. Un Coffrât exprès
En examinant de plus près ce Coffret, j’ai remarqué qu’on pouvoit s’en fervir même fans le Mb-oirï) en paffant feulement, ainfi qu’ f) le fait voir, le Papier huilé ou le Miroir brut dans le Côté de derrière h) & en obfcureiffant la furface d’en haut par un Couvercle p).
Par là cet înffrument rend le même Service, que fer oit une grande Chambre obfcure, qui n’ a befoin que d’ajne Paroi blanche, laquelle eft ici remplacée par h) j puisqu’il faut que l’Objet donne direélement dans h) en paffant par le Tuïau e). Mais Vous ferés bien de faire mettre prémiérement dans leQuadre k) de ce Coffret, le Verrefoiblement poli ou prefque brut, & puis de placer deffus le Papier huilé en le paffant dans le dit Quadr«, à peu près comme je l’ai répréfenté dans 1).
LUfage qu’on en fait eff le même que celui duprêmier. Plus le Tuïau e) efl: long, meilleur Effet fait-il. La Fig. 2. de l’Eftampe XXÎ, Vous fera mieux comprendre tout cela, que je ne faurois Vous le décrire.
Je pourrois finir ici ma Lettre; mais ri y a encore la fécondé Fi- gure de PEffampe XXII. dont Vous voudrés auffi favoir l’Expli- cation.
La plupart des Amateurs de la Phifique pratique favent fans dou- te que feu Mr. Sturm, qui de fon Tems s’aquit une Gloire immortel- le parmi les Gens de Lettres, avoit fait des Leçons publiques à Alcorff, oii il étoit Profeffeur en Mathématiques, fur différensExperimensj&Ef- fais tirés de la Phifique. Parmi fes Inffrumens, il s’en eff trouvé un, qu’il a appellé iui-mêfne une Chambre obfcure portative, & dont il a décrit îaConftruélion de la Manière fuivante dans fon College experimental ou Cuiicux, imprimé à Nüremberg en 1676, Voici fes termes tra- duits en Allemand & de là en François ;
À
Je
* Tentameo XVI. Phænom« I. p. lôi. Eig. LXXIX,
- pour îeMicrofcope folaire. ^5
5, Je pris le Vtm ObjeUif de nôtre fécond Téiefcope & je l’ajurtai 5, dans un Oei/ ie Soir, lequel fe peut, comme d’ordinaire, tourner „ & diriger en tous Sens. Je me fis enfuite un petit Colfre de Car- „ ton bien fort, environ d’un Pié de haut & de deux de long, tou- ,, tes-fois de Façon qu’il étoit compofe' de deuxPièces, qui joignoient „ parfaitement enfemble & qu’on pouvoir tirer l’une de l’autre, afin „ d’alonger ou d’accourcir le Coffret fuivant le Befoin.
„ Au Milieu de la Partie immobile A. B. C* D, E, F, je mis le dit „ Ferre objeHifR.
„ Dans la Partie mobile C. D* N. G. K, O. je pratiquai un P/liroîr ,, uni G. H. I. K. & je le plaçai fi bien en biaifant, qu’il faifoit un 5, Angle demi droit,
,, Audelfus de ce Miroir, je mis un Papier *) mince & tran/parent 3, imbibé dans l’Huile , & je mis encore par deflus un autre Co- „ fret D, P. Q. L. M. G. K. afinque le Papier huilé en fût ombragé „ & obfcurci, lorfque l’Obfervateur voudroit pafTcr la Tête dans T „ Ouverture, G, K. L. M. pour obferver les Objets, qui fe préfente- „ roient fur le dit Papier.
„ Cette Machine Dioptrique Catoptrique, fe mettoit enfuite de- „ vant une Fenêtre ouverte, de façon que le Côté du Verre objeêlif „ étoit tourné du Côte de la Rue. Tous les Objets quife trouvoienC „ dans la Rue donnoient d’abord dans le Verre objeélif , lequel les „ réjettoiten haut contre le Papier huilé; ce qui répréfentoit les ,, Peintures les mieux rencontrées & fi reffemblantes, qu’on pouvoic „ reconnoître & parfaitement difiinguer les Vifages & les Habits des „ Perfonnes, qui pafToient à plus de cent Pas de là.
Une Defcripfion fi claire & fi détaillée devroit faire foupçonner, que nos deux Coffrets ont eu la Chambre obfcure de Sturm pour Mère,
Mais
jS Manîmens & Obfervations tnicrofcopiques.
Mais l’on a vû & emploie par ici bien d’autres Efpêces de Cham- bres obfcures encore plus commodes que celle de Sturm; & Perfonne n’ignore, dumoins pas Vous, qu’une Penfée & une Invention tend la Main à l’autre, & qu’il eft aifé de trouver dequoi améliorer ou augmen- ter une Chofe déjà inventée*
Vous avés cependant le Choix, de Vous faire faire celui que Vous jugerés à propos, Soïés feulement perfuadé que je ferai toujours avec le même Défir de Vous être utile &c,
LETTRE XIII..
■■ /-
Manîmens & Obfervations Microfeopiques.
V
V ous aïant une Fois promis de Vous répréfenter & de Vous envoïer les Gravures des meilleurs Microfeopes & les plus connus ; je devrois aulîi faire Mention de \Inftrument microfeopique folaire vertical , venu der- nièrement de Leipfig, & Vous en envoïer un DelTein; Mais j’avoue in- génument, que tout Amateur que je fuis du Microfeope, je ne l’ai pas crû nécelTaîre,
11 me femble même, que pendant que Vous avés appris les dilférens Ufages de tant de Sortes d’Inflrumens microfeopiques. Vous devés Vous être convaincu par Vous même des incommodités & des Défauts qui fe rencontrent dans le Microfeope folaire.
Car quoi de plus pénible, que de delliner d’après le Microfeope fo- laire , tandifque le Soleil ne reile pas 4. Minutes en Place , mais qu’il eft dans un Mouvement perpétuel? Et qui eft ce qui pour- roit inventer un înftrument , qui pût diriger le Papier deftiné pour le Deffein, fuivant le Cours du Soleil avec une JufteïTe foute-
nue?
^7
Manîmens & Obfervations microfcopiques,
nue? *) Il faut donc une Main très faîteau Métier feulement pour tra- cer les prémières lignes d’un Objet d’après le Microfcopc folaire; car pour le Delîiner à fonds, c’eft abfolument impolTiblc, En Effet, il faut le trouver hùreux & fe contenterj quand l’on conferve affés de Soleil, pour finir l’Ebauche la plus légère d’un Objet. Et quelle Patience ne faut il pas même, pour remettre le Soleil fur le Pourpris de l’Objet, a force d’avancer, de preffer, de fourrer, de diriger & de tourner le Miroir & le Cylindre? 11 n’y a que des Amateurs & des ConnoiffeUrs pratiques de cet Inftrument , qui puiffent juger de la Jufteffe de ces Plaintes, & être de mon Avis, lorsque je dis de bonne foi, que le meil- leur Ufage qu’on purfle faire du Microfcope folaire, c’eft de répréfenter à toute une Compagnie de fimples Curieux, d’agréables Figures de Créa- tures animées & inanimées, t:ontre la Paroi blanche dans un haut Point de GroiïiiTeraent; & furtout de mettre bien vivement & clairement devant les Yeux la Coagulation des Sels, leur Configuration & leur Cri- ftalifation, en un Mot de faire voir le Jeu le plus fecret de la Nature. Enfin le Microfcope folaire fait pendant le Jour, ce que fait la Lanterne magique pendant la Nuit.
Pour des Objets, dont le DeiTéin ne demande gueres de Tems, je m’en fers avec utilité; bien qu’il m en coûte toute ma Patience.
Mais là où les Objets fe préfentent avec beaucoup de Parties déli- cates ; je n’en ai jamais pu faire d’autre üfage, que de les regarder fur la Figure, qui demeure affés long tems fixe contre la Muraille, de les defïiaer d’après, & de les réduire en Petit avec beaucoup de Difiiculté.
Je fuis obligé de marquer tout cela de peur que Vous ou quelque autre Amateur ne veniés à me taxer de ne pas connoître ou di^
ftinguer
*j Cet Indi'jment, qui a èiê il fouvent promis çà & la, ne feroit propre, de même que d’autres Tvîicrofcopes de cette Efpèoe, qu’à faire pendant la Nuit les Operations d’une Lanterne Magique.
lU. Tom*
H
5-g TAB. XXHÏ. & XXIV. La célébré Machine
flingiier faffifamment les bons ou les mauvais côtés de cet Inftru- ment..
Pour Vous s mon Ami, Vous en conclurés enfin que i'infirument Verticd deLeipfig, tout beau & tout eftimable qu’d puifî’e être en lui- même, efl d’autant moins exemt de ces incommodités, qu’il fe trouve moins d’Avantages dans des Inflrumens dirigés vers le Haut ou en bhi, fantj & que le Soleil ne s’arrête pas un. Inilant de plus pour l’amour de l’un ou de L’autre.
J’aime donc mieux Vous^ communiquer un autre ïnferument qui, dumoins félon moi, a plus de Commodité & d’Utilité que celui doa^ je viens de faire Mention, & je Vous ie defline ci joint dans les
TABLES XXÎIL & XXIV- La célébré Machine anatomique, raicrofeopique de Plnvention de rimmortel Mr. le D, Lieberkuhn de Berlin.
Elle eft répréfentée dans la fécondé Eflampe de Vfi.ftoiye de V Acaie- demïe des Sciences ^belles Lettres de Berlin, année 1745. ï, CbJJè phifi- que pag. 14.
Comme le Cabinet des Curiofités naturelles du Marggrave contient entr’ autres Quantité d’inftrumens de Phifîque; j’en ai tiré une Copie fidèle des deux Côtés de celui-ci.
La Table XXili, montre le Côté où la Grenouille, ou tout autre oe- tit Animal doit être attaché; & la XXIV. fait voir l’Endroit où le Verre microfeopique doit être affermi, & ou l’Oeil doit fe pofer..
a; Vous montre la Figure de h Table de Cuivre doré , ou la Plaque même, qu’a fait Jean George Mlsice-ffer de Berlin.
b) font les Cinq gros Crochets par lefquels les Pies & la Tête de la Grenouille font tendus, kfquds on peut bander & relâcher par leMo.en delà petite Vis c) laquelle ell garnie de Rejjhrts d Acier d; Table XXlll.
anatorTiique-îrjicrofcopique de l’Invention deMr. Lieberkuhn
e) font 5. Crochets plus petits^ deflinés à étendre le Méfentère, &: lefquels peuvent pareillement fe bander & fe relâcher, par de petites ris f),
g) & h) font deux fortes d’Ouvertures, hune g) ronde & l’autre h) longue, fur le fqu elles , il faut tendre le Mélèntère, pour pouvoir placer par i) la Partie de derrière de la Lentille microfeopique. Dans le large Tenant à ris k de la Table XXIV, l’on affermit la, Lentille micro- feopique, dans 1) laquelle elle peut être bandée parles m) & o),& la- quelle a encore un SoubaJJement n).
«
L’on peut tourner & diriger ce Tenant à Vis comme l’on veut, pour pouvoir bien appercevoir le Méfentère.
Toute la Plaque repofe fur la Noix p. laquelle efl emboîtée dans l’Etui q); & toute]la Machine efl: portée par une Bafeà trois Piés r) munis de Jointures, afin de pouvoir tourner, dreffer & pofer tout rinftrument à fa Fantaifie. Elle efl dans fa Grandeur naturelle, trois fois plus haute & plus large, qu’elle n’eft répréfentée dans les Efiam- pes XXIII. & XXIV.
Les deux Lettres f) & t) marquent deux petits Chapeaux avec les Lentilles microfeopiques, Mro. o. & 00. que je Vous ai mifes ici félon leur véritable Forme & Grandeur.
Il en faut pour le moins de Cinq Qualibres, pour pouvoir faire paf- fer les Objets par tous les Dégrës de Grofiiffement, c’efl à dire les Nro» 3. I. O. & 00.
Comme il y a certains Amateurs, que la Cherté, de la Machine empêchoit de fe procurer un Infiniment auffi utile; je me fuis fait fai- re, ainfi que Vous allés voir dans la
H t
TA.
<îo TAB. XXV, Une pareille Machine de Bois
TABLE XXV.
Une pareille Machine de Bois avec les Noix de Mufchenbrock,
Laquelle me fait le même Ufage, à la Satisfaélion particulière de ’pkifieurs Amateurs & Connoiüfeurs confidèrables des Amufemens mi- crofcopiques.
La Figure i) eft la Partie de devant, à laquelle le Microfcope eft lui- même affermi avec les Noix,
a) eft la Plaque, la Table, ou le petit Ais percé même, quilfaut affermir fur un Pié b) de la Façon qu’on veut. L’on y fait d’abord le TroK rond c) Fig. i. qui eft à peu-prés delaGroffeur d’un Liard^ & enco- re 4. autres plus petits. '
Sur ce Troue) l’on tend & attache tout au tour le Méfentère de la Grenouille avec de greffes Epingles *), au Lieu des pénibles Crochets qui même déchirent fouvent le Méfentère, après avoir prémièrement attaché la Grenouille à l’Ais ; ce qui fe fait par 4. g^offes chevilles par lefquels les 4. Piês de la Grenouille font tirés avec des Cordons ou de groffe Fifeile dans les 4. Trous d). Et pour pouvoir aufti examiner un petit Poiffon, j’ai fait ménager deux Tenans à demi pliés fur le der- rière de cette Table, pour les tendre fiur le Corps du Poiffon & les bien affermir par les Vis e).
Désque la Grenouille, le Poiffon ou toute autre Créature eft prête & attachée pour l’Obfervation , Vous tournés la Table voi Fig. i) & Vous dirigés la Lentille microfeopique, comme Vous le jugés nécef- faire, par le Moïen de Noix de Mufchenbrock g)
Tout cet Infiniment microfeopique confifte en fort peu de Parties, favoir, une Plaque ronde h) avec un Etui (J ) qui eft affermi à i’Ais par des Vis.
L’on
avec les Noix de Mufchenbrock,
6i
L’on fourre dans cet Etui (J ) la Noix ©) de laquelle fort un petit Bras i) qui a au Bout un autre Etui, dans lequel on fourre la féconde Noix k), à laquelle eft encore le troifième Etui, où l’on fourre la troi- fiême xVo/jrl) laquelle doit être afferraice à un Anneau de Corne ou de Boism),
C’eft dans cet Anneau m) qu’on met le Ferre mîcrofcopique o) dans fon petit Chapeau par le Moïen d’un Anneau de Fil d'Archal n) & qu’enfin on le régie avec la Main en haut, en bas, à droite, à gauche, proche ou loin, vis à vis de l’Objet, jufqu’à ce qu’on l’ait entièrement 8e clai- rement apperçu. Operation qui fefait d’une Manière douce Seinfenfible mais très exafte par le Moïen de ces Noix,.
Mais pour pouvoir en faire auïTiUfage pour d’autresObjets,je fis fai- re encore le 7rou f) -à cette Table. Par là je pouvois emploïer d ma Fantaifie, les Poinçons p) & q), lefquels étoient munis par derrière d’une Fis r) pour pouvoir les affermir à f) foit par un Ecrou, ou par une Cheville.
Que fl je voulois examiner des Corps opaques , je me fervois du Poinçon p): que fi c’étoient des Fluides, que je voulois voir, je tirois Avantage du Tenant q) dans lequel j’affermifTois un petit Verre de Por- te-Objet, fur lequel je mettois une petite Goutte de Fluide, & puis je la mettois devant le Troue), comme j’y mettois la Queue duPoiïTon ou le Méfentère de la Grenouille , & je i’obfervois avec Yînftrument mi- crofeopique g) au travers de toutes les Lentilles, Car dans V Anneau m) l’on peut mettre toutes fortes de Lentilles microfeopiques avec leurs petits Chapeaux, ainfi qu’il Vous efl aifé de voir par Vous même.
J’ajouterai ici qn’aûint eu, il y a trois Ans, l’Honneur de préfenter cette innocente Machine à Nôtre Séréniffime Marggrave, S A. S. dai- gna non feulement m’en témoigner très gracieufement fa Satisfaélion, mais Elle eut encore la Bonté., de tendre tout de fuite une Grenouil- le, de l’ouvrir, d'en attacher avec une Dextérité- imeomparabîe le Mé-
H 3 fen-
^2 TÂB XXVÎ.XXVÏLXXVîn.XXïX.Urîe de plus bellesChenilles,
fentère & fans y gâter la moindre Cliofe, pour être à même d’examiner la Circulation des Humeurs. C-e Gracieux Prince admira avec bien du Plaifir la Diverfitè des Humeurs, qui fe prèfententfi clairement dans les VailTeaux du Méfentère. Il garda la Maehine, en Thonorant defon /approbation* Je fuis &c. &c,
LETTRE XIV.
Manîmens & Obfervations microfeopiques.
Je 'Vous ai jusqu’ici alTés envolé d’înflrumens microfeopiques. 11 eft donc Tems, que je me remette à Vous prélènter les Experimens & les Obfervations que j'en ai faites, Vous aurésfans cela la Patience de trouver dans cet Ouvrage encore trois Feuilles d’inftrumens microfeopi- ques. L’Infirmité qui continue de m’accabler, m’a fait fou venirjd’unObjet, dont Obfervation m’avoit déjà donné l’Année paffée Matière à des Ré- flexions & à des Pe-nfées auffi agréables, qu’importantes. Jem’étois propofé de Vous en faire tin long Détail dans cette Lettre; mais il faut que j’abrège fmaîgré moi-même & que je me contente de Vous dire que Vous allés avoir dans ces
TABLES XXVL XXVIL XXVIIL XXIX.
Une des plus belles Chenilles, fa Metamorphofe & quelques Parties de fon. Papillon*
C’eft, ainfi que Vous favés, IzChenille qui fè trouve fur la Plante, qu* on appelle Efule commune^
Je l’ai tirée d’après Nature dans a) de la Table XXVI. Après l’avoir nourrie 3. Semaines dans unVerre avec de l’Herbe d’Efule, je remar- quai à la Manière dont elle fe vautroit, que k Tems de fa Métamor- phofe n’étoit pas loin* C'efi: pourquoi je jettai un peu de Terre fraî- che
fa Met air or phofe & quelque s Parties de fon Papillon, 6^
che au Fond du Verre, ou elle fe fît tout de fuite un Lit, dans lequel elle ne fît pendant trois Jour que fe tourner & virer. Le quatrième Jour elle fut déjà toute enveloppée d’une Toile très fine, fous laquelle elle devint au Bout de 5>. Jours laj Chryfalide b; c). Il fe palTa un An entier, c’cfl à dire de Juin 1761. jurqu’Août, 1762. avant que.le bel Oifeau de Nuit dont Vous voïe's le Dos répréfenté Fig. d) & le Ventre Fig. c) fortic de fa Coque,
Ce qu’il y a de remarquable dans cet Infecle, c’efl que la Chenille s’en trouve fur VEfulëy & le Papillon (oifeau de Nuit) fur la Fleur d» Ckevre feuille y & qu’il cherche ainfî fa Vie fi diverferoent.
Feu Mr. de Roefel a à la Vérité répréfenté cette Chenille & ce Pa- pillon, mais non pas du Côté du Ventre. Or comme il a ici tout un autre Air, & qu’au Lieu que les Dos & les Ailes en font de tant de Cou- leurs, & que le Ventre au Contraire avec les dedans des 4. Ailes n’efl qued’une, qui efl une magnifique Couleur deRofe; j’ai voulu fupple'er àce Defaut en dellinant cette Créature par defTus Stpar defFous. ,
'En examinant par la Loupe la Chryfalide b) c) je découvris déjà pluheurs Objets remarquables. Sa Tête fe préfenta d’abord à moi en- tièrement compofée de Faijjeaux d Humeun ds Couleur rouge brun f) Tab. XXVÎL I 'uis en examinant le devant, j’y vis les Antènes & le Sueçoir g) dans un haut Point de Grofiilfement. Et la trouvant ainfi que porte Fig, h), je remarquai qu’un feul VaifTeau à Humeurs, confidéré dans le Microf.'ope manuel par Nro. o:?, répréfentoit la Fig. i) avec une Mul- titude de Rameaux déliés.
D’ailleurs toute îa Coque externe de la Chryfalide k) clf entrela- cée de femblabies VaifTeaux à Humeurs rameux & toute parfemée de Pores.
Aux deux Côtés fe voit le Poumon, on îa Trachée artère 1) par ou la Cbryfalide peut tirer la Réfpiration & fe conferver fi long-tems
la
^4 TAB. XXVI. XXVII. XXVIII. XXÎX -Une de plus belles Chenilles,
la Vie. Après que le Papillon s’en fut envolé, je coupai de la Coque brune le petit Morceau m) avec une Trachée &le Nro. 4. le montra tel, qu’il eft exprimé Fig. n).
J’ai encore deux Mots à dire fur le Chapitre du Papillon forti de la Çoque; c’eft que quand il fut êclos il y avoit fur ma Table un Bou- quet, compofé de Rofes, d’Oeillets Sc de Fleurs d’Orange, & qu’aïant mis mon Hôte fur ce Bouquet,, à Delfein de le regaler, il parcourût bien d’abord toutes les Fleurs, mai.s qifil ne remua le Sueçoir que fur celle de Rofe, Mais cette Nourriture lui fut mortelle; car il ne s’y fut pas arrêté un Quart d’Heure, qu’il étendit fon fuccoir & s’endor- mit, fans plus remuer ni Pié ni Patte,
Cette Obfervation m’a appris avec Certitude, que le Suc de la Ro- feluiétoit contraire; bien qu’il lui eût donné la Préférence. Car quand même il enfonçoitîe Piquant du Sueçoir dans. une Feuille; il en rejet- toit le Pvue, qu’il en avoit fuccé avant qu’il fût parvenu au Milieu du Tuîau^; ce qu’il elTaïa fi fouvent, qu’il en tomba dans le Sommeil de la Mort & qu’il refia fans Mouvement fur la Rofe,
Or comme cette Partie remarquable du Corps, je veux dire la double Trompe^ fe préfentoit trop clairement a ma Vue, pour la laifTer là fans rexaminer plus particulièrement; je commençai par examiner dans plufieurs Pofitions differentes» VoiFig. a) b) c) Tab. XXVIII. la Tête qui fe préfente d) tirée d’apres un bon Verre Oeconomique avec l’Oeil gauche & la Trompe retirée. Mais je vis bientôt, qu’il falloit l’examiner par les plus hauts Dégrés du Groffiffcment. C’efl par là que je fus convaincu, qu’elle étoit compofée de àewxTuïaux de Forme fpt~ raie e) lefquels préfentent à leurs Extrémités f ) deux petits Crochets g), mais qu’on ne peut reconnoître, que parNro. i. Il y a apparence, que ce font les petits Piquansavec lefquels ils ouvrent les petites Vellies des Fleurs pour en tirer plus aifément le Suc dans les grands Tuïaux-
Ces
fe Metamorphofe, &: quelques Parties de fon Papillon,
Ces deux petits Tuiaux font d’une Peau de la Nature de la Corne, lefquels, par le Moïcn d^une Infinité de petits Cercles, ou de Jointurei fpirales, ont la Faculté de s’étendre, de fe réplier, de fe retirer, de s’alonger & de fe racourcir avec facilité.
Ils font très elafliques & quand on les coupe en petits Morceaux, & que les aïant mis entre deux Verres, bn les examine parle Microfeope fo- laire; ils paroifTent contre la Paroi blanche fauter comme les Vers du Fromage; ce qui eft opéré par l’Ardeur du Soleil,
Mais autant que ces deux Trompes font admirables, auffi remar- quables & fuperbes font les Antènes de cet Oifeau fous le Microfeo- pe. Je Vous fouhaite toute la Patience, qu’il Vous faut pour en faire l’Experîence. J’ai été long tems a découvrir qu’elle en étoifla Partie de derrière & quelle celle de devant, La Tab. XXIX. Vous montre dans a> une de ces Antènes de Grandeur naturelle, & b) la mêmegrof. fie par Nro. 3. avec les Bouquets de Plume rétirésu.
Car cet Oifeau peut, pour ainfi dire ouvrir & fermer comme un Livre, ces Bouquets fins que j’ai marqués d’une Etoile. La Figure c) répréfente le Dos d’une Antène, avec les Bouqtiets ouverts & fes Plu- mes couleur d’Arc-en-cîel, dont tout le Dos efi: couvert, d) Vous fait voir un de ces grolfi par Nro. o; e) c’efl la Poîüe brune de
l’Antène, avec fes ciuq Poils pvintus ; f) en efi; le Manche^ & g) le Bas ou le Fié, pour Vous faire voir, qu’il efi creux. Ces deux Antènes font tout contre les Yeux, mais en derrière; les deux Trompes font au def- fous des Yeux entre deux Couffins épais de Plumes longues & velues Jamais Vous ne verrés ces .deux Parties ni mieux ni plus difiinèle- ment que dans un Microfeope folaire, par le Moïcn .du Miroir conca- ve d’ Argent, lequel mettant les Objets dans le plus grand Jour, les met à meme d’être examinés par toutes les autres Lentilles microfeo- piques,
///. Tortt.
I
Com-
éô
TAB. XXX. Une légère ErqnilTè d'un Abricot frais
Comme j^'écois encore à faire cette Obfervation,, l’on m’envoïa dü Fruit; ee q;ui fait qjuc Votis verres fur cette
TABLE XXX.
Une Efquiiïe d’an Abricot frais
que je Vous préfente a) en Vous priant d’honorer ce Fruit de quelque Récherche plus détaillée. Sa Peau tendre &. velue me fit naître l’En- vie de l’examiner d’abord par la Loupe, puis par le Kro. f .. furquoi je remarquai que ce Fruit délicat était revêtu d’une Fourrure d’un Poil argentin très fin b) & aufii tranfpareat que| le Verre filé de Venife* La Vûe en efl: fuperbe; la Couleur d’Or de la Peau de delTous étant re* haufée par l’Eclat de ces Filets d’Argent,
C) marq.ue un de ces Poils d’Argent; grolfiparNro.o. que j’ai trouvé creux; & il y a apparence, qii’iï en efl de même de cenx de laPêche,
Apoftille.
Comme je fuis perfùadé que Voua manqtierés chés Votis^ aufTr peu d’Efprits forts, qu’îl en manque ailleurs y aïés la Bonté de préfenter un peu à la Su-ffifance de ces Mefiieurs- la Cbryfalide d’une Chenille & de leur demander en même Tems ; fi leur Raifbn efi: capable de pénétrer & d’expliquer, comment la Chenille devient ChryfaVide,. ou comment le Papillon fe forme dans la Chryfalide ^ puifque ni la Chenille, ni la Chryfalîde, ni le Papillon ne fé refièmblent,^ & qu’ils n'ont point les Corps compofés de nrrêmes Parties,^
Que s’ils font obligés d’avouer leur Ignorance; dires leur ce que la Bouche de la Vérité éternelle dit autrefois à ce Doéleur: f^ous ne pou- vés expliquer ce qui sfr des Gbofes d'ici bas ; Çÿ. comment voulét t ous décider fo-u- verainement de Miféresdimns’iCzx il y a en. effet de la Témeritédansrintei- ligencefr étroitement bornée de l’Homme, à. vouloir tenir pour impofii^ ble, tout ce qui eü au delfus de la Portée de fa Railon, & conféquemment à nier U Perpétuité, parce qii’ils n’en peuvent concevoir la Pofiibilité,
Apo-ftille.
J’ajouterai ici pouT Conclufion, que les Anciens, furtout les Egi* pricns, les Grecs & le^ Ramains, faifoient mettre fur leurs Tombeaux des Papillons, eommc des Emblèmes de l’Ame délivrée de foa Corps; & Vous voulés bien que je finilTe cette Lettre par les Réflexions que j’ai faites à la Vue & à PExamen des Chenilles , de leurChryfalide & de leurs, Papillons, comme auffi d’autr.es Infeéles, deftinés par le Créauur à des Métaraorphofes ou plus précoces ou plus tardives.
La Chenille, ce Ver fi difforme & fi dégoûtant, qui a tant dePek» ne à fe traîner, jufqu’à ce qu’elle ait grimpé le Tronc d’un Cérifier, dont les Feuilles lui doivent fervir de Nourriture; Cette Créature fi mépri- ^ble aux Yeux -de tant de Monde, qui rre paroît faite, que pour fervir de Pâture aux Moinaux, aux Hirondelles & aux autres Oifeaux, ainfi qu’à l’Araignée & à la Guêepe, & même à devenir un Nid & une Nourri- ture vivante de fes Petits; Créature qui, à mon Avis, n’a ni Raifon 04 Intelligence, comme l’Homme en efl doué.; après bien des Mouvemeas & des Contorfions , fe rétire à prefent au dedans d’une Toile, qu’elle a filé elle-même & dont elle s’ell: fait un Tombeau; EIL devient enfin Chryfalide & demeure une Année entière dans cette Situation. Je fais très bien que cette Chryfalide neftpis tout à fait morte, & qu’affectée par quelque Choc un peu fort , elle fe remue ; Mais enfin il en for^. une troifième Efpèce de Créature volante, qui nerelTemble ni à la Che- nille, ni à la Chryfalide, U fe préfente un petit Oifeau de dîverfes Cou- leurs doublement aîlé, lequel avec fes quatre Aîies, qui reluifent com- me des Miroirs, fend les Airs, fans rien garder de fon Etat de Chenil- le, fans chercher davantage fa Vie en rampant; volant plutôt légère- ment de Fleurs en Fleurs, pour aller boire à longs Traits le doux Neélar renfermé dans leurs tendres Veines & JouïfTant d’une entièreLiberté & d’un Etat infiniment plus avantageux, que n’étoit fon prémier. Quel Artifie aufli grand que Sage a travaillé tout un An à la Conftruélion de
J 2, cette
ég Apoftille.
cette Créature nouvelle j fous fon Enveloppe & dans fa Chryfalide? Cette iniferable Créature, cet Infeéïe, qui fuivant la foible idée que je puis me former de TUnivers, n’eft tout au plus bon, qu’à fervir de Pâ- ture à d’autres animaux, ainfi que je viens de rinfînuer; cet Infecte, dis- je, auroit il été partagé dans la Création de Dons lî magnifiques, par deffus toutes les autres Créatures, & le Seigneur lui auroit- il accordé de fi précieux Avantages préférablement à l’Homme? N’ai je pas Lieu d’efpérer que je reparoitrai un Jour fous une plus belle Forme & que je jouirai de cette bienhûreufe Transformation ? La Chenille vaudroit- clle davantage aux Yeux de Dieu que moi, qu’il a créé à fon Image? Jamais! mon Efprit, mon Intelligence, ma Raifon, mon Cœur, un cer- tain fnftinél: intime &, ftiperieur à moi-même, qui me fait fouhaiter un Etat plus hûreux, tout fe refufe à une Idée fi affligeante.’
Formé bien plus noble que la Chenille, je jouirai d’une Transfor- mation infiniment plus glorieufe, qu’elle. Tout efl ailé à la Toutepuif- fance de mon Créateur. Je ne me mets pas en peine de quelle Façon cela arrivera; c’efl: à la Sagefie éternelle & impénétrable, que j’aban- donne ce Soin. J’ignore même comment j’ai été formé dans le Sein de ma Mère, & je ne laiffe pas de favoir que je fuis au Monde. Cela me feroit-il douter de ma Formation & de mon Exiflenee? Ma Raifon ne peut-elle pas dés à prefent comprendre, qu’après mon entière Difiblu- tion, toutes les Parties de mon Corps referont enfermées dans les Va- peurs de nôtre Globe, quand marne elles viendroient à paffer d Elé- ment en Elément, de Créature en Créature? Mais je fuis perfuadé & même je crois fermement, que mon Ame, en tant qu’Efprit, ou pour parler d’après Senéque , en tant que Pars ^umirtn divini, ne fauroit être anéantie; mais qu’elle jouira d’une Félicité infiniment plus pure, que celle qu’elle a reffentie lorlqu’elle était dans mon Corps: Félicité qui 1’ emportera certainement fur la Métamorphofe des Infeéles & de tou- tes les Créatures de PUnivers, qui ne font point Hommes; que mon
Efprit
, Apoftille. €9
Efprit fera revêtu d’un Corps que la SagclTe eternelle a avant tous les Tems jugé lui convenir, & quelle lui a deftiné. *
C’eft ainfi qu’un Naturalifte raifonnablc peut penfer fans aucune peine & pour fa plus grande Tranquillité, enconfultant les {impies Lu- mières de la Nature* Que fi en tant que Chrétien^ il y ajoute les Rai- fons que lui préfente la Révélation touchant fes Efperances à venir; quelle Joie à l’Heure de la Mort ne reifent-il pas en Comparaifon du Libertin, & même deces Hommes, qui fe difent Chrétiens, & qui croient Tout, fans favoir ce qu’ils croient! Car j’avoue de bon cœur, que je crois, qu’un Chrétien raifonnable efl bien plus agréable à la SagefTe & à l’intelligence fupréme, qu’un Chrétien de Bouche, qui aïant toutes
»
les Occafions & les Moïens imaginables d’augmenter les Facultés & les ConnoilTances de fbn Ame, aime mieux mourir dans la Foi du Charbon- nier, que d’en faire Ulâge. Et pour finir, j’avoue encore, que j’ai ref- fenti une Joie inexprimable toutes les fois que j’ai trouvé dans les Oeu- vres & dans les Phénomènes de la Nature la moindre Etincelle qui don- nât à ma Foi plus de Lumière & de Force.
Cependant, il me paroît que je vai trop loin, & je reconnois très parfaitement, que, quoi qu’il fuit confiant qu’il fe falTc des Con* verfions philofophiques , elles ne laiiTent pas d’être très dilférentes de celles qu’opère la Religion révélée.
Mon Opinion ne doit donc que fuivre la Foi comme une iervantc car quelque connu que l’on foit, dans une Ville, l’on n’efi pas fâché
ï î de
♦ Si le Lefleur veut lire davantage de Reffexions de cette Nature, il en trouvera les plus belles Penfees dans pliifîeurs Parties de VcxztWint Régné de la Nature & des Moeurs^ particulièrement dans les Chap. 71. & 77. de la troifième Partie puis dans les Chap. 197. 8c 2i7* dclalixième; de même que dans les Chap.aip] 224 232. 8c 237 de la feptièmeî dans le Chap. 268. de la Huitième; dans le Chap. 3cp.de la Neuvième i dans le î62. de L Dixième; & enfin dans le Chap* 403, de la Dernière Partie»
*70 TÂB. XXXÎ. &XXXIL Mîcrofcopes anciens
âc fe faire conduire che's foi avec une Lanterne, lorfqifil fait Nuit, pour être plus fur de ne pas broncher. Pardonnés moi, mon Cher, tes Pen- fées fugitives, qui me relèvent fouvent dans mes 'plus grandes infirmi- tés; & foïés perfuadé, qu’elles m’accompagneront jufqü’au Tombeau^ & que jufques là je ferai avec un attachement üncère &e,
Foiès Lettre Xjz
Martin Frobène LcdemuUer^
LETTRE XV.
P -
*• jreparés Vous à regarder comme un C^odlibet, que jeV^us envoie Les TAELES XXXI, & XXXIL for les Micrôfcopes anciens Sc modernes.
Vous y trouverésties Bagatelles , telles que les Porteurs de Har- «iottes& lesSavoïardSj avec leurs BaromettreSy ont contûme déporter à vendre dans nos Contrées. Jai trouvé à propos de Vous préfeater CCS Badinagesj parcequc je fuis hien-aife d’accomplir mon premier Def. fein, cnVous mettant devant lesYeux les grandes Ameliorations’qu’ont re- çu les Infouracns microfcopiques depuis leur Invention.
L’on tire avec beaucoup de Vraifemblaace l’Origine de toutes les Machines microfcopiques d\inc Goutte d'Eau ou d’un Verre rond, rempli «de cet Elément, ainfi que Vous pouvés aiféinent éprouver en prenant un Urinai ou un autre Chbe de Verre blanc rempli d’Eau.
Cela fe peut encore mieux prouver par une Carte ; en y faifant un Trou avec une Aiguille bien ronde, dans lequel on fait entrer une petite Coûte d'Eau bien claire; car celle-ci fait enfuite l’Effet d’une Lentille Nro. a. ou 3.,
HartÇoecker & Ctton Guerkke ^ en fondant du Verre, ont trouvé par Hazard un petit Microfcope dans une Goûte de Verre, Et de là eft fans doute venu le Globe a) Tab. XXXI,
L’on
& modernes.
L’on a été obligé de k fervir de ces Globes, jusqu’à ce que dans la Suite l’on s’eft avifé,idc les polir enForme de Lentilles Si de les enchaiï«r dans des Etuis j par où on les a rendu propres aux plus grands Grof- fiiTemens,
La féconde Fig^ b) Vous préfente une Copie que j,’ai tirée du Col-~ le^um experimentale de Sturm*,. pour Vous prouver y que ces Lentilles étoient connues, il y a plus de 90* Ans,
Leui^enhoeck qui a fait tant de Découvertes y rendit eet Inftrumcnt encore plus commode, en mettant le Verres mierofcopique dans une petite Plaque d’argent; derrière laquelle il mettoit une petite Table avec un Poinçon, pour y empaler l’Objet êl le préfenter devant le Ver- re. La Figure c) de cette Table Vous en inftruira mieux Si: Vous en; irouverès un Detail plus circonftancié pag. 38»^Tab. IV, de mon Ej^i d'/jpologie raifonnée des Ammauxrfpermatiquesv
L* Fig. d) de cette Table a beaucoup de Rapporta celle de Leu- wenhoeck. C’eft de cette Maehine commode que fc fert Mr, le D. Koehlreuter, Médecin & Naturalifte, qui.s’eft de nos Jours fait une fi grande Réputation parmi les Savans.
11 y a deux Ans que revenant de Petersbourg, pour s’en retourner chés lui par la Route de Leipfig/, 1 Envie qu’il eut de voir le Cabinet des Curiofités naturelles du Prince, me procura l’Occafion favorable de le voir à Bayreuth, où il me montra ce Microfeope. J’avoue, que je fus enchanté de la bonté de la Lentille en Forme de Grain de Millet, que j’y trouvai & qui étoit un Nro, i, mais je remarquai dans les Por* te- Objets certaines Chofes, que je ne goûtai pas, car Mr. le Doéleurfe fert, au Lieu de Porte-Objet, de petites Lames de Ferre longues ^ étroites e); dont il en met deux l’une fur l’autre & entre deux, l’Objet à ob- ferver, lequel, félon moi, doit en être écrafe' ou dumoins changé de Place, de forte qu’il faut qu’il rende ou un faux Profil ou une double réverbération.
» Part. I, Tentam. XV, Phænom; r, '
Tous
7^ TAB. XXXI. & XXXII. Microfcopes anciens & modernes.
Tous ces Inftrumens & beaucoup d’autres, qui y ont du Rapport, font bons à obfervcr les Objets contre le Jour,
Mais comme il y a dans le Monde bien des Cbofes, qu’on ne fau- roit voir ni examiner de cette Façon; mais qui le doivent être perpen- diculairement ou de haut en bas , l’ETprit humain y a remédie, & ç’a été d’abord par les Inftrumcns les plus (impies, tels que font ces peti- tes Boites pleines de Graines & d’autres Chofes que les Savoïards nous portent tous les Jours à vendre, & qui groflilTent l’Objet 6, a 8. Fois. Parmi ces Elpèces la meilleure e(l bien celle qui eft à f^is, pour pouvoir déchifrer des Monoïes anciennes, & examiner d’autres Corps opaques & nontransparens, comme elle fe préfente Fig. f ).
Je l’ai mieux rencontré dans la Tab, LXX. Fig. a) de mes Amufe- mens microfeopiques, où il eft nommé Verre Oeconomique & Vous en trou- verés là encore deux autres Efpèces b) & c). Celui de Alufchenbroeck aux Woix ^ Etuis âe Métal donna enfuite Occafion à la Machine g) de la Tab. XXXII, de laquelle Mr. le Confeiller Delius d’Erlang, mon il- luftre Ami,, form.a un petit Microjcope univerfel , qui étoit attaché à un petit Ais fuivant les Fig, g) & h) ; ce qui me fît enfin naître lldée du Aîicrofcope anatomique, que je Vous ai dernièrement décrit , ou de la Re- forme de l’Inftrument de Lieberkuhn, dont j’ai joint Fig. i) une légère Efquiffe. Vous aurés la Bonté d’en chercher un Détail plus circon- ilancié dans le Tom. IV. des Recueils de Franconie.
LETTRE XVI.
Jai l’honneur de Vous faire ici part d’une Obfervatîon 'hifique affés ex- traordinaire. Je me fuis donné la tréshumble Hardieffe de la préfenter au Marggrave, pour fa Rareté. Cela n’excite- t-il pas Votre Curiofi- tè? Je crois que fi, & je Vous en envoie le Détail d’un Bout à l’autre tel que j’ai eu l’Honneur del’cnvoïer au Prince, avec la Defcripfion desEx- perimens, que j’en aifaits & du DefTein que j’en ai tiré.
Mr.
TAB. XXXIII. Une Boule de Poil.
75
Mr. le Pafteur Vogel d’ici, qui m’honore de fon Amitié, m’envoîa le g.Oélobre I7é2> verü les é. Heures du Soir, ainfi que Vous montre cette
TABLE XXXIII;
Une Boule légère, ronde & d’un brun très obfcur
en m’avifant, qu’on i'avoit trouvée avec encore 14. de la même groC. feur, dans un Agneau qu’on venoic d’egorger, me priant de l’examiner & d’en dire mon Sentiment. •
Après avoir demandé & obtenu la Permilîîon de la difféquer, je me mis dés le même Soir en Devoir d’en faire l’Examen, & d’y paffer agréablement cette Heure péîdue, ne défîrant rien tant que d’en avoir encore upe, pour la mettre dans le Cabinet de Bayreuth.
J’eus la Bonheur d’en recevoir plus que je n’en défirois, car dans la même foirée l’on m’en apporta encore deux. En üïant donc trois, j’en cmploïai une àl’Ufage, que je viens d’annoncer; j’envoïai l’autre à mon liluflre Ami Mr, le Confeiller Trew; & la troilième., je la défti- nai à l’Examen le plus exact.
Pour ce qui eft de la Figure extérieure de cette Boule., .elle étoît prefque totalement ronde, plus unie que raboteufe. Sa Couleur brûn- obfcur; fa Péfanteur afles modique à Peine d’une Once; quoiqu’ file fut alTés grande, ainfi que Vous l’apprend la Fig. i. de la Table XXX! a
En examinant fa Superficie avec une bonne Loupe, je trouvai fa Couleur verd-noir, mêlée d’un peu de brun. Je conjeélurai de là, qu’il fallait que le Fiel eu le plus de Part à cette première Ecorce, laquelle me parût au refie compofée de Quantité de petites Ecailles collées les unes fur les autres, ou de Lamelles couchées de la même Façon^
ni. Tom.
K
74
TAB. XXXm, Une Boule de Poil.
Je pafle ici fous Silence, pour éviter la Prolixité, tous les Juge- mens & tous lès Sentimens, que portèrent bien de mes Amis fur la Nature de cette Boule, avant que je la dilféqualTe* Celui qui rencon- tra le mieux, la prit pour une Boule de Chamois {/legagropilay^ comme moi même, de's que je l’eus en Main & que je l’eus pêfée, je la pris pour une Boule de Poil, telle qu’on trouve fouvent dans les Bœufs, les Vaches, les Veaux, les Chevaux, les Cochons & les Chamois,
Lorfque je voulus la partager par le Milieu avec un bon Cou- teau, il m’y fallut aller de toiîte ma Force, & ilmefembloit que c’étoit fan de cette Epaifleur , que j’avois à partager. La Subftancc in-
terne reifembloit en Effet à un Feutre non teint, auffi parfaitement que deux Goûtes d’Eau puiffent fe reffembler.
j’en partageai enfuite une Moitié' en deux Parties, & j’en mis ua «Quartier fous la Cloche de ma Loupe. Ceia me fit connoître dillinète- ment une Ecorce, dont la Subfiance étoit de beaucoup plus ferme & plus compaéle, que celle du Milieu, laquelle me préfenta des Poils fort courts & fins. J’en pris du Milieu , & j’en examinai un Morceau de la Groffeur d’une Lentille, par tous ies Dcgre's de Grofiifiem.ent, jufqu’a ce qu’enfin je fus convaincu, que toute la SubTrance de cette Boule ctoit compofée de Particules de Laine, courtes & fortement preffées enfembîe.
Elles avoient en Partie des Tuïaux à Moüle, comme les Cheveux, mais ils n’etoient pas environnés de cette Pellicule externe en Forme de Réfeau, que l’on voit d’ordinaire aux Cheveux, ils fembioient plutôt être couverts comme de petites Ecailles.
Enfin j’éffaïer d’amollir cette Maffe, pour connoître de plus près la Nature de cette Ecorce- externe; mais ce fut peine perdue. Je fis d’abord bouillir un Quartier de cette Boule dans de l’Eau douce, & enfuite dans de i’Eau très fale'e.
TAB. XXXIII, Une Boule de Poil.
Je le mis palTè 14. Heures dans un Vafc plein d’Eau; j’en mis un autre Morceau dans l’Huile & puis dans le Vinaigre, ce qui ne meréüf- lit pas mieux. Rien n’en pût di/Toudre la Dureté, & je confervc en- core cette Ecorce, pour Preuve de fa Solidité, que je crois même être, par mes Expérimens, devenue plus dure, qu’elle ne l’etoit auparavant. Mes Recherches finies, jetâchai d’avoir quelques Lumières par le Bou- cher quiavoittué l’Agneau. Voici ce que j’en appris.
„ N.N.Bu/daw/Bourgeois & Maître Boucher decetteVille tuale 9. „ Oélobre un Agneau de neuf Mois , qui avoit été acheté à Aalfeld „ prés de la petite deYille fJerrfpruckÂstns la Territoire deKuremberg. „ Une l’avoit eu que huit Jours dans fon Etable, où il étoit à la Vé- j, rité parmi d’autres Brebis, mais qui n’etoient pas deftinées à être ,, tuées. Jufqu’au dernier Jour il mangea & bift bien , fans donner ,, le moindre Signe de’ Maladie. Loriqu’on l’eut ouvèrt on trouva dans fa Panfe 14, de ces Boules ; mais la quinzième, qui n’étoit pas ,, ronde mais inégale, étoit encore dans le Boïau,
„ Ni lui ni les autresMaîtres de fonCorps,n’avoient jamais tuéAgneau ,, où ils euffent trouvé, dans les Boïaux, ou dans la Panfe, ou dans ,, l’Ellomac une feule de ces Boules, bien loin d’y en trouver plufieurs. Cette Découverte m’a dumoins informé, que cette grande Quan- tité de Boules de Boil^ qui ne JaifToient pas^c péfer près d’une Livre, n’avoit pas fait du Mal à cette Bête toute jeune qu’elle étoit.
Il y a cependant apparence,, que dans la Suite elles auroient fait un Effet mortel, furtout leur Confiflcnce étant d’une Nature fi dure, qu’elle ne pouvoir être amollie.
Or la QuefUon efl: d’où font venues ces Boules dans le Corps de l'Agneau? Je m’émancipe d’en dire mon Sentiment:
Je tiens, qu’elles ont la même Caufe & la même Origine, que la Produèlion de celles du Chamois.
K Z
Cel.
7^
TAB. XXXÜL Une Boule de Poil.
Celles- ci viennent de ce que les Chamois lèchent leurs Poils, quand ils en changent. De la Langue, étant broïés par la Rumination, ilspaf- isnt dans les Boïaux, où ils prennent une Figure ronde, & delà ils vien- nent dans hEftomac,
Cet Agneau peut de même avoir léché fa Laine , Favoir haclaée p-ar la Rumination, & enfuite l’avoir fait palTer dans lesBoïaux & dans la Panfe,
Peut-être même a-t-ii été parmi d’autres Brebis & même tondues! & qui eil ce qui ignore, que les Brebis aimant toutes les Humidités fa- leufes,. elles aiment aufli à lécher la Sueur?
Or étant hors de Doute, que les Brébis nouveriement tondues Rient & tranfpirent beaucoup dans leurs Etables chauds , il eft très ai- fé de concevoir, que cet Agneau, couchant entre fa Mère & d’autres Brébis, en a léché les Peaux tranfpirantcs, & en même Tems avalé cet- Bourre coLirte, qui demeure collée à la Peau après laToifon; que cet- te,Bourre s’eft peu à peu formée en Boule dans les Boïaux ^ qu’elle y a pris cette Ecorce dure, par le Moïen du Fiel & de la Pituité, & qu’ enfin elle a pafie dans l’Endroit, où le Boucher l’a trouvée»
Voilà ce que je penfc là defilis & que je trouve aïTés vraifemblable. Que fi Vous y trouvés a redire, ou que Vous réjettiés abfolument cet- te Opinion,, à la bonne Heure, Car je fuis prêt à en cliangcr pour une meilleure, & à facrifier la mienne à la Vérité»
Ce que je ne fauro^is comprendre, c’efl qu’on veuille mettre ces Boules de Poil dans la Clafie du Bezoar, ainfi que plufieurs on fait & font encore, & qu’on leur veuille attribuer les Louanges , que l’Expe.- r.encc fait donner au Bezoar par la Medicine» Car qui eft ce qui vou- droit avaler pour de la Poudre de Bezoar, de la Laine, mêlée avec des Alimens mâchas ? La Subibance du véritable Bezoar n’a nul Rapport avec celle des ^egagropilâ^ ou Boules de Poil; le premier étant
corn-
TAB. XXXIH. .Une Boule de Poil- 77
iompofé de Parties terreflres & l’s^utre de Poil & d'AÜmens ma-- chés.
Ce qu’il y a de plus rare dans cette Obfervation , c’eft prémiërc- ment le Nombre des Boules dans une aulli jeune Bête qu’un Agneau de neuf Mois, fecondement , qu’elles aient, pû s’y tenir, fans lui faire Mal; en troiflème Lieu, la Beauté, la Rondeur & l’Uni de leur Figure, & en quatrième Lieu, qu’on ne fauroit produire que peu ou point du tout d’Exempîes, qu’on ait jamais trouvé de pareilles Boules dans aucun Agneau. Car Monficur k Confeiller Trew m’a lui mêmealTuréi malgré les Leélures immenfes de ce fameux Naturalise, qu’il n’avoit jamais vûunfeul Exemple de Boule d’Agneau. Il eft auflî remarquable, que de Mémoire d’Homme le Cas n’a pas encore exifté, que dans tout le Corps des Bouchers, il y en ait un feul qui en eût eu une entre les Mains, ou qui eût tué un feul Agneau qui eût de telles Boules.
Explication de l’Eftampe XXXIII.
La ^ imière Figure répréfente la Boule dans fa Figure, Groireut & Couleur naturelles.
La kconde en marque un Quartier, pour en faire voir l’EpailTcur de l’Ecorce, & le Feutre intèrne, compofé de Laine courte mâchée.
a) efl un petit Morceau de cette Laine confidéré l’Oeil nud,
b) le même confidéré par la Loupe,
La troifième Figure montre un petit Morceau de la même Laife tiré d’après le Verre microfeopique Nro. i) où les petites Particules font voir les Alimens mâchés.
La quatrième Figure défigne un feul Brin de cette Laine |^amîné & delliné d’après Nio. oc. qui cû le dernier Degré de GroflilTement.
K 3
Note.
78
TAB. XXXIÏÎ, Une Boule de PoiL î*îote.
Pour rendre cette Obfervation plus complette, je m’en vai Vous donner un Extrait de la dernière Lettre, que j’ai reçue de Monfîeur le Confeiller intime Wagner de Bayreuth:
„ Son Alteffe Séréniflîme m’a fait remettre aujourd^’hui la Boule ,, que Vous Lui ayés envoïée, afinqu’elle foit mife dans le Cabinet J, des Curiofités naturelles. Elle eft très belle & fi fa Gravûre n’ ,, entre point dans Vos Amufemens mîcrofcopîques; je Vous prie de J, m’en cnvoïer une Copie. Vous Voustrompés de croire, qu’il n’cxifte ,, point de telles Boules d’Agneaux ; car il y en a une dans nôtre ,, Cabinet, fortie de l’Eftomac d’une de ces Bêtes ; cependant celles „ de Nuremberg l’emportent de .beaucoup pour leur Qiiantité & pour 3, l’Exaélitude de leur Rondeur bayreuth ce i6. Février 176 J.
D. P. C. Wagntr^
Javouc que le peu de Tems que j’ai été dans le Cabinet des Curio- fités naturelles du Marggrave de Bayreuth, & que j’ai été obligé d’em- ploier à d’autres Affaires, ne m’a pas permis de remarquer fi exaéle- ment cette Boule parmi une Infinité d’autres Curiofités, non obfiant que j’y ai eu entre les Mains tant d’autres Balles de Lac & de Mèr, de Boules de Poil, à' Aegagropla & de Be^oar de différens Animaux.
Avec tout cela, puifqu’il n’efi; fait mille part Mention de cette Bou- le d’Agneau, & que même dans \q grand Tréfor dê la Nature de Seba^ ni dans aucun autre Ouvrage de cette Nature, il ne s’en trouve ni Delfein ni Indice, bien que d’ailleurs prefque toutes les autres Efpèces cor- nues de Boules, de Balles de Bczoar y foient defiinées & décrites; ce- ci ne laiffç^as d’être une Rareté & un Cas étrange que d’avoir trouvé quinze de ces Boules dans un Agneau de neuf Mois, je fuis &c.
LE T.
TAB.XXXIV. LeBoïau delaPonte &c. TAB.XXXV.LaCornée &c. 79
lettre XVII.
Le Hazard m’a fait naître l’Occafion de Vous préfcnter dans cette
TABLE XXXIV.
Le Boïau de la Ponte d’une Mouche femelle.
Dans mon Edition allemande, j’ai fait une Méprife en donnant cet Organe pour le Aîmbre-viril delà Mouche, puisqu’en Effet il y reffem- ble plutôt qu’à un Bdiau de Ponte» Mais aïant bien- tôt après reconnu mon Erreur, je me vois obligé de la faire remarquer ici & de corriger une Faute fi aifée à faire. En Confequence, il faut que je dife que rObfervation de cette Table XXXIV, eft celle d’un Bdiau de la Ponte d'une Mouche femelle. 11 eft de l’Homme de fe méprendre, & qui eft ce, à qui cela n’eft jamais arrivé’. Le premier Coup d’Oeil, jetté fur le dehojs de ce Membre, pourra induire à Erreur auffi bien que moi , tel autre qui ne fe donnera pas la Peine de difféquer toute la Mouche & d’en exa. miner les Parties internes.
La Gravure qui répréfente fur cette
•
TABLE XXXV.
La Cornée d’un Oeil de Mouche,
a été vue par Nro. 3. dont la Lentille n’a pas fait diflingucr les PJex-go.
n’aïant répréfeoté que des Figures ovales dans des Q^arrés oblongs ou en Lofange, telles qu’en ont effeélivement les Cornées des Ecrevif- fes dans les plus hauts Groffilfemens ; ainfi qu’indique Fig. d''. Mais qu’on prenne Nro, o. ou 00. alors les Hexagones fe produifTent très ré- guliers emboîtés dans une Rame étroite. Vous eu voïe's, mon Cher, fur cette Table la Grandeur naturelle dans a) & dans b) le Grof/JJèmtnt ptiï Nro. 3. La Bordure brune efî: un peu de la Peau de la Tête; & ks jiexigones que j’ai marqués d’un c) reprefentent, comme j ai dit, leGr©/- fijjement par Nro 00.
Aïant
$0
TAB. XXXV. La Cornée d^^un Oeil de Mouche.
Aïant inféré dans la LVl.Table de la adcPartie prefque ta)ut ce qui re- garde la Cornée & ks Veux des hfeües y Vous trouverés bon que je Vous y renvoie; en y joignant cet Avis. Ne faites pas Attention quand mê- ffiie Vous verrés ces Hexagones tantôt rélevés, tantôt enfoncés. Ce Changement vient de ce que c’eft une Cornée, qui ne peut pas toujours être mife bien tendue fur le Verre, & qifelle y eft tantôt plus haute tantôt plus balTe, De là vient que Vous voïés de petites Enfonçures en Forme de petits Plats, lorfqu'on la confidëre par dedans du Côté de Ÿüvée, Par contre il paroît de petits demi Globes, quand elle eft exa- minée par fa Surface externe.
Au relie l’on diroit, que la Nature dans la Produélîon de Qu^antité de fes Ouvrages ait choifi l’Hexagone préférablement à d’autres Figu- res de Géométrie. Nous pouvons nous en convaincre par la fimpic Vue non feulement en diverfes Efpéces des Criftaux, de Sels & d’autre Minéraux, kirtoutdans les Topafes, mais nous levoïons encore à l’Ai- de du Microfeope, dans le Régné des Animaux & des Plantes, & de leurs Membres & Parties. Car la plupart des Tuïaiix à Moiiie ou des Tiges des Fleurs, des ArbrilTeaux, .& même de bien des Arbres p. e. duTournefol, du Chardon, de l’Ortie, du Jonc, de la Bardane, du Blé, du Chervi, de l’Ecorce noire, de l’Armoife, du Chanvre^ & du Calmiis ; comme auffi la M'oille de Sarment, de jeimes Rameaux d’O- îivier, de Sapin, de Chêne & de Noïer, font compofés de Cellules ou de yejfies Hexagones.
La Cornée des Yeux de la Plupart des Infeéles, comme des Abeil- les, Guêpes, Bourdons, Frelons, Confins, Moucherons, DemoifelJes & Hannetons, de même que les Cellules S:îesNids des Abeilles, Bour- dons & Guêpes pareillement les groflés Côtes des Plumes ; mais non pas ks Tuïaux des Plumes d’Oie & d’autre Volaille, car je n’e.&tends parler, que ée cette grolTe Partk moiileufe, à laquelle tien le Duvèt;
parti-
TAB XXXVI. Une Tête entière de Mouche.
«I
particulièrement le Poil du Chevreil & de la Chevrette* efjt tout com- pofe de VailTeaux & de particules Hexagones très- diflinèles. Je pafle tant d’autres Objets Tous Silence, tels que le Coquillage & Les Ecailles de PoifTon &c. Mais, pour Vous faire voir comment fe préfente la Corne'e de l’Oeil même d’uneMouche enVie par unGroflilTemcnt médiocre, ec que Vous aurésfans DoutcalTés fouventobfervé, je Yousâidelfinéfur cette
TABLE XXX VT
Une Tête entière de Mouche
Seulement du Côté où il n’y a que l'Oeil droit, qui parott; afin qifon puilTe voir la Trompe, & les autres Parties de cette Tête fi avantageu- sement parée. Ce fut cette Mouche, qui fut la prémrère MeiTagère, qui vint dans ma Chambre m’annoncer i’Aproche du Printems. Elle bourdonna au tour de moi jusques à la Nuit, & à peine eut-on allumé la Chandelle, qu’elle fê la ifia leurrer par la Lumière , & vint fe brûler une de fes Aîles^ de forte qu’elle fe lailTa tomber devant moi fur la Table, s’oifrant, pour ainfi dire, d’elle même à une Obfervation microfeopi- que, que j’avois fi long-tems fouhaitée.
Je prelTai fur le Champ deux de fes Pies dahî une de ces petites Pinces, qu’on nomme Pié de Bich;, & je la mis ainfi devant leMicrofco- pe -en forme de Compas avec le Miroir concave d’Argent & le Miroir de dé^ous de 'Réflexion. Pour la première Obfervation , je pris Nro. 6. pout pouvoir voir la Mouche entière. J’apperqus d’abord une Blan- cheur toute particulière, que je n’avois encore jamais vu qu’en très peu de Mouches. Surtout le Collier & le Perrière de la Téterdtoient tout blancs & ornés de Taches noires. Mais avant que de Vous en dire davan- tage de cejColIier, je m’en val Vous expliquer cette Table, trente fixième.
A) ré-
Vüïés Tab. XLIX. III. Tom»
L
TAB. XXXVL Une Tête entière de Mouche.
A.) répréfente la Tête entière parNro. 5-,. où a) dénote la llace de la Langue ou de la Trompe, b) le Nerf, qui tient au delFous de la Lairgue, & avec lequel la Mouche tient un pevi de Sucre, que )e lui avois laifTé tomber fur la Langue, c) montre la première Paire de petits Crochets, â) la Paire d’en Haut plus greffe, qui font dans le defTous de la Gueule k) & qui feinblent embraffer ou tenir la Langue e) e fl: un ^OMrro/f^, que je tiens pour la Levre de deffus de la Bouche, f) & g) font une Paire de Par* ties, que je ne connois point, & qui fervent peut-être àl’Odorat. Sur les deux Couffins de devant f) g) qui fe terminent un peu en Pointe, font Plantées les deux Anténes, & derrière celles-ci font encore deux Parties plus rondes, desquelles je vis fortir un Suc rouge de même que de f) g), kj Eft, comme je viens de dire, le dejfous de la Bouche, & 1) eflun Couffin blanc, bien garni de Poil, lequel environne i’Oeil m).
B) répréfente la Trompe de la Mouche, groffie par Nro. 4. qui cfl droit devant elle & fe préfente retirée.
C) marque là même 5 ce que reffembient fes deux Lchbes, dont celle de deffus * pend en bas, & a à fon Extrémité le Crochet avec le- quel elle tient quelque Chofe,
D) fait eonnoître comment eette Langue partagée , fe rejoint , & comment cette Partie pendante fe rétire enhaut, où la petitf,Etoik maroue encore le Crochet, Enfin
4
E) montre la Trompe entièrement fermée, avec le Crochet, qui eft d’ordinaire fous cette Trompe & qui ne fort, que lorfqu’il s’agit de prendre ou de retenir ce qui tombe fur le deffus de la Langue.
J’ai va avec Plaiffr le Mouvement de ce Crochet, car à peine avois je mis, à l’Aide d’un Pinceau à Poil, un peu de Sucre fur la Langue de It Mouche prife, qu’elle fortit ce Crochet, le pofa furie Sucre, & le
retint
TAB. XXXVII. La Tête emiere de la Mouche par derrière, &c. Si
rcdnt, jufqu'â ce qu’il fût entièrement fondu, & fuccé par la Fente qui traverfe les deux: Lobbes de la Langue. Mais pendant que la Mouche raangeoit le Sucre, je voiois coulera travées les quatre Partieuks en Forme de Coulfins f) g) i) tantôt un SucUanc^ tantôt unroage, plu* mince qu’un Cheveu.
Là delTus Je tournai la Mouche, J’examinai la Tête du Côté du Dos, Vous trouverés donc dans cette
TABLE XXXVIÏ.
La Tête entière de la Mouche par derrière, avec leCollieL
Une autre Fois je Vous enverrai la Mouche entière^ mais gra- vée plus en petit. Pour le Coup Vous Vous contenterés de la Moitié.
Vous voïés dans a) le Collier blanc avec fes Taches brun clair. Sur il Tête b) où J’ai ménagé ie« deux Teux c) avec leur Bordure, eft la Trompe au Langue d) un peu relevée & les deux Amènes e); pofées fur les deux Couffins dont l’Ufagc m’eft inconnu, mais qui peuvent fc dilater ou condenfer par le Moïen de l’Air, comme des Vedîes. Ils étoient ren- fermés dans une Bordure en Forme de Coeur, compofée de Poil noir, c) Montre encore ks deux îîwar avec leur Cofiîéc, tilTue en Rézeau & leur Bordure de Foü. Dans f) J’ai vu encore trois Verrues^ noir-lui- fant, fur chacune defquclles étoit aulTi un Peil noir, roide, droit, poin- tu, Elles formoient un Triangle* Peut-être ces trois Verrues ont-elles été prifes par certaines Gens pour autant d’Yeux.
Mais à quoi bon, que la Mouche eût encore 3* Yeux outre les deux ordinaires; puifquc chaque Oeil efi compofé depluûeurs Mille autres petits Yeux par lefquels elle peut voir par en haut, par en bas, par devant, & par derrière & obferver tout ce dont elle a befoin ? Jai donc Sujet de douter de ces, trois Yeux fupcrflusàla Mouche, & de croire, qu’eüe n’en a pas cinq mais deux feulement, g) Eû le bas du Derrière
L X de
84
TAB XXXVII. La Tête entière
àt la 7ête, au deffous de laquelle eft le Cou mince & court h) , pofé fur la Toitrine entre les Parties du Collier a). Ce bas de la Tête, de même que les Parties du Collier en Forme de Coeur, font bien garnies de Poil noir bien roide; mais le Collier 3.) eft de trois Pièces & orné de Bandes ou de Taches brun-clair, qui donnent un fort bel Air à la Mouche, mais feulement à travèrs le Microfcope.
' Cette Obfervation me rappelle, que le Vulgaire croit, qu’il s’en- gendre des Vers dans les Plaies pourries & purulentes des Hommes. H eft même des Moqueurs qui vont, jufqu’à les regarder comme un ju- fte Châtiment de Dieu, & l’Homme qui en eft affligé, comme condam- né à être rongé tout vif par lés Vers.
L’on nefauroit difeonvenir, que les Chirurgiens ne voient des V’ers ÇAcarid) dans les Ulcères purulens, & queLcuwcnhoeck n’en fafte Men- tion dans fa première Partie !1 ne s’enfuit pas cependant, qu’ils naif- fent de la Pourriture & du Pus Rien n’cftplus certain, qu’ils viennent de la Saleté, de la Malpropreté àpanfer ces Plaïes, en ce qu’ou l’on nelave & netoïe pas bien rUIcére nnême, ouqir’on fefert trop long-tcms des mêmes Linges pour Appareils. Car il n’y a pas l'ndroif où la Mouche aime mieux pondre fes çeufs=que furlesUlcères,oùleurs Petits, qui nefont que des Vers, trouvent la meilleure Nourriture. A peine croïés • Vous qu’une Mouche fe füit pofée delTus, qu’elle a déjà pondu fes Oeufs, & avec quelle Facfité ne peut-e le pas les pondre fur un Valade furtout qui n’a guère dequoi fe faire fervir & foigner ? j’ai déclaré, je ne fais combien de Fois, que je ne faurois croire, que k Pourriture puifle produire des Créatures vivantes 5 &: forti- fié dans cette Créance par une Infinité d’Experiences nouvelles, j’yper- fifterai le Pvcfte de mes Jours,
Mais pour revenir à la Mouche, la Fécondité prodigieufe d’un !n- fé<ftc fi vil à nos Yeux, mérite quelque Attention. Une Mouche fe melle porte fouvent plus de cent Oeufs. J’ai même trouvé dans fon
Corps
de la Mouche par derrière avec le Coller. gç
Corps des Vers éclos & vivans. Le même Jour, que les Oeufs étoient pondus, il en fortoit de petits VermilTeaux jaunes, lefquels après être parvenus à la Longueur d’un Ongle de Doigt d’Homme, & à leur jufte GrolTeur pour la Métamorphofe, fe cachoient enfin dans un Coin, fe rétiroient & alloient toujours en grofifilTant, jufqu’à ce qu'ils enflent pris leur Forme de Chryfalide. Leur Coque devient d’abord jaune, puis rouge, & enfin rouge foncé, laquelle Couleur annonce leur pro- chaine Sortie; ceci arrive au Bout de 15. Jours.
Suppofé donc que de 143. Oeufs éclos la Moitié foit des Femelles, dont chacune produife encore jqo. Oeufs, 70. Mouches femelles pro- duiront au fécond Mois 9800, Mouches; au troifiéme, de 4900. Fe- melles 690900. & au fixièmeMois cela fera 2^53945^ 52/. Mouches. Ré- flechiflés dont fur cette Infinité de Mouches, & conclues en à Celui qui les a créées & le nourrit avec l’Univerfalité des Habitans des Airs, qui échapent en Partie à la Vûe, pour ne rien dire des autres Créatures grandes & petites.
Vous ne fauriés Vous faire d’Amufement plus agréable, dans V’’os Diverfions phiuques, que de faire apparier une Paire de Mouches fous Vôtre Cloche Oeconomique. Désque la Femelle aura fait fes Oeufs; ôtés en le Père & la Mère , & tenés de la Pâture prête, pour les En- fans qui vont éclore. La meilleure eft de la Chair fans Graifle, qui foit un peu vieille & qui commence à fe corrompre, 11 n en faut que de la Grofleur d’une Mollette 2. Fois par Jour le Matin & le Soir. Désqu’ils feront trop gros, pour avoir de la Place fous le Verre Oeco- nomique; mettes en aut'.nt que Vous voud^és en laifler vivre, fur une Feuille de Papier & couvrés les'd’une plus grande Cloche de Verre, qui ait une petite Ouverture par en haut. Ainfi Vous pourrés attendre leur Métamorphofe, Les Vers devenus grands, chercheront pour fe cacher tous les Coins, ou plutôt parcourront tout le Verre, & enfin (ê
tien*
'g.'S' TAB.XXXVH. LaTêteentièretîelaMoucliepar derrière &c.
tiendront en Repos, ne mangeront plus & Ct retireront pour devenir Chryfalides^ Que fi Vous voulés fuivre la Nattwe Pas à Pas, Vous pourrés ouvrir une Cîiryfalide après, l’autre. La Première le huitiènie Jour, la Seconde k neuvième; la Troifième k dixiéme; la Quatrième le Onzième; la Cinquième k douzième; la Sixiénae le treizième; & U Septième k qua-torfième Jour, pour ubferver k Changement, qui «’efl fait chaque ^our dans la Chryfaâide. Ce qui enreftera, éclora k if. ou k i6, Alors obfervés kjs de près. Vous pouvés mettre la Cloche de côté jufqu’à ce que les nouveaux ■Hôtes veuillent commencer à s’en- voler, Ici s’ouvre ie Devant de la Chryfalide, Il en fort un Ver ï fix Fiés, fans Ailes. lUéve la Tête, remue-d'ah.ord la Trompeou la Lan- gue, .& la tire en avant Puis il lève un Piè après Tautre, .& les palTe par .defTus la Tête & le Dos. Les Anténes fe dreffent enfuite; & enfin l’on voit remuer au deffous du Cou, fur le Dos deux petites Veifies enmpncelèes. Ce font les Ailes, qui reffemblent à un Mouchoir chû fonné dans la Main. Elles vont en augmentant en Hauteur Zi -en Lar- geur, Prends alors la Loupe, & Vous verrès tous ks FJForts que fait la Mouche pour fe procurer l’Ufage de ces Parties , qui lui font fi né- jcelfaires & fi précieufes. Cependant elle croifo fouvent ksPiès de der- rière avec ceux de devant, les frotte les uns contre les autres, skn netoïe,.& cneft aus fi affairée, qu^e l’eft un Fier à bras avec fon Epée. £q attendant ks Ailes fe développent ; la Mouche les étend l’une après l’autre, tantôt en derriérc,tantôteîîhaut, tantôt à Côté pour ksfécher. à l’Air, Car tout le Corps eft mouiUé au Sortir de là Cfiryfalide. Les Kerfs font-ils en Etat & les Ailes féches; elle hazar.de fon prémier Vol, qui cftà peine de la Hauteur d'un Empan; ^ufqu’à ce qu'au Bout d’un Qiwrt d’Heurc tout le Corps flotc enfin dans l’Air,
Mais Je crois qu’il eû tems de finir ma Lettre, Portés Vous
bien*
LET-
TAB. XXXVIIL Une petite Lame d’OrfîîT^ ' 87
LETTRE XVni
Voici de VOrî mars noir pas pt)ur renrplir Vos Gofres de ce Dieu de ce Mondcy mais pour une Obfervation miGrofeopique, Cette Obfcf* ration m’a coûté de la Peine ; & je préfume qu’elle ne Vous en coûte- ra pas moins jufqu’à ce que Vous aïés bien remarqué les Particules de la Confiftance de ce riche Méta^l. Le DciTein que j’ai l’honneur de Vous envoïer , auquel je eonfacre cette Lettre & qui Vous répréfente dans cette
TABLE XXXVIIt Une petite Lame d’Or fin
n’a pas grande Apparence; mais il contient un Fxperiment, qui porte tant de Garaéléres de Vraiferablence ; qu’il femble qu’on en peut tirer une Conféquence générale pour tous les autres Métaux.
■^e me tla trois d’abord de Vous envoïer tant de belles Ghofes fur îc Capitre des Métaux & des Recherches rakrofeopique de même que fur l’Or, aulTi fur PArgeni, le Cuivre, le Ter, i’Etam & le Plomb; mais je me fuis trompé dans une Partie de mes Efpérances, Car dans les autres Métaux, je n’ai vû que ce que j’ai trouvé dans l’Or. Ils fe font tous préfentés à ma Vue fous le Microfeope , obfcurs & oh noirs ou bruiYSt Quel Plaiùr Vous aurois-je fait de Vous envoïér une demi-dou- 2aine de Taches noires, brunes ou pâles, gravées fur une Feuille de Papier? j’aime donc mieux Vous en envoïer la Défcripfion que la Gra- vure-, après avoir examiné foigneufent tous les Métaux , qui peuvent être battus.
VOrfin^ quand on en tient une petite Lame contre le Jour, paroît Couleur d’Aeier ou verd bluâcre, 11 confifie en petits Grains de Figu- re ovale, lefquels redembient à de la Poudre à tirer. Comme l’Or
fin
n
TAB. XXXVIIÏ. Une petite Lame d’Or fin.
fin s’étend èc fe peut battre le plus mince; Ces Grains ie font plus di- fiiinélement remarquer dans l’Or, que dans quelque Métal que ce foit; quoi qu’il y faut emploïer le Nro. op qui efl: le plus hautG/olfilTement.
U/îrgefity qui ne fc bat pas fi mince, ne préfente pas non plus fes Parties de Confiftance aulli clairement que l’Or. Cependant U eft cer- tain, qu’on peut à la fin aufii obferver & remarquer dans l’Argent les mêmes Grains que dans l’Or, pourvu qu’on veuille fe donner les Peines nécefl'aires, pour les chercher.
Les Moïens de les trouver, font les fuivans : II faut d’abord, ainfi que je l’ai infinué fe fervir 4u Nro. oo. Puis il faut l’examiner fur les Bords, ou là où il efl le plus mince & le plus tranfparent, principale- ment, où il a des Trous c)u de Fentes ; par ce que ces Grains fe font le mieux connoître :yers la Périphérie. Enfuite il faut choifîr un Jour bien clair, ou faire ,cette Obferyation à ,1a Clarté .d’tme Couple de Bougies.
De forte qu’après bien des Obrervations reïterées de même que fur le Cuivre, ie Plomb & l’Etain, j’ai .trouvé, expérimenté & admis cornme une Vérité phifique, c[ue les A^etaux y du moins ceux que tes Orfèvres peu- vent battre ^ étendre, confifient en des Particules très petites, ^feulement perce- ptibles à l’aide du Microfeope dans fon plus haut Point', lefquelles rejjèmblent à la Poudre à tirer, Fÿ qui tiennent extrêmement fort en femble.
Je n’ki pû examiner ni l’Acier nile Fèrr; n’aïant pii trouver le Moïen d’avoir des .Lames de ces Métaux, qui fulTent nufii minces que des La- mes d’Or ou d’Argent. Mais par l’Analogie, l’on en peut vraifcmbla- blement croire, ce que j’en ai conclu & dit touchant l’Or, l’Argent, le Cuivre & l'Etain. Les Ouvriers qui travaillent en Fèr & en Acier, ont coutume de dire quand le Métal bon, que le iJraîn ei: eft fin. Et lorf- qu’on examine une Particule, de Fér ou d’Acier fous le Microfeope com- pofé ou fous le Microfeope en Forme de Compas, par le Moïen du Mi- roir concave d’Argent, l’on peut voir, banque pas fi diflinélement que
dans
TAB.XXXÎX. Deux Bouts de Fils d'or.
^9
dans l’Or & l’Argent, qu’il eft compofé de petites Boules rondes. Mais il faut pour cela tâcher d’avoir du Fér bien fondu & bien pur, ou en- core mieux du Fèr battu, qui n’aît aucune Particule terreftre; autrement l’on peut prendre le Change & regarder des Particules de Terre, ou des Grains de Sable, pour des Grains de Fèr. Car tout le Monde fait, que le Fèr porte Quantité de Particules de Terre & de Soûifrc, ce qui fe vérifie par ces Etincelles qui en tombent comme des Ecailles, lorfqu’on bat le Fèr tandis qu’il eft rouge. La petite Lame d’Or que j’examine dans cette Table 38. eft marquée de Grandeur naturel- le a) &groflkb). Les Taches blanches îoM. ks Trous qu'on a fait en bat- tant; pour les Veines noir-bluâtres , je les tiens pour les Plis & ks Ri- des, lefquelles dans k Travail fe font pliflées & poféesies unes fus les autres. Les Parties de Confiftance ou ks Globules de l’Or qui corapo- fent ce précieux Métal, de même que l’Argent, ie Cuivre &c. fe voient non feulement tout à l’Entour & au Bord des Trous; mais encore Vous tfouverés dans c) une Particule, qui eft toute compofée de ces Grains.
Enfin je pris aufli en Main un Bout de Fil d’Or, que je coupai en deux Parties égales, & j« l’examinai par Nro^ 3. oiais les Fils de Soïe par Nro, L Je Vous donne fur cette
TABLE XXXrX.!
Deux Bouts de Fil d’Or
de la Façon que j’en ai trouvé dans le Microfeope ks particules, dont ^) préfente la Grandeur naturelle^ Obfervation quife faitkplus fûre- ment fous k Microfeope compofé, en y affermifTant k Miroir d’Argent^ qui éclaire par le haut.
D’abord je m’apperçus que k Bout de Soie b) autrement fi fin , fe préfentoit comme une Ficelle ou une Corde tordue, environnée d’une Lame d'Or c) & qu’il étoit compofé de Quantité d’autres Fils d). Mais lll. Tom, M ces
5)0
TAB. XXXIX. Deux Bouts de Fil d’Or.
CCS Fils d) ne font que les Filets fimples, que file le Ver à Soïe, & qui tordus enfemble par les Mains des Fileufes, deviennent ce que nous ap- pelions Fil de Soïe, La Lame d’Or dont cette Echevette eft entourée, & qui relTemblc à une jPlaque d’Or battu, n’eft point d’Or pur ; mais feulement d’ Argent couvert d’Or, comme Vous fave's. Mais il n’entre point dans cet Ouvrage de i’Or battu aufii fin, que celui de la Lame, que j’ai répréfentee Table 38. Car le Batteur d’Or n’a Befoin que de faire 4. Lames d’un Ducat, pour d’orer l’Argent, & 14. d’une demi-Once d’Argent, pour argenter le Cuivre, au Lieu qu’autrerr.ent on en bat plus de trois cens d’un Ducat. De cet Or l’on garnit par un Secret particulier une Barre d’Argent de l’Epailfeur de plus d un Pou- ce* Et bien que dans la Suite l’on en fade un Fil aufli mince qu’un Cheveu, à Force de le tirer par divers Trous l’un toujours plus étroit que l’autre 3 i’Or demeure toujours fur le Fil, comme l’Argent fur le Cuivre.
Qi^e s’il s’agit de dorer ou d’argenter du Cuivre, cela s’appelle faire de l'Ouvrage de L^o«: félonies Apparences, pareeque cet Art a été inventé à Lyon & porté à Nuremberg par quelque Réfugié, Si c’efi du Cuivre, qu’il faille dorer, il en faut argenter la Barre &puis mettre rOr fur r.Argenture, avant que de le livrer aux Tireurs d’Or & d’Ar- gent à la Lyonnoife.
Je remarque tout ceci pour Vous faire voir jufqu’oti Peut aller i’Eîafticité &.Ia SouplelTe de l’Or. Car il fe peut étendre, jufqu’àpou- voir battre d’un Ducat plus de 300. Lames, que l’on peut tirer plu- fieurs Centaines d’Aunes, de Sorte qu’on en peut garnir & dorer une Surface de 15* Pics de Long ou un Quarré de cinq Piés.
Mais, Mon Cher,, pour Vous donner encore ici quelque Chofe du Regnedes Plantes & de» Végétaux, je Vous préfente fur la
TA-
TAB XL. Un Morceau de Sapin blanc coupé perpendiculairement. 9 1
TABLE XL.
Un Morceau de Sapin bl me coupé perpendiculairement.
Mais avant que de Vous communiquer cette Obfcrvation, il faut que je Vous dife, ce qui m’eft arrivé à fon Occafion. Il y a environ trois Ans, que l’on m’envoïa ce Coupe^ubien enfermé dans deux Plateaux de Verre, & qu’on me dit que c’étoit du 7remble de Hongrie. A peine eus-je jetté les Yeux fur cet Objet, que je me misa douter, & que je le montrai dans la Suite à un Ami quim’avoit procuré bien des Sortes de Lapis fpecalarU^ de Selenites & d’autres Fociles àFilamens; mais comme aucun ne reflembloit à moirObjct, je le delîinai à la Vérité, mais puis je le lailTai là.
Il y a quelques Semaines qu’étant obligé de feuilleter les Oeuvres incomparables de Malpichius, j’apperçus à cette Occalion & par Hazard dans fon Anatomie des Plantes fur la VI. Eflampe, la Figure 25. qui avoir beaucoup de Rapport avec mon DeiTein de ci-defius. Je Je cherchai fur le Champ & vis que la Gravure de Malpichius lui relTembloit beaffl- coup. Et comme en continuant de lire , je vis qu’il parloit du Bois de Sapin; je me rappellai avoir vû quelque Chofe de tel dans Leuwen- hoeck, tiuoique de toute une autre Façon, Je confultai auffi cct Au- teur; mais fy trouvai un Deffein tout dilTembiable, & qui n'y avait pas le moindre Rapport,
Que faire? 11 ne me refloit naturellement d’autre RelTource , que de mettre moi-même la Main à rOeuvre, Je découpai bien vingt à Trente Coupeaux, avant que d’en avoir un alTés mince, pour en faire l’Ufage que je fouhaitois, Malpichius avoit vû & dclHné jufte, & il faut qu’il fe foit fervir de Nro, o. à moins qu’il n’aît trop grolfi fon Delfein.
Mais pourquoi eR ce que Leuwenhoeck a vu autrement ? Ne le condamnés pas encore. J’ai trouvé Moïen de le juftifier. il avoit del^
M 2 fine
pi TAB. XL. Un Morceau de Sapin blanc coupe perpendiculairement.
fine un Coupeau pris de travèrs ou horizontalement^ mais Malpichius avoir pris & delTiné le Sien en Ligne perpendiculaire.
Mais pour venir à la Défcription de cette quatrième Table;
a) marque la Grandeur naturelle du Coupeau;
b) fon GroflilTement par Nro. 4. du Verre anglois. L’on y voit divers f'aijjeâux^ c’eft à dire
c) ceux qui palTant horizontalement, entrelacent les perpendiculai- res, appelle's Utriculiy par Malpighius, & remplis de Globules de
Seve ;
d) les Perpendiculaires, qui font de deux Sortes, favoir les Trachées & les Fiftules ou Tuïaux à Sève, qu’j on prétend être les véritables Parties du Bois. Les Trachées font en dedans des Globules, qui refîemblent à des Ampoules d’Air, que Malpighius nomme Tumeurs; mais les Fiftules font au deffus & au delTous des Trachées, Pour rendre cela plus fenfible, j’ai defîîné un ou deux de ces VailTeaux par Nro, 00,
h) font les Trachées avec leurs VailTeaux en Ampoules i)
k) font les Fifiules ou Tuïaux à Sève ou de Bois, qui prelTent par def- fus & delTous les Trachées, & forment les Angles m);
l) eft une de ces Trachées fans Ampoule ^ pour Vous bien mettre de- vant les Yeux combien elle eft mince & tranfparente. Malpighius en dit : Hat argenteis lamînulis contextae a lateribus fubrotundos emittunt tumores^ Je fuis ravi que ce Savant ait lui- même fait Mention de cet Eclat argentin, que j’ai remarqué dans ce Bois avec tant de Surprife,
ai) dénote les Angles^ que Malpighius a auftî remarqués au Jufte, & qui font formés par les Fiftules k). Pour
St) ce font les grandes Ouvertures, qu’on voit ça & là dans les Tra- chées & qui peuvent bien être des Pores;
o) font
Réponfe ’à qûelques Objections. 5^
o) font une Couple de raijjèaux, Tuïaux, ou ütricules qui palfent Orf- zontalement*, qu’on a marqués c) dans la Figure b; & qui con- tiennent une Infinité de Globules;
p) cfl: une Figure, que j’ai ajoutée, pour Vous faire comprendre comme je m’y prends pour avoir un Coupeau en Ligne perpendiculaire^ Gar je ne le coupe pas de la Surface rabbotteufe d’une Bûche; mais je le prends dé Tes Angles le plus aigus, après en avoir coupe une Pièce groflière, laquelle je rejette, pour en avoir enfuite une plus fine. Le préfent Morceau de Bois étoit traverfé par le Milieu, d’unTuîau à Moille, que je fortis Sc duquel, aufli bien que du Sillon où il étoit renfermé, qui était très uni & d’une Peau très tendre, je tirai les Morceaux les plus fins , des Endroits marques ici par des Etoiles. Malpighius tient ce Bois pour le plus difficile à obfcrver. Pag. 27. Loc. cit, Oè fuarum particularum exiguitatem ^ luciditatem Ahietis ^ Cuprejfus ligntm difflciüimae eft indagms Ç^c. Au prémier Jour Vous aurés un Morceau de ce Bois coupé en Tra- vers, * lequel Vous accommodera peut être mieux. Je fuis &c,
LETTRE XIX.
qui eft une Re'ponfe à quelques Objedionr.
Je Vous fuis infiniment obligé, de m’avoir communiqué dans Vôtre dernière les Objeélions qu’a fait Vôtre Ami fur mesPenfées fugitives de l’Immortalité de l’Ame, lefquelles cependant n’entrent' que caufuelle- mens dans mon Sujet.
Je m’en vai l’expedier en peu de Mots, fans m’engager à répondre à l’Avenir à de pareilles Objeélions.
La Prémiére qui eft, qu’on ne peut point prendre de^ la Alétamorpbofe des InfeBes pour une Preuve de la RelureUion; pareeque la benille ne meurt point fendant ce Changement, cû auffiufée quefuperflue. Swammerdamenadit au-
M 5 tant
• Voies Tab. XLIII.
^4 Réponfe
tant dans fa Bible de la Nature; & je n’ai pas pre'tendu Vous obliger à recevoir cette Opinion comme une Preuve fans Réplique. Autant que ceia eR vrai, autant l’eft-il que cette Métamorphofe admirable fert de Preuve de i’infuüifance de nôtre Entendement, quand il s’agit d’expli. quer, comment il arrive, qu’il y ait déjà dans la Chenille les Parties, qui doivent entrer dans la Formation future du Papillon ; com- ment ces Parties ne naiflent fous la Peau de la Chenille, que lorfqu’ elle eft mûre pour la Métamorphofe; & de quelle façon la nouvelle Créature fe forme ou le développe dans la Chryfalide.
Mais ce n’eû: pas dans la Nature le feul Objet, qq^^^oppofe à nos ConnoifTancc fon non plus ultra, 11 y en a Quantité d'autres, qui m’ont fait conclure , quj diant .tant de Cèofes natuuües y qui demeurent cachées à rEfprit ^ à la Raifan^ ^ que ni l’un mtautre ne fauroit comprendre^ iifalloit qu’il leur fut encore bien plus obfcar ^ p’us di^cüe de pénétrer k Miftère ou mê- me la Pojrihiliti de la RefarreBim ou de t Immortalité,
Auffi peu donc, que celui-là raifonne jufte, qui nie le Mouvement delà Terre; par ce qu’il ne peut ni le voir ni le fentir; auffi foiblement & avec moins de lufteffie agiffient, félon moi, ceux qui nient abfoiument l’Immortalité de fAme humaiae ou fa future Recomparution, faute de la pouvoir comprendre.
’Pitoïable .Raifonnement! Telle & telle Ch ofe eR tellement audeffiis de nu Poïfée, que je n’y comprends rien; donc elle n’c fl ni vraie ni poffible.*
La Sageffe éternelle ne peut elle pas s^étre refervé des Voies & des Moïens, qui doivent nous demeurer inconnus ? Ou le Créateur cfl-il obligé & tenu de nous communiquer fa Toute. SageiTe ? Sommes-nous les plus parfaits Ouvrages de fes Mains ? & ne favons-nous pas
par la Dodrine des Efprits, qu’il a créé des Etres de beaucoup plus purs, qui défirent pouvoir jetter un feul Coup d’Geîl dans le Miflère de rEternité?
Cet
à quelques. Objeftïons. ■ 95*
C’eft un grand Orgueil à une Intelligence G bornée, que de vouloir s’ériger en MiniAre intime dans le Confcil du Créateur, au Lieu de lui rendre les plus humbles Hommages des ConnoilTances, qu’il a bien vou- lu lui départir & qu’il lui a deftinées, de toute Eternité, fuivantfes fages Vues.
Cependant Swammerdara ne regarde pas cette Métamorphore na- turelle aulîi légèrement, que fe le figure Vôtre Ami. Vous n’avés qu’à lire fes propres Termes à la Fin de §» Vi. pag. 9. où il s’exprime ainfi loc* cit,
„ Cependant cela fe fait d’une Manière fi admirable , que Fon „ feroit tenté de croire, qu’un nouvel Animal feroit né & provenu ■ „ de l’Ancien.
Et Page azS. A va encore plus loin :
„ Que fi l’on veut appliquer cette admirable Vifeiffitude de Di- „ fette & d’Abbndance; d’une Vie baffe àune gloricufe; d’unepéni- „ ble à une heureufe, à la Mort & à la Relureélion de l’Homme; „ cette Hifioire, outre qu’elle eft merveilleufe , pourra s’appliquer ,, très utilement à glorifier Je Créateur.
,, Ici l’on verra une Créature mifèrable perdre fucceffivement tout
,, le Mouvement de fes Membres, & pour ainfi dire, s’approcher de „ la Mort & du Sépulcre; & dans cet Etat tous fes Membres par- „ venir à une bien plus grande Perfeélion, & reffulfiter beaucoup
plus beaux d’entre les Morts,
Q^’eft ce à dire? Ne font ce pas les mêmes Penfées que je Vous ai communiquées?
Je ne fuis pas fi neuf dans l’Hifloirc des Infeéles, que je ne fâche où il faut chercher même dans la Chenille, les Parties du Papillon. Je veux même fuppofer, que la Chenille depuis le prémier Inüant de fa Métamorphofe, jufqu’à la Naiffance du Papillon, a confervé fa Vie ; ce que jufqu’ici Perfonne n’a pû formellement foutenir ni nier, fondé en
Expe-
^6
RépOîîfe
Expérience. Q.u^en Revanche, l’on me rende la Juflice de convenir, ,qu’il fe préfente bien des Merverlles à eonfidérer dans cette Métaraor- phofc. Car quand même certaines Parties du Papillon telles, que les Pies, quelque Chofè de la Tête & la Poitrine font déjà dans la Chenil- le; les nouveaux Yeux, les Antènes, la Trompe, les 4. Ailes, le Plu- mage magnifique & fi varié des Aîles & de tout le Corps du Papillon, même le Changement arrivé aux Piés , comme aulfi l’Ovaire & les Par- ties génitales ne lailTeront pas d’être des Membres nouveaux & propres au Papillon, De plus, les Parties folides de la Chenille fe fondent Si deviennent dans la Chryfalide une Efpèce de Lait, moitié épais, moitié fluide, ou plutôt une Efpécc de P^te comme de la Gélée, qu’on peut ap- percevoir par la fimpleVûe, en ouvrant feulement la Chryfalide autrpi- fième, quatrième ou cinquième Jour. Cette Liqueur fc rechange peu à peu, dans les nouvelles Parties folides, que nous venons de nommer> & même fuivant les Obfervations les plus modernes de Mr. Lyonnet, les Parties internes du Papillon, i’Eftomac & les Boïaux, prennent une nouvelle Forme, En un Mot le Papillon , furtout le Papillon de Nuit, n’a aucune Partie qui tienne de la Chenille, & il ferable plutôt, quec’eft une Créature toute nouvelle, qui fort de la Chryfalide.
Un bon Efprit, pour roitd^l^trou ver à redire, que je tire de tout cela des Idées agréables touchant mon Etat avenir? Fut-ce même une Erreur, elle me fait autant de Plaifir, qu’en faifoit à ce RomaînPImage qu’il fe formoit de fon Immortalité. Mais je finis & Vous promets, auflî-tôt qu’il fe pourra, de renouveller une Obfervation, que j’ai faite il y a trois Ans d’après Swammerdam, & de Vous envoïer une Chenille & une Chryfalide ainfi ouvertes, pour Vous.faire voir clairement fous la Peau de la Prémière déjà des Traces des Aîles, des Antènes, & de là Fourchette, & fous la Coque de la Nymphe ou de la Chryfalide les autres Parties, les Antènes, la Trompe, les Piés nouveaux, les Aîles &c. Vous eûtes deraîèrement de moi, une Chenille d’Efule ; mais il me fut im-
pofiible
à quelques Objeûîons. ^7
poflîble de voir & de deflîner parfaitement toutes ces Parties par de- hors, fur fa Peau qui efl aifés dure. Mais à la première Occafion Vous Paurés d’une Façon plus eomplette^
J’efpêre donc avoir alTés réfuté cette première Objeèlioru La fécondé fera encore plus facile à mettre dans toute fa Nonva» leur. Celui qui a voulu me charger de cette Aceufation, n’a qu^à re- lire mes Paroles; qu’il a fans doute oraifes par Prévention, & il fera clairement convaincu, que j’ai accordé à la Railbn tous les Avantages qu'elle a fur la Foi du Cbarbomier, & que j’ai trouvé celui-là hûreux, qui éprouve toutes Chofes , .& retient ce qui eft bon. Je fais fort bien. Dieu merci, les grandes Obligations, qu’ont & l’Antiquité & les Ages modernes à ces Grands Hommes, que Seneque appelle! P'iri alti [pmius* Gens d’un Efprit foblime & éclairé^
L’Antiquité peut fe vanter d’avoir eu de Grands Hommes, des Ar- chimedes, des Archites, des Euclides, des Plincs & bien d’autres^ nous avons auflinos Bacons, Décartes, Ncutons, Leibniz, Wolf, & incom- parablement plus qu’elle, dont les Découvertes font trop importantes, pour n’être pas révérées comme des Emanations de Grands Efprits, des Enfans de l'Entendement & des Produéiions de la Raifon.
Nous parcourons à l’Aide de l’Entendement & des lnfi:ru«^ions dé ces Hommes célébrés, les Abimes inépuilàbles de l’elFraïante Mér avec autant de Sûreté & d’intrepidité , que nous parcourons lia Terre fer- me. Nous méfurons les Cieux & les Mërs; cous comptons les Etoiles & nous fondons les Fondemens les plus profonds de la Terre, Par la Force de nôtre Entendement & les Facultés de nôtre Raifon, nous fa- vons fixer, décrire &enfeigner aux autres la Nature de l’Air, des Vents, du Feu, de tous les Elemens & Météores, avec cent autres Arts & Sciences. L’on nous prédit plus d’un Siècle d’avance les Changemens, qui fe feront au Firmament, le Retour de certaines Comètes, & les III. Tom^ N EcH-
58
Reponfe
Edipres de Soleil & de Lune qui arriveront; & ces Prédirions pref- que magiques rencontrent à Point nommé, Y a t-il bien encore une Herbe, une Plante, une Fleur, un ArbrilTeau ou un Arbre, un Aninial ou un Infede, qui foit à l’Abri des Recherches , des Découvèrtes & de la Diffedion du Naturalise zélé? L’Entendement peu fatisfait de ce que fa fimple Vûe lui préfentoit, s’eft fait des Yeux plus perçans par le Moïen du Microfeope & a découvert des Mondes nouveaux, Qcielie Félicité, que ces Dons céleSes, la Raifon & l’Entendement! Ce font comme des Emanations de la Sageife éternelle, qui nous diSin- guent eiTenciellemcnt d’avec les Créatures dépourvues de Raifon. Et qui eS ce qui en voudroit douter ?
Toutefois quelque grands que foient ces Dons, ils ont leurs Bor- nes & leur Auteur incomprehenfibie, ne leur a accordé qu’une certaine Méfure de Grandeur. L’Tîomme eS encore à naître, qui ait une Con- noilïance univerfelle des Chofes naturelles, & la Plupart a enfin été ob- ligé d’avouer, qu’ils en laifToient après eux une Infinité qu’ils n’avoient pû concevoir.
L’on n’a qu’à voir le Régitre des Arts & des Sciences, qui fe font perdues, & qui d’abord avoient été, dumoins en Partie, trouvées par un hûreux Hazard; & l’on avouera, qu’il-y a de la Honte, à ne pou- voir pas même nous remettre dans rEfprit ou dans la Mémoire ce qtf on a perdu ou oublié.
Et combien y a-t-il encore de Chofes dans le fieul Régné de la Na- ture, qui font ou encore cachées ou impénétrables?
Je ne veux pas meme faire Mention des ConîradiiTrions, dans lef- quelles tombent ces prétendus Grands Efprics les uns envers les autres; rien n’étant plus connu, qu’il y, a tant de Siftèmes qui, s’ils font approu- vés de Cent, font contredits, de Mille.
Pour
93
à quelques Obje8:ions.
Pour n’en donner qu’un feul Exemple: Le '^îftèmede la Nature du grand Linnaeus ^ le Pline de nôtre Siècle, effc entre les Main de la plu- part, fi non de tous les bons Naturaliftes, & fort au delTus de tous nos Eloges. 11 ne lailTe pas pourtant d’y avoir des Savans, & furtoiit en France, qui ne font pas contens de tel ou tel Ordre de fes ClalTcs. Principalement, ils ne peuvent digérer, qu’il mette à la Tête des Bê- tes & des Brutes, l'Homme, cet Homme ü fage, û prudent, fi raifon- nable, fi puilTant, & qu’il ne veuille regarder ni fes Mains, ni fa Parole encore moins fon Entendement, comme des Marques qui l’en diftin- guent. L’Auteur des Penfées fur f Interprétation de la Nature, après avoir bien déclamé contre les Mèthodifles & les Faifeurs de Siftème, s’expri- me ainfi pag
§. 48.
Aufii tôt qu’un methodifte a mis dans Ibn Syfteme l’homme à la tête des quatrupedes, ii ne l’apperçoit plus dans la Nature, que comme un animal a quatre piedts. C’eft-envain , que la raifon lublime, dont il eft doué, fe recrie contre la dénomination d'animal, & que fon organifation contredit celle de quatrupeds, c’efi; envain, que la Nature a tourné fes regardts vers le Ciel; la prévention ly- ftematique lui courbe le corps vers la terre, La raifon n’efi, fui- vant elle, qu’un infiinél plus parfait; elle croit ferieufement, que ce n’effc que par defaut d’habitude, que l’homme perd l’ufage de fes jambes, quand il f’ avife de trans-former fes mains en deux piedts.
§- 49*
Mais c’efl une chofe trop finguliere, que la dialeélique de quel- ques methodiftes, pour n’en pas donner un echantillcMi. L’homme dit Linnæus, ÇFauna Suecia,pref:') n’efl; ni une pierre, ni une plante; c’efi donc un animal. Il n’a pas un feul pied, ce n’efi donc pas
N 2
un
JO©
Reponfe
un ver. Ce n’efl pas un rnfeéte, puis qu'il n’a point d’antennes* 11 n’a point de nag.coireSj’ce n’efl: donc pas un poilTon. Ce n’eft pas un oifeau , puirqu^^il n’a point de plumes. Qu^cft-cc donc que l’homme? il a la bouche du quatrupede ; il a quatre pieds j les deux de devant lui fervent a l’attouGhement, les deux de derriè- re au marcher. C’eftdoncun quadrupède. Ileftvrai, continue le me- îhoifle, qu’en confequençe demes principes d’Hifloire natuielle,je n’ ai jamais feu diflinguer l’homme du finge; car il’y a certains finges, qui ont moins de poils que certains hommes; ces finges marchent fur deux pieds, & ils fe fervent de leurs pieds & de leurs mains, comme les hommes. D’ailleurs la parole point pour moi un cara^ &ére di^inüifl je n’admets félon ma méthode, que des caraéleresj qui dépendent du nombre, de la figure, de la proportion, & delà fi- tuation. Donc votre méthode cfi: mauvaife, dit la Logique. Donc l’homme efl un animal a quatre pieds, dit le naturalise &:c.
Que diront donc nos Grands Efprits, de ne trouver pas qu’on falTc même Mention ici de la Raifon, comme d’un .Caractère efienciellemcnt diftinétif de l’Homme?
Mais avant que de finir cette Apologie, Je Vous prie, mon Cher, de Vous rappeller à cette Occafion ces Hommes illufires, dont les Mé- thodes, Sîftëmes. Doctrine & Ecrits ont fi mal répondu à leur Genre de Vie, qui en étoit tout le Contrepié; ainfi p. c. que l’on fait d’Hob- bes, qui nioit tout, & qui cependant étoit aufiî peureux qu’un Enfant. Tout de même Tucho de Brahé fe moquok de ceux qui avoient peur des Eclipfesfolaires; mais qui,lorsque Te Matin il rencontroitune Vieille Femme, la prénoit pour un mauvais Préfage & s’en retournoit tout de fuite chés lui.
L’on Tait que Dèmofiène sUi àla Vérité en Bataille, pour raflTurer par Ion Eloquence le Soldat contre la Fraïeur de la Mort; mais qu’avec toute
fa
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à quelques Obje£lîons.
fa Phnofophre, il fut le premier à prendre la Fuite, & qu’il prioftpour f Amour des Dieux un vieux BuïlTon ou un Tronc d’Arbre, auquel il s'étoit accroché par fa longue Robe de lui faire Quartier.
Blondel ce célébré Médecin Francis, n’avôit pas Honte de foutenirj que le Quinquina étoit rédevablc de fa Vertu à un Paélc que les Améri- quains av oient fait avec le Diable, Quel Sentiment pour un Médecin autrement bon naturalise 1 à ce qu’en juge très fenfemcnt l’Auteur du Pyrronisme raifonnabte.
Il en va de même avec le SiSème de nos prétendus Efprits forts; Dans quelle triftc Pofture ne paroilTcnt-ils pas à l’Afpeélde quelque fu- nefte Accident, de quelque Maladie, dans l’Infortune, dans les Orages, & furtout à TApproche de la Mort? Quelle foiblelTe d’Efprit ne font- ils pas paroître l Si donc la Raifon ou l’Entendement porte des Fruits fî différeiis, & qu'elle foit obligée de voi^ encore tant de Chofes qui lui font incompréhenfibles V Qir’il me foit permis de dire encore une Fois & de croire, que ce n’eft pas à Elle à rejetter ou à tenir pour impolfi- bles des Miftères, dont elle ne fauroit fonder les Profondeurs. Bien moins lui convient il de nier l’Immortalité, parcequ’elle ne la peut com- prendre. En voilà alTés pour me juflifier touchant la fécondé Obje- élion. Je Vous prie de pardonner la Prolixité de ma Lettre & de lire le Pbtlofopbe Chrétien de Mr. le Profefleur Formai, furtout le Chap. iVy de la deuxième Partie, de l’Extravagance de l’Incrédulité,
LETTRE XX.
P
A our le Coup Vous n’aorés plus de DelTeins d’Inflrirmens microfeopi- ques. Tout ce qui m’en refte ne font que des Variations dont je ne veux pas Vous ennuïer. Vous eonnoilTés le Compofé par d autres Gra- vures. il eft Teins que, pour renir Parole, je Vous envoie les autres Parties dtls. /Idoucbe^quifc tient dans lesCbambres. Vous trouverés donc ici
N J TA-
Î02 TAB« XLï. Le Bas du Corps delaMoucheconfideréparleDos.
TABLE XLL
Le bas da Corps de la Mouche, confidéré par le Dos.
Je ne l’ai deffiné que d’après un foible GroflîfTement par Nro^ 7. parceque l’Efpace du Papier ne comportoit pas une plus grande Répré- fentation* a) Marque encore un peu de la ioitrine^ par deiTous laquel- le tiennent les fix Pies.
D’abord au deflbus l’on voit aux deux Côtés les Pellicules tendues, ^ui caufent le Bourdonnement b). Par Nro. 00. l’on reconnoît, qu’elles font compofées de Quantité de Particules rondes, comme des Grains de Poulïière, & qu’elles ont tout à l’entour une Efpéce de Bordure. Elles font de Couleur blanc-jaunâtre & reflemblent au Parchemin ; maistoû- jours tendues & un peu repliées vers le Ventre.
c) Sont les deux Ailes, qui tiennent à la Poitrine d) & que j’ai plus exaèlement deflinées dans la Tab. LUI. de la fécondé Partie de ces Amufemens.
e) dénote enfin le bas du Corps ^ pris de haut en bas, avec fon Poil & fes Taches brunes. Sa Couleur n’efi; ni brune ni grife, mais chan- geante entre le Verd d’Acier & la Couleur de Souris. Il ell: depuis le haut jufqu’au bas garni de Poil crochu & pointu ou de Plumes; aïant Quantité de Jointures ouDivifions, fur chacune defquelles une Paire de Taches brunes, en tout huit.
La Fi pure & les Couleurs de ces Créatures difiFèrent autant que